Le jeu de Futoshi Uehara représente l'évolution virtuose, hyper-technique et schizophrène de la guitare basse à l'aube du vingt-et-unième siècle. Né le 15 avril 1980 à Hino, une ville située dans la métropole de Tokyo au Japon, Uehara (presque exclusivement connu de ses fans et dans les médias sous le nom de scène Ue-chang, ou occasionnellement Ue-chan) a redéfini la fonction anatomique de la basse au sein de la musique extrême asiatique.
Membre vital et inamovible de l'inclassable quatuor japonais Maximum the Hormone depuis 1999, Uehara apporte une couleur rythmique inattendue dans un genre traditionnellement dominé par les fréquences étouffées et mornes des guitares accordées très bas. Le groupe, formé en 1998, a intégré Uehara un an plus tard, venant ainsi compléter un line-up définitivement stabilisé qui comprend le chanteur extrême Daisuke-han, le guitariste principal et compositeur Maximum the Ryokun (le frère cadet de Nao), et la redoutable batteuse Nao.
L'esthétique sonore de Maximum the Hormone est d'une complexité déroutante. C'est un amalgame frénétique, volontairement indigeste et hyper-kinétique qui télescope le heavy metal moderne, le punk hardcore, la pop japonaise commerciale (J-pop) sucrée, le ska joyeux, le hip-hop et le groove funk. Cette nature éclectique et les changements dramatiques et non annoncés de tempo et d'atmosphère au sein d'une seule et même chanson valent très souvent au groupe d'être comparé, par les critiques occidentaux, à la démence contrôlée des Américains de System of a Down ou au funk-metal des débuts de Korn et des Red Hot Chili Peppers.
L'architecture rythmique qui permet à cette fusion d'exister sans s'effondrer sur elle-même repose presque entièrement sur la maîtrise technique idiosyncrasique d'Uehara à la basse électrique. Contrairement à l'écrasante majorité des bassistes de metal contemporain qui préfèrent utiliser de gros médiators (plectres) pour obtenir une attaque sonore tranchante, clinique, capable de percer le mur du son des guitares saturées, Uehara est un spécialiste féroce de la technique du slap (une technique percussive inventée par Larry Graham dans les années 1970 consistant à frapper les cordes graves avec le pouce et à tirer violemment les cordes aiguës avec l'index).
Cette spécificité technique est si indissociable de son identité que les autres membres du groupe l'ont surnommé "The Chopper" (une traduction japonaise courante pour désigner la technique du slap). Ce surnom est même explicitement documenté et revendiqué dans les paroles de leur chanson A-L-I-E-N, ainsi que dans les FAQ officielles du site web du groupe. Uehara intègre ainsi des lignes de basse funk bondissantes, très influencées par le jeu de Flea (le bassiste historique des Red Hot Chili Peppers) ou de Louis Johnson, au beau milieu de sections breakdowns d'une lourdeur écrasante caractéristiques du death metal et du metalcore. Cette juxtaposition d'un groove intrinsèquement dansant avec la violence vocale gutturale de Daisuke-han crée la tension musicale fascinante et la signature sonore unique du groupe.
Sur le plan strictement vocal et scénique, la dynamique au sein du quatuor est particulièrement inhabituelle. Alors que ses trois collègues se partagent équitablement et de manière chaotique les lignes de chant principales—alternant frénétiquement entre les douces mélodies féminines de Nao, les cris rap/hardcore de Ryokun et les hurlements suraigus (pig squeals) et gutturaux de Daisuke-han—Uehara se tient délibérément en retrait. Il se concentre presque exclusivement sur l'exécution sans faille de ses parties instrumentales, ne fournissant que des chœurs et un soutien vocal en arrière-plan. À ce jour, la seule exception notable à cette règle stricte se trouve sur le morceau volontairement parodique et trompeur Chiisana Kimi no Te (où le groupe feint, le temps d'un couplet chanté par le bassiste, d'avoir adouci son style pour devenir un groupe de pop FM larmoyant).
| Album Majeur (Japonais) | Année de Parution | Rôle de Futoshi Uehara (Ue-Chang) | Impact Commercial et Culturel |
|---|---|---|---|
| Kusoban | 2004 | Basse slap dominante | Transition vers une production majeure (VAP) |
| Rokkinpo Goroshi | 2005 | Basse, Chœurs | Percée sur la scène alternative rock japonaise |
| Bu-ikikaesu | 2007 | Basse, Chœurs | Succès massif, incluant les génériques de l'anime Death Note (What's up, people?! et Zetsubou Billy) |
| Yoshu Fukushu | 2013 | Basse, Chœurs | Consécration, domination des palmarès Oricon japonais pendant des semaines |
La contribution instrumentale d'Uehara est immortalisée sur des albums certifiés platine et largement acclamés tant au Japon qu'internationalement. Le groupe a notamment accédé à une notoriété mondiale inattendue lorsque deux de leurs titres les plus violents ont été choisis comme génériques d'ouverture et de fin de la saison 2 du célébrissime anime Death Note en 2007. L'imagerie du groupe est souvent imprégnée d'humour potache et de références à la culture otaku (mangas et animes). D'ailleurs, de manière triviale mais révélatrice de la subculture tokyoïte, Uehara arbore régulièrement des t-shirts d'animes sur scène, une esthétique qu'il partage de manière amusante avec Akane, la batteuse du célèbre groupe féminin japonais de hard rock Band-Maid.
En injectant systématiquement un authentique swing dansant (le groove) dans un idiome musical (le metal) qui a historiquement eu tendance à privilégier la rigidité, la vitesse et la force brute, Futoshi Uehara a prouvé que la basse pouvait être l'élément subversif ultime. En ce sens, il est reconnu par les critiques musicaux et les communautés de bassistes du monde entier comme l'un des instrumentistes contemporains les plus créatifs de la scène metal japonaise.
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