Né le 22 mars 1948 à Winchester, dans l'Indiana, et profondément attaché à la région de Union City, Randy Jo Hobbs a évolué dans un tout autre spectre de la révolution de la basse électrique : celui du pop-rock adolescent des années 1960 qui a brutalement muté vers le blues-rock lourd, le hard rock et l'ère des immenses concerts en stade des années 1970. La carrière fulgurante et tragique de Hobbs illustre parfaitement l'évolution esthétique, technologique et sociologique du rock américain au cours de cette décennie tumultueuse.
La première phase de la carrière professionnelle de Hobbs est marquée par son intégration au sein du groupe The McCoys, période s'étendant de 1965 à 1969. Le groupe a connu un succès international massif et quasi instantané en 1965 avec le titre "Hang On Sloopy", qui reste un archétype indépassable du garage pop de l'époque, caractérisé par sa progression d'accords simplissime et son énergie juvénile. Au sein des McCoys, Hobbs (évoluant aux côtés de musiciens de grand talent tels que le guitariste prodige Rick Derringer et le batteur Randy Zehringer) a perfectionné l'art exigeant de la basse pop. Son jeu y était précis, incroyablement entraînant, dénué de fioritures inutiles et totalement au service de l'efficacité de la chanson. La discographie du groupe, incluant des albums plus tardifs et ambitieux comme Infinite McCoys (1968) et Human Ball (1969), documente une tentative sérieuse de transition vers des territoires plus psychédéliques et expérimentaux. Dans ces œuvres, la ligne de basse de Hobbs prenait de plus en plus de relief, de complexité harmonique et intégrait de nouveaux effets sonores.
C'est au tournant décisif des années 1970 que Hobbs a trouvé sa véritable voix artistique et son environnement de prédilection. La dissolution inévitable des McCoys face aux changements de mode a conduit Rick Derringer et Hobbs à rejoindre les projets électriques des flamboyants frères texans Johnny et Edgar Winter. De 1970 à 1976, Hobbs a été le bassiste attitré de ces figures de proue du blues-rock électrique américain. Avec le groupe "Johnny Winter And" (qui a publié un album studio éponyme en 1970 et un célèbre album live incandescent en 1971), Hobbs a dû adapter radicalement son jeu à l'énergie féroce, aux volumes sonores délirants et aux tempos effrénés du blues texan de Winter. Son approche de la basse est devenue nettement plus agressive. Utilisant des amplificateurs massifs poussés à la distorsion naturelle, et un jeu au médiator ou aux doigts extrêmement percussif, Hobbs devait rivaliser harmoniquement avec les murs d'amplis guitare de l'époque. Il a également joué avec le "Edgar Winter Group" (connu pour l'album They Only Come Out at Night en 1972) et le projet infusé de soul et de cuivres "Edgar Winter's White Trash", consolidant sa réputation de musicien de section rythmique robuste, infaillible et redoutablement efficace.
L'un des épisodes les plus fascinants, presque mythologiques, de la carrière de Hobbs s'est déroulé de manière imprévue en 1968, lorsqu'il a participé à des jam sessions informelles avec la légende absolue de la guitare, Jimi Hendrix, au célèbre Scene Club de New York. Ces sessions brutes, caractérisées par de longues et tortueuses improvisations blues, ont été enregistrées sur bande par des ingénieurs présents. Bien que non destinées à une sortie commerciale immédiate par Hendrix, elles ont fait l'objet de nombreuses diffusions officieuses et de bootlegs (notamment sous les titres Woke Up This Morning and Found Myself Dead en 1980, et New York Sessions en 1998) avant d'être finalement éditées de manière officielle en 1994 sous le titre Bleeding Heart. La simple présence de Hobbs, alors très jeune, sur ces enregistrements intimes atteste du respect immense dont il jouissait parmi les virtuoses fondateurs du rock psychédélique. Le fait de pouvoir suivre et soutenir les divagations géniales d'Hendrix en temps réel démontre une oreille musicale exceptionnelle.
Dans la seconde moitié des années 1970, Hobbs a brièvement mais brillamment rejoint Montrose, un groupe pionnier et très influent du hard rock américain fondé par le guitariste Ronnie Montrose. Il a enregistré les parties de basse complexes et lourdes sur l'album Jump on It paru en 1976, collaborant avec des pointures telles que le chanteur Sammy Hagar, le claviériste Jim Alcivar et le batteur Denny Carmassi. La même année, bouclant la boucle de ses amitiés de jeunesse, il a retrouvé Rick Derringer pour enregistrer les lignes de basse de l'album Glass Derringer.
Malgré son immense talent, son sens inné du rock et un curriculum vitae qui force l'admiration, Hobbs a été violemment rattrapé par les excès tragiques inhérents à l'industrie du rock des années 1970. Le 5 août 1993, il a été retrouvé mort dans une chambre d'hôtel à Dayton, dans l'Ohio, à l'âge prématuré de 45 ans. La cause officielle du décès, déterminée par les autorités médicales, a été attribuée à une insuffisance cardiaque directement causée par des complications complexes liées à une toxicomanie sévère et prolongée. La mort de Randy Jo Hobbs représente la conclusion tragique d'une carrière flamboyante qui avait non seulement accompagné, mais littéralement soutenu et amplifié l'art de certains des plus grands guitaristes de sa génération.
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