Au Brésil, le rôle de la basse s'est développé de manière autonome, fortement influencé par les traditions percussives séculaires. Luiz de Oliveira da Costa Maia, né le 3 avril 1949 à Rio de Janeiro, est universellement célébré comme l'architecte du son de la basse électrique moderne brésilienne. Dans un pays où le rythme est roi, la transposition des motifs des percussions de carnaval vers un instrument à cordes fretté nécessitait une approche radicalement nouvelle.
L'apprentissage musical de Maia suit un cheminement classique pour de nombreux musiciens brésiliens : il débute par la guitare acoustique à l'âge de treize ans, avant de migrer vers la contrebasse, puis la basse électrique. Il fait ses débuts professionnels en 1964, devenant le bassiste du Rio Samba Trio et assumant le rôle d'accompagnateur pour des figures comme Tania Maria et le sambiste traditionnel Nelson Cavaquinho. Ces premières expériences lui enseignent la primauté du placement rythmique et de la syncope.
L'innovation conceptuelle de Luizão Maia réside dans sa capacité intellectuelle et physiologique à décortiquer les polyrythmies complexes des ensembles de percussions afro-brésiliennes pour les réassembler sur son manche de basse. Il intègre la frappe sourde et fondamentale du surdo (le gros tambour qui marque le temps fort de la samba), le "swing" élastique du pandeiro et les accents pointus du tamborim, créant des lignes de basse mouvantes, fluides et intrinsèquement dansantes. S'appuyant sur un son d'une profondeur abyssale (souvent qualifié de sonorité "subwoofer"), Maia apporte une fondation gravissime qui permet aux harmonies légères de la bossa nova et de la Música Popular Brasileira (MPB) de s'épanouir.
Durant l'âge d'or de la MPB dans les années 1970 et 1980, le jeu de Maia devient incontournable. Il est le chef d'orchestre rythmique des plus grandes voix et compositeurs du pays. Sa collaboration avec la volcanique chanteuse Elis Regina est particulièrement célébrée ; les arrangements bénéficient de son impulsion rythmique inépuisable. Maia enregistre également avec les piliers de la musique brésilienne tels que João Bosco, le maître absolu Tom Jobim, Djavan, et le poète Chico Buarque. Bien qu'il n'ait jamais franchi le pas de graver un album solo sous son propre nom, sa présence en filigrane sur des centaines d'enregistrements historiques a défini le vocabulaire standard que tout bassiste brésilien contemporain utilise.
L'histoire de Luizão Maia est également celle d'une volonté inébranlable et d'une réinvention biomécanique face à l'adversité. En 1993, au faîte de sa carrière de musicien de studio, il est victime d'un accident vasculaire cérébral qui entraîne une paralysie partielle de son côté droit, rendant sa main de pincement totalement inutilisable. Pour un instrumentiste à cordes, cette affliction sonne généralement le glas définitif de toute prestation professionnelle. Refusant de se soumettre à ce diagnostic, Maia développe, par une obstination farouche, une technique de jeu inédite, utilisant exclusivement sa main gauche. En exploitant les techniques de "hammer-on" (marteler la corde sur la frette) et de "pull-off" (tirer la corde), il parvient à recréer l'articulation, le groove et l'intensité de ses lignes de basse passées. C'est avec cette maîtrise réinventée qu'il remonte sur scène, offrant une prestation poignante lors d'un concert en hommage à Elis Regina en 1998.
Il a également transmis son savoir à la génération suivante, notamment à son neveu Arthur Maia, devenu à son tour un bassiste de renommée mondiale. L'architecte du groove brésilien décède le 28 janvier 2005 au Japon, à l'âge de 55 ans.
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