Né le 26 mars 1970 à Eugene, dans l'Oregon, et élevé dans le chaudron culturel de Los Angeles en Californie, Justin Meldal-Johnsen (universellement désigné par ses pairs et ses fans sous l'acronyme JMJ) est incontestablement l'un des musiciens, directeurs musicaux et réalisateurs artistiques les plus influents, prolifiques et respectés de sa génération. Son parcours polymorphe transcende largement le simple rôle de bassiste de session, incarnant la mutation technologique et artistique du musicien moderne vers un statut de créateur sonore global.
Les Racines Underground et l'Émancipation Studio
L'éducation musicale et esthétique de JMJ a été profondément façonnée par l'émergence des mouvements post-punk, rock gothique et dream pop américains et britanniques des années 1980. Il a commencé la basse à l'âge de douze ans, s'exerçant avec acharnement sur une copie japonaise bon marché de Fender Jazz Bass qui lui avait été offerte par un ami de ses parents. Son ambition initiale, symptomatique de sa génération, était simplement de pouvoir jouer par-dessus les clips musicaux diffusés en rotation sur MTV.
La véritable université de Meldal-Johnsen fut cependant le studio d'enregistrement. À dix-sept ans, il a décroché un emploi de concierge de nuit aux prestigieux Cherokee Recording Studios, situés au cœur d'Hollywood. Ce travail nocturne, en apparence ingrat, lui a offert un point d'observation privilégié sur les sessions d'enregistrement de haut niveau. Il a pu y observer les ingénieurs du son, les producteurs et les musiciens de studio à l'œuvre, démystifiant ainsi le processus complexe de création phonographique, du placement des microphones à l'utilisation des consoles de mixage. Cette exposition précoce jettera les bases techniques incontournables de sa future carrière de producteur. Entre 1988 et 1996, JMJ a fait ses armes en tant que bassiste au sein de formations bouillonnantes de la scène underground californienne telles que Last Carousel, This Great Religion, Pet, et surtout le groupe de noise-rock alternatif expérimental Medicine.
La Symbiose avec Beck et la Direction Musicale
La véritable bascule tectonique dans la carrière de Meldal-Johnsen s'est produite suite à sa rencontre avec l'artiste visionnaire Beck en 1987. Cette connexion précoce a finalement abouti à son intégration officielle dans le groupe de tournée et d'enregistrement de Beck au début de l'année 1996, juste au moment où ce dernier devenait une icône mondiale. JMJ est devenu le roc rythmique, le bassiste incontournable et le directeur musical de Beck pendant deux décennies consécutives.
Il a collaboré activement sur des œuvres majeures, critiques et stylistiquement schizophrènes telles que le collage hip-hop/rock Odelay, les folklores mutants de Mutations, le funk exubérant de Midnite Vultures, la mélancolie orchestrale de Sea Change, ainsi que Guero, The Information et l'acclamé Morning Phase (récompensé par le Grammy de l'Album de l'Année). La capacité unique de JMJ à traduire les expérimentations lo-fi, les boucles de batterie et les collages sonores studio complexes de Beck en un groove organique, percutant et humain sur scène a littéralement redéfini les attentes pesant sur un bassiste dans le rock alternatif. Il a quitté la formation en mai 2016 pour se consacrer pleinement à la production en studio, avant de faire un retour remarqué pour des tournées occasionnelles avec Beck à l'été 2023.
L'Incursion Industrielle avec Nine Inch Nails et l'Avant-Garde avec St. Vincent
La réputation d'excellence de JMJ, alliée à sa maîtrise des technologies MIDI et des synthétiseurs, l'a amené à être sollicité par des artistes d'envergure nécessitant une rigueur extrême. En 2008, informé d'une vacance de poste par son ami le batteur Josh Freese, JMJ a auditionné devant Trent Reznor et a été recruté au sein de Nine Inch Nails (NIN). En 2008 et 2009, il a officié en tant que bassiste, guitariste et claviériste pour les tournées mondiales Lights in the Sky et NIN|JA / Wave Goodbye. Son apport a permis d'injecter une touche de chaleur analogique, d'élasticité rythmique et de présence scénique indéniable à la musique industrielle souvent clinique et mathématique de Reznor.
Poursuivant cette trajectoire d'accompagnateur de luxe pour artistes d'avant-garde, JMJ a assumé en 2021 le rôle de bassiste, claviériste et directeur musical pour la virtuose St. Vincent (Annie Clark). Débutant par une performance mémorable au Saturday Night Live, il a orchestré sa tournée mondiale et a poussé la collaboration jusqu'à contribuer à la production additionnelle de son album acclamé de 2024, All Born Screaming.
Son curriculum vitae de musicien mercenaire s'étend également à des collaborations studio et live avec le duo électronique français Air (notamment pour la tournée fondatrice Moon Safari en 1998 et l'enregistrement de l'album 10 000 Hz Legend en 2001), le groupe Ima Robot (dont il fut membre co-fondateur en 2002), ainsi que Gnarls Barkley, Garbage, The Mars Volta, Dixie Chicks, Tori Amos et Frank Ocean.
De l'Instrumentiste au Réalisateur Artistique Visionnaire
Autour de l'année 2005, JMJ a amorcé une transition stratégique minutieuse, cherchant à capitaliser sur son expérience accumulée en tant que musicien de session pour investir les champs de l'ingénierie du son et de la réalisation artistique. Dès 2009, il opérait en tant que producteur et collaborateur à part entière.
Son travail de producteur se caractérise par une compréhension intime des textures sonores, des arrangements spatiaux et des dynamiques, des qualités directement héritées de sa pratique pluridisciplinaire de la basse. JMJ est mondialement célébré pour sa collaboration symbiotique avec le projet électronique français M83 (Anthony Gonzalez). Il a produit, mixé et co-écrit l'opus magnum double-album Hurry Up, We're Dreaming (2011), qui a redéfini la pop synthétique des années 2010, ainsi que les albums conceptuels ultérieurs Junk (2016), DSVII (2019) et Fantasy (2023).
Son portfolio de réalisation inclut une série impressionnante de succès critiques et commerciaux qui ont façonné le son du rock moderne :
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Paramore : Il a piloté leur transition du pop-punk vers des sphères plus sophistiquées en produisant leur album éponyme en 2013, puis a orchestré leur audacieux virage new-wave sur l'album acclamé After Laughter (2017), où les lignes de basse syncopées de JMJ (en tant que producteur/arrangeur) sont centrales.
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Wolf Alice : Il a produit l'album Visions of a Life (2017), un chef-d'œuvre de rock alternatif texturé qui a remporté le prestigieux Mercury Prize britannique en 2018.
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Deafheaven : Sur l'album Infinite Granite (2021) et Lonely People with Power (2025), JMJ a prouvé sa plasticité esthétique hors du commun en aidant le groupe de black metal à adoucir ses angles pour explorer des paysages sonores shoegaze et dream pop.
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Il a également œuvré pour Metric (Art of Doubt), Jimmy Eat World (Surviving), Poppy (Flux), et Young the Giant.
La Quête du "Lo-Fi"
Multi-instrumentiste accompli, JMJ maîtrise non seulement la basse électrique et la contrebasse, mais également la guitare, les claviers, le synthétiseur, le violoncelle, la clarinette, la mandoline, le glockenspiel et les percussions.
Cependant, c'est sa philosophie concernant l'organologie de la basse qui le distingue. Rejetant catégoriquement la tendance des basses modernes "Hi-Fi", ultra-claires et actives qui saturent souvent le marché contemporain, JMJ a toujours privilégié les instruments excentriques, à l'esthétique "lo-fi" ou vintage, tels que les Fender Coronados, les Guild Starfires ou les Gibson Thunderbirds.
En reconnaissance de son immense contribution à l'industrie, la firme Fender a publié en 2017 un modèle signature mondialement distribué : la JMJ Road Worn Mustang Bass. Cet instrument à diapason court (short-scale), artificiellement vieilli, est reconnu pour sa capacité unique à percer dans les mixages modernes denses grâce à la concentration de ses fréquences dans les bas-médiums, prouvant que les designs des années 1960 restent d'une pertinence absolue.
Outre Fender, Meldal-Johnsen est un fervent avocat et utilisateur des basses britanniques de lutherie Wal. Inspiré initialement par le son percutant de Greg Edwards (du groupe Failure), il utilise notamment un modèle Pro IIe et un Mark I Shedua Custom. Il décrit le modèle Custom comme un instrument robuste, indulgent, doté d'une "tranche intéressante" et d'une présence redoutable dans les fréquences basses-supérieures. La série Pro, quant à elle, offre un médium plus pointu et agressif, idéal pour des lignes de basse aux accents funk (comme entendu sur le titre "Dirty Life" d'Ima Robot). Cette relation intime avec son matériel illustre une démarche où les caractéristiques physiques et électroniques de l'instrument dictent littéralement l'inspiration et la direction stylistique de l'interprète.
| Année | Artiste | Album / Projet | Rôle de Justin Meldal-Johnsen |
|---|---|---|---|
| 1996 | Beck | Odelay | Bassiste, musicien de session |
| 2002 | Beck | Sea Change | Bassiste, musicien |
| 2008 | Nine Inch Nails | The Slip / Lights in the Sky Tour | Bassiste live, claviériste, chœurs |
| 2011 | M83 | Hurry Up, We're Dreaming | Producteur, co-compositeur, bassiste |
| 2013 | Paramore | Paramore | Producteur, claviers, programmation |
| 2017 | Wolf Alice | Visions of a Life | Producteur |
| 2021 | St. Vincent | Tournée Mondiale / SNL | Directeur musical, bassiste, synthétiseurs |
| 2021 | Deafheaven | Infinite Granite | Producteur, synthétiseurs additionnels |
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