Mortimer Gerald "Morty" Corb (1917-1996) : L'Architecte du Swing et du Dixieland

Publié le 10 avril 2026 à 11:00

Alors que la contrebasse classique exigeait une rigueur d'archet, son intégration dans les musiques afro-américaines a nécessité une réinvention totale de son usage. Mortimer Gerald Corb, universellement connu sous le pseudonyme de Morty Corb, né le 10 avril 1917 à San Antonio, dans l'État du Texas, incarne cette transition vitale. Décédé le 13 janvier 1996 à Las Vegas (Nevada) à l'âge de 78 ans, Corb a traversé l'âge d'or du jazz américain, laissant une empreinte indélébile sur l'art de l'accompagnement rythmique.

L'émergence de Corb dans les années 1940 correspond à une période de mutation organologique profonde dans le jazz. Les orchestres originels de La Nouvelle-Orléans s'appuyaient traditionnellement sur le tuba pour asseoir les basses fréquences, un instrument puissant mais au phrasé intrinsèquement lourd et staccato. Avec l'avènement du swing et le besoin d'une pulsation rythmique plus fluide, élastique et propulsive (le fameux "swing feel"), la contrebasse acoustique a évincé le tuba. Morty Corb s'est imposé comme un maître de cette nouvelle esthétique, maîtrisant à la fois le "slap bass" — une technique percussive consistant à tirer violemment la corde pour la faire claquer contre la touche en bois, offrant une attaque tranchante capable de transpercer le volume des sections de cuivres non amplifiées — et la "walking bass", consistant à jouer une note continue sur chaque temps de la mesure pour créer une ligne mélodique sous-jacente continue.

La carrière de Corb a véritablement pris une dimension industrielle suite à son installation en Californie en 1947. Los Angeles devenait alors l'épicentre mondial de l'enregistrement de divertissement, et Corb est rapidement devenu un musicien de studio de premier ordre (session musician). Les archives discographiques indiquent sa présence sur environ 300 enregistrements officiels, bien que la cadence de son travail en studio ait logiquement décru après les années 1950 au profit d'engagements scéniques et télévisuels.

La liste des collaborateurs de Morty Corb constitue une nomenclature des figures totémiques de la musique américaine. Dans le domaine du jazz strict, il a enregistré et partagé la scène avec Louis Armstrong, Benny Goodman, Gene Krupa, Jack Teagarden, Claude Thornhill et le tromboniste Kid Ory. Il est d'ailleurs intervenu de manière cruciale dans le Creole Jazz Band de Kid Ory en 1950, remplaçant au pied levé le contrebassiste Ed Garland, blessé dans un accident de la route. Les historiens du jazz soulignent que le jeu de Corb a apporté une solidité rythmique qui a revitalisé les sessions d'enregistrement du groupe pour le label Columbia.

La polyvalence de Corb ne s'arrêtait pas au jazz instrumental ; il était particulièrement prisé par les plus grands vocalistes pour sa capacité à soutenir harmoniquement la voix sans jamais empiéter sur son registre. Il a ainsi accompagné Ella Fitzgerald, Nat King Cole, Pearl Bailey, Eartha Kitt, Bobby Darin, et a joué sur des albums historiques de Frank Sinatra tels que In the Wee Small Hours et Trilogy: Past Present Future. Plus tard dans sa carrière, il apparaîtra même sur le premier album solo éponyme de Lionel Richie en 1982. Sur le plan médiatique, il a tenu le poste de contrebassiste régulier dans l'orchestre de l'émission de télévision nationale de Bob Crosby pendant quatre années consécutives, garantissant une exposition hebdomadaire à des millions de foyers américains. Par la suite, il a sécurisé des engagements stables et lucratifs en jouant au sein des divers orchestres du parc à thème Disneyland.

Bien que sa carrière se soit principalement déroulée dans l'ombre des solistes et des chanteurs (le statut classique du "sideman"), Morty Corb a immortalisé sa vision personnelle du jazz en enregistrant un unique album en tant que leader en 1957, judicieusement intitulé Strictly from Dixie. Entouré de ses "Dixie All Stars" (incluant des instrumentistes de la trempe de Johnny Best, Heinie Beau et Jack Sperling), cet album est un témoignage éclatant de son amour pour le genre Dixieland, proposant des relectures magistrales de standards du patrimoine américain comme "Alexander's Ragtime Band", "South", "Bayou Blues" et "Honeysuckle Rose".

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