Nobuyoshi Ino (1950-) Japan Free Jazz

Publié le 26 mars 2026 à 06:20

Né le 26 mars 1950 à Kiryū, dans la préfecture de Gunma au Japon, Nobuyoshi Ino est un contrebassiste magistral et compositeur dont l'œuvre profuse documente avec une acuité rare l'évolution de la musique japonaise post-guerre, naviguant de la musique populaire (Kayokyoku et R&B) vers les explorations free jazz et avant-gardistes les plus radicales et pointues du circuit international.

Du Rhythm and Blues à la Rigueur de la Contrebasse Classique

L'itinéraire musical d'Ino débute de manière surprenante, bien loin des sphères de l'improvisation libre. Élevé à Tokyo, il s'est immergé très tôt, alors qu'il était encore lycéen à la Gyousei High School, dans la scène trépidante des clubs tokyoïtes en tant que membre d'un groupe de rhythm and blues local.

En 1969, immédiatement après l'obtention de son diplôme de fin d'études secondaires, il a rejoint la formation vocale pop The Bluebell Singers. Avec ce groupe, il a connu un immense succès commercial à l'échelle nationale grâce au tube "Showa Blues". Cependant, Ino, mû par une curiosité intellectuelle et musicale insatiable, refusait catégoriquement de se laisser enfermer dans le carcan prévisible et lucratif de la musique populaire japonaise. À la surprise générale, il a quitté The Bluebell Singers peu après ce succès retentissant pour se consacrer exclusivement à l'étude rigoureuse, presque ascétique, de la contrebasse classique.

Cette période d'immersion académique a doté Ino d'une technique instrumentale irréprochable. La maîtrise totale de l'archet (arco), la compréhension des harmoniques complexes de l'instrument, et une justesse intonative absolue acquises par l'étude classique fourniront à Ino l'arsenal nécessaire pour ne jamais perdre le contrôle, même au cœur des contextes improvisés les plus chaotiques et atonaux de sa future carrière.

La Révolution Free avec Masayuki Takayanagi

L'année 1971 a constitué le véritable point d'inflexion existentiel dans la vie artistique d'Ino, marquant sa rencontre décisive avec le guitariste iconoclaste Masayuki Takayanagi. Takayanagi, pionnier redouté et vénéré de l'avant-garde (souvent associé au mouvement "New Direction" ou "Free Form" au Japon), a propulsé le jeune Ino directement dans la sphère du jazz moderne et expérimental. La capacité d'Ino à répondre instantanément aux déluges de bruit blanc de Takayanagi tout en conservant une articulation claire a fait de lui une sensation immédiate.

Au cours de la décennie 1970, Ino s'est imposé comme l'un des contrebassistes les plus demandés de l'archipel nippon, enregistrant frénétiquement avec des piliers historiques du jazz japonais, naviguant entre le post-bop modal et le jazz fusion. Il a notamment collaboré étroitement avec les frères Hino (le batteur Motohiko Hino et le trompettiste Terumasa Hino), les saxophonistes Kosuke Mine, Akira Miyazawa et Hidefumi Toki, les pianistes Masahiko Sato et Fumio Itabashi, ainsi que le légendaire bassiste et violoncelliste Isao Suzuki et le guitariste Kazumi Watanabe.

Dialogues Intercontinentaux : Lester Bowie, Elvin Jones et l'Europe

Au début des années 1980, le travail d'Ino s'est encore radicalisé, cherchant à déconstruire les formes traditionnelles. Ses collaborations avec Takayanagi se sont poursuivies, et il a tissé des liens créatifs puissants avec la pianiste virtuose Aki Takase, explorant de nouveaux territoires structurels.

L'envergure véritablement internationale d'Ino a été confirmée par la formation d'un duo acoustique audacieux avec le flamboyant trompettiste américain Lester Bowie, figure de proue de l'Art Ensemble of Chicago et membre fondateur de l'AACM (Association for the Advancement of Creative Musicians). Ce duo intime, actif de 1984 à 1988 et immortalisé par l'excellent album Duet sorti en 1985 sur le label Paddle Wheel, témoigne d'un dialogue transculturel d'exception. Ino y démontre sa capacité à ancrer le sens théâtral, vocal et humoristique des cuivres de Bowie grâce à une solidité percussive et un ancrage blues indéniable.

Poussant plus loin ses connexions internationales, Ino a joué en formation trio avec des légendes du free jazz européen, tel que le pianiste allemand Alex Schlippenbach, et américain, avec le batteur Sunny Murray, pionnier du rythme libéré de la pulsation stricte. Il a également eu l'immense honneur d'accompagner en tournée le légendaire batteur de John Coltrane, Elvin Jones, prouvant sa capacité à générer un swing polyrythmique d'une intensité rare. En 1989, affirmant définitivement son rôle de compositeur et leader, Ino a fondé le quartette Four Sounds avec ses fidèles collaborateurs Kosuke Mine, Fumio Itabashi et le batteur Hiroshi Murakami.

Focus sur Kami Fusen

Le jeu de Nobuyoshi Ino se caractérise par une dichotomie fascinante et constamment en mouvement entre une physicalité rythmique musclée et une abstraction sonore quasi bruitiste.

L'analyse musicologique de ses performances, et plus particulièrement sur l'album Kami Fusen (sorti en 2017 sur NoBusiness Records, mais documentant un concert donné en 1996 au Café Amores à Hofu, Japon, avec le trompettiste japonais Itaru Oki et le cornettiste sud-coréen Choi Sun Bae), révèle la richesse sémantique de son vocabulaire. Dans cette formation en trio sans batterie (instrumentation périlleuse qui fait reposer toute la responsabilité rythmique sur la contrebasse), les trajectoires d'Ino sont saluées par la critique pour leur imprévisibilité.

Il navigue avec une aisance déconcertante entre des lignes de "walking bass" implacablement tendues qui propulsent le morceau, et des passages de bégaiements disjoints, de crépitements ou d'harmoniques sifflantes qui frôlent la musique concrète. Son travail à l'archet est magistral : sur des morceaux comme "Yawning Baku", il délimite la trame structurelle de l'improvisation en imposant de longues notes tenues (des "vamps" grinçants ou lyriques) qui créent une fondation tantôt menaçante, tantôt profondément mélancolique, poussant subtilement les cuivres vers de nouvelles explorations mélodiques. Ino ne se contente jamais d'accompagner passivement ; il tisse un paysage sonore complexe en trois dimensions qui dicte activement la direction narrative, émotionnelle et spatiale de l'improvisation collective.

Année Titre de l'Album Label Collaborateurs Principaux
1981 Mountain Better Days Kazumasa Akiyama, Motohiko Hino
1982 Zoomin' Better Days Motohiko Hino, Naoki Kitajima
1985 Duet Paddle Wheel Lester Bowie
1985 Ten i mu ho Mobys Aki Takase
1992 Reason For Being Jinya Disc Masayuki Takayanagi
2005 Bass Duet Senkoji Tetsu Saitoh

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