Danny Thompson (1939–2025), l'éclectisme Folk-Jazz Britannique

Publié le 4 avril 2026 à 06:06

Daniel Henry Edward Thompson, né le 4 avril 1939 à Teignmouth, dans le comté de Devon en Angleterre, incarne la figure du musicien britannique sans frontières, dont la virtuosité technique n'a d'égale que l'intuition poétique. Sa naissance est marquée par la tragédie et la résilience : prénommé d'après la célèbre chanson "Danny Boy" par un père sous-marinier de la Royal Navy et mineur, Thompson perd ce dernier au combat durant la Seconde Guerre mondiale. Déménageant à Battersea, au sud de Londres, à l'âge de six ans, le jeune Thompson développe une passion parallèle pour le sport et la musique. Il devient joueur de football junior pour le club de Chelsea, qu'il supportera toute sa vie, et s'illustre dans la boxe amateur, accumulant un palmarès impressionnant de 22 combats sans défaite.

Son éducation musicale est éclectique. Il s'essaie successivement à la guitare, à la mandoline, à la trompette et au trombone. L'abandon du trombone est dicté par le pragmatisme brutal de la boxe : les traumatismes faciaux inhérents à ce sport compromettent la pratique d'un instrument à embouchure. L'appel des fréquences graves se manifeste très tôt. À l'âge de 13 ans, Thompson fabrique sa première contrebasse de fortune à partir d'une caisse à thé (tea-chest bass) et de cordes de piano dérobées. Démontrant déjà un esprit ingénieux, il dote son instrument d'un manche sur charnière pour pouvoir le replier et l'emmener dans les bus londoniens lors de ses premiers engagements professionnels dans les clubs de Soho.

Après avoir effectué son service militaire au sein d'une fanfare de l'armée britannique à Penang, en Malaisie, où il reprend brièvement le trombone, il est démobilisé en 1963. L'année 1964 marque un tournant organologique majeur : il fait l'acquisition, pour la somme dérisoire de cinq livres sterling payables par versements hebdomadaires dans une boutique de Soho, d'une contrebasse française fabriquée par le luthier Gand en 1865. Sous sa couche de peinture brune se cache un instrument d'une valeur inestimable, que Thompson baptise "Victoria" et qui l'accompagnera tout au long de sa vie professionnelle.

La carrière de Thompson explose entre 1964 et 1967 lorsqu'il intègre le Blues Incorporated d'Alexis Korner, remplaçant le bassiste Jack Bruce. Cette formation est un creuset essentiel du British Blues Boom. Il y croise le fer avec l'avant-garde londonienne et dirige simultanément un trio incluant le guitariste jazz novateur John McLaughlin. Cependant, c'est en 1967 qu'il modifie irrémédiablement le paysage musical en cofondant le quintet Pentangle. Aux côtés des guitaristes Bert Jansch et John Renbourn, de la chanteuse Jacqui McShee et du batteur Terry Cox, Thompson invente une fusion inouïe de folk traditionnel britannique et d'improvisation jazz. Au sein de Pentangle, la contrebasse de Thompson refuse le rôle de simple accompagnateur harmonique pour interagir comme une voix soliste à part entière, redéfinissant la dynamique acoustique. Il enregistre avec le groupe une série d'albums acclamés, dont Basket of Light (1969) et Solomon's Seal (1972).

Les décennies 1970 et 1980 le consacrent comme un musicien de session prolifique, capable d'enchaîner jusqu'à trois sessions d'enregistrement par jour. Il prête ses talents à des artistes aux esthétiques diamétralement opposées, allant de la pop sophistiquée de Kate Bush et Talk Talk au rock de Rod Stewart et T. Rex. Mais ses partenariats les plus profonds s'établissent avec le guitariste Richard Thompson et le chanteur écossais John Martyn. Avec ce dernier, Thompson tisse une complicité humaine et musicale fusionnelle, documentée sur des chefs-d'œuvre tels que Bless the Weather (1972), Solid Air (1973) et Inside Out (1973). Son apport à l'album Five Leaves Left (1969) de Nick Drake est également légendaire ; le producteur Joe Boyd a fait appel à lui pour injecter une sensibilité modale et un groove organique qui manquaient aux orchestrations classiques, générant des lignes de basse aux incantations coltraniennes.

Sur le plan spirituel et personnel, la trajectoire de Thompson est marquée par sa conversion à l'islam en 1990, adoptant le nom de Hamza Thompson. Son fils, Dan (Danny Junior), a poursuivi la tradition rythmique familiale en devenant le batteur du groupe de space rock Hawkwind dans les années 1980. Établi dans le Suffolk pour s'adonner à l'équitation et à l'ornithologie, Thompson poursuit la composition, réalisant des musiques de films documentaires et publiant six albums en solo entre 1987 et 2012, dont le très respecté Whatever (1987). Danny Thompson décède à son domicile de Rickmansworth, dans le Hertfordshire, le 23 septembre 2025, à l'âge vénérable de 86 ans. Son héritage esthétique se résume dans cette affirmation prononcée à la fin de sa vie : "Ma vie entière dans la musique a été vécue sans préjudice. Il ne s'agissait jamais de se soucier du type de musique dont il s'agissait. C'était de la musique, vous savez? Purement et simplement".

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