Naviguant vers des latitudes sonores et idéologiques diamétralement opposées, Jørn Stubberud, universellement connu dans la culture musicale sous son pseudonyme menaçant de Necrobutcher, est né le 13 avril 1968 en Norvège. Il occupe une position absolument singulière dans l'histoire des musiques subversives : il est le bassiste originel, l'un des trois membres fondateurs et, à ce jour, l'unique membre de la formation initiale encore présent au sein du légendaire et tristement célèbre groupe de black metal Mayhem. Son influence directe et indirecte sur le développement idéologique, esthétique et sonore du black metal de la seconde vague (le mouvement norvégien du début des années 1990) est incommensurable.
Mayhem a été formé de manière embryonnaire en 1984 par Stubberud, le charismatique et controversé guitariste Euronymous (de son vrai nom Øystein Aarseth), et le batteur Manheim. L'objectif explicite du groupe était de pousser les limites de la musique extrême bien au-delà de ce qui était considéré comme acceptable, s'inspirant de la crasse sonore de groupes fondateurs comme Venom, Bathory, Hellhammer et Celtic Frost, mais en y ajoutant une atmosphère d'une noirceur insondable, une imagerie occulte sérieuse et une violence inédite.
Le jeu de basse de Necrobutcher, particulièrement lors des premières années formatrices, se caractérisait par un rejet total de la virtuosité au profit d'une brutalité atmosphérique. Utilisant une distorsion brute, graveleuse, un martèlement minimaliste en doubles croches et une tonalité lugubre, son instrument fournissait l'ossature glaçante et chaotique sur laquelle reposaient les compositions frénétiques du groupe. Ce style brut, souvent qualifié de son "Nekro", est parfaitement documenté sur le mythique premier EP du groupe, Deathcrush (1987), une sortie qui a posé les jalons sonores de milliers de groupes à travers le monde.
Tragédies, Conflits Sanglants et Ruptures
L'histoire de Mayhem entre 1984 et 1994 transcende la simple biographie musicale pour entrer dans le domaine de la chronique criminelle, jalonnée d'événements parmi les plus sombres et les plus macabres de l'histoire de la musique contemporaine.
En 1991, Necrobutcher prend la décision difficile de quitter le groupe qu'il a co-créé, suite à un événement traumatisant : le suicide par arme à feu du chanteur suédois du groupe, Per Yngve Ohlin (mieux connu sous le nom de scène "Dead"). Ce départ n'était pas motivé par la mort elle-même, mais par le comportement profondément sociopathique du guitariste Euronymous face au drame. En effet, au lieu de prévenir immédiatement la police lors de la découverte du corps, Euronymous a pris le temps de réarranger la scène macabre pour prendre des photographies détaillées du cadavre de son ami, images qu'il utilisera par la suite pour créer l'art promotionnel du sinistre bootleg live The Dawn of the Black Hearts. Necrobutcher a déclaré publiquement, de nombreuses années plus tard, que ce manque d'empathie et de respect total l'avait profondément écœuré. Il a raconté : "Euronymous ne m'a laissé aucun espace pour faire mon deuil. J'étais très en colère contre lui", avouant même dans des interviews récentes qu'il avait lui-même méticuleusement prévu de tuer Euronymous pour venger cet affront insupportable.
La célèbre querelle idéologique et territoriale au sein du mouvement s'est achevée de manière tragique lorsque Euronymous a finalement été brutalement assassiné par Varg Vikernes (du projet solo Burzum) en 1993, prenant Necrobutcher de vitesse. Bien qu'il ait été absent durant l'enregistrement principal de l'album fondateur De Mysteriis Dom Sathanas (1994) – où les parties de basse furent enregistrées par l'assassin Vikernes, bien que Necrobutcher soit crédité de la composition initiale des lignes –, Stubberud est resté émotionnellement attaché au projet. En 1995, poussé par un besoin de résurrection artistique, Necrobutcher reforme officiellement Mayhem avec le prodigieux batteur Hellhammer, le chanteur Maniac et le guitariste Blasphemer, propulsant le groupe vers une nouvelle ère d'expérimentation avant-gardiste.
Une Personnalité Paradoxale
En dépit de son statut indéboulonnable de figure terrifiante de la musique extrême mondiale, la personnalité intime et les goûts éclectiques de Jørn Stubberud, qui est aujourd'hui un homme vivant, grand-père, assumant un athéisme militant, contrastent violemment avec son imagerie scénique gorgée de sang et de symboles blasphématoires. Musicien à l'esprit ouvert, il n'hésite pas à clamer haut et fort son amour pour des groupes classiques et mainstream issus de la new wave, du post-punk et de la pop-rock, citant régulièrement des artistes tels que The Police, Depeche Mode, Talking Heads, INXS, Ministry, The Beastie Boys, The Cult et The Rolling Stones parmi ses écoutes personnelles formatrices.
Outre son travail prolifique avec Mayhem sur des albums tels que Grand Declaration of War (2000), Chimera (2004), l'étouffant Ordo ad Chao (2007), Esoteric Warfare (2014) et Daemon (2019), il a prêté son talent à d'autres formations underground comme L.E.G.O., Kvikksølvguttene, Bloodthorn (en tant qu'artiste invité) et le groupe humoristique Checker Patrol. Soucieux de la préservation historique d'un mouvement souvent déformé par la presse à scandale, il a endossé en 2018 le rôle d'archiviste minutieux de sa propre existence en publiant le livre exhaustif The Death Archives: Mayhem 1984–94, offrant la perspective interne ultime et rigoureusement documentée sur la genèse chaotique de l'empire du black metal norvégien.
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