Issue de la prolifique scène musicale montréalaise, Melissa Auf der Maur s'est imposée dans les années 90 comme l'une des architectes sonores majeures du rock alternatif. Alors que nous célébrons son anniversaire ce 17 mars (et que la sortie de ses mémoires en 2026 remet un coup de projecteur sur son parcours hors norme), il est temps de se pencher en détail sur l'empreinte indélébile qu'elle a laissée sur le son de la basse rock.
De Tinker à Hole : La construction d'un pilier rythmique
Initialement membre du groupe canadien Tinker, sa carrière prend un tournant fulgurant au milieu des années 90. C'est Billy Corgan qui la recommande chaudement à Courtney Love pour reprendre le flambeau au sein de Hole, suite à la disparition tragique de Kristen Pfaff. Arriver dans l'ouragan médiatique et émotionnel qu'était Hole à cette époque n'était pas une mince affaire, mais Melissa a su imposer sa patte avec une assurance déconcertante.
Son jeu de basse, à la fois lourd, saturé et profondément mélodique, devient rapidement le centre de gravité du groupe. Sur l'album culte Celebrity Skin (1998), elle ne se cantonne jamais à un simple rôle de figurante. Son attaque agressive au médiator permet de cisailler à travers le mur de guitares, apportant une assise rythmique inflexible. Là où les guitares s'envolent dans des textures pop-grunge, ses lignes de basse maintiennent l'urgence et la lourdeur du morceau.
L'arsenal de la reine : Comment sculpter le son "Auf der Maur"
Pour obtenir ce son à la fois "gras", agressif et chaleureux, Melissa Auf der Maur a toujours privilégié l'efficacité et la fiabilité d'un matériel classique, tout en s'autorisant des expérimentations pointues en studio.
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Les Basses : Son arme de prédilection absolue reste la Fender Precision Bass (très souvent un modèle Sunburst). C'est le choix logique pour son jeu au médiator : le micro splitté de la P-Bass offre ce grognement bas-médium caractéristique qui perce parfaitement dans un mix rock. Plus tard, notamment dans sa carrière solo, on l'a vue utiliser une Gibson SG Bass (pour des sonorités plus sombres et stoner) ainsi qu'une très atypique Ampeg AEB-1 (la fameuse basse "Scroll" avec ses ouïes en f).
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L'Amplification : "Il n'y a pas d'autre choix pour un bassiste", a-t-elle un jour déclaré à propos d'Ampeg. Sur scène, elle s'appuie sur l'indéboulonnable tête Ampeg SVT-CL Classic couplée à un immense baffle Ampeg SVT-810E (le fameux "frigo"). Cependant, le secret de son énorme son sur Celebrity Skin réside dans la magie du studio : le producteur Michael Beinhorn a combiné le grain mythique d'un ampli à lampes Ampeg B-15 avec des subwoofers gigantesques et un ampli de marque Acoustic poussé jusqu'à une fuzz extrême pour épaissir la texture des graves.
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Les Effets : Bien qu'elle mise avant tout sur la puissance du couple Basse/Ampli, quelques pédales clés façonnent ses lignes mélodiques. Sa toute première pédale et sa favorite sur la basse reste la Boss CE-2B Bass Chorus, idéale pour donner cet effet liquide et typiquement "alternatif" des années 90. Elle utilise également le délai analogique Boss DM-3 et des filtres d'enveloppe comme la MXR M82 Bass Envelope Filter pour des atmosphères plus psychédéliques.
Au secours des Smashing Pumpkins
Après son passage remarqué chez Hole, elle vole au secours des Smashing Pumpkins pour la tournée d'adieu monumentale de l'album Machina/The Machines of God au début des années 2000. Remplacer D'arcy Wretzky au pied levé prouve une fois de plus sa capacité d'adaptation et sa grande rigueur rythmique : son attaque franche au médiator était exactement ce qu'il fallait pour exister face aux murs de distorsion – souvent alimentés par des Big Muff – de Billy Corgan, sans pour autant écraser l'attaque des guitares.
L'envol en Solo : Textures stoner et expérimentations
Loin de s'arrêter en si bon chemin après la première séparation des Pumpkins, elle lance une carrière solo audacieuse. Avec ses albums Auf der Maur (2004) et Out of Our Minds (2010), elle s'entoure de poids lourds du rock (Josh Homme, Glenn Danzig) et explore des textures beaucoup plus gothiques, stoner et expérimentales. Sa basse y prend une ampleur nouvelle, devenant l'instrument lead autour duquel s'articulent des atmosphères lourdes et brumeuses.
Un héritage toujours vivant
Aujourd'hui, bien qu'elle se consacre grandement à Basilica Hudson, le centre d'art multidisciplinaire qu'elle a cofondé dans l'État de New York, son influence perdure. Melissa Auf der Maur a redéfini le rôle du bassiste dans le rock alternatif : non pas en restant en retrait dans l'ombre du batteur, mais en imposant un son titanesque, un charisme visuel fort et des lignes mélodiques devenues cultes pour toute une génération de musiciens.
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