Aujourd'hui, 7 mars, la sphère de la basse célèbre l'anniversaire d'une figure aussi discrète qu'incontournable de la scène jazz et fusion américaine. Né le 7 mars 1939 à New York, Herb Bushler souffle aujourd'hui ses quatre-vingt-sept bougies. Si son nom ne résonne pas toujours immédiatement auprès du grand public, ses innombrables lignes de basse, jouées tant à la contrebasse qu'à la basse électrique, ont marqué une myriade d'enregistrements historiques. Évoluant avec une grâce rare entre le jazz classique, le funk, la pop et les prémices de la fusion, cet artisan de l'ombre a bâti une carrière dont la richesse force le respect et mérite d'être célébrée par tous les passionnés de fréquences graves.
L'éducation musicale de ce natif de la Grosse Pomme commence bien loin des clubs de jazz enfumés de Manhattan. Dans sa prime jeunesse, Herb s'initie d'abord au piano et au tuba avant de trouver sa véritable vocation avec la contrebasse. Fort d'une solide formation classique sur cet imposant instrument acoustique, il fait ses premières armes de musicien professionnel en intégrant les rangs de prestigieux orchestres symphoniques. Cette rigueur académique, couplée à une maîtrise absolue de l'archet et de la justesse, lui confère une assise technique exceptionnelle. C'est cette fondation classique inébranlable qu'il saura par la suite transposer avec brio au service de musiques beaucoup plus syncopées et improvisées.
Au fil des années soixante, Herb Bushler s'éloigne peu à peu des pupitres rigides de la musique classique pour plonger au cœur de l'effervescence des studios new-yorkais. Il accompagne dans un premier temps des formations vocales à grand succès comme The Fifth Dimension, mais c'est indéniablement dans l'idiome du jazz qu'il va pleinement s'épanouir. Il se distingue très vite dans le milieu professionnel par sa capacité rarissime à exceller avec la même aisance sur sa contrebasse traditionnelle que sur une basse électrique, une polyvalence qui s'avère redoutable à l'aube du mouvement jazz-rock. Sa rencontre déterminante en 1967 avec le légendaire arrangeur Gil Evans marque le début d'une longue et fructueuse collaboration qui s'étalera jusqu'au début des années quatre-vingt. Ensemble, ils repoussent les frontières du big band moderne, illustré notamment par leurs fascinantes réinterprétations en grand orchestre de la musique de Jimi Hendrix.
La décennie des années soixante-dix consacre définitivement Herb Bushler comme l'un des musiciens de session les plus prisés de la côte Est des États-Unis. Totalement dénué d'ego mal placé et fuyant la lumière artificielle des projecteurs, il met son groove implacable et sa profonde compréhension des harmonies complexes au service des plus grands. Les auditeurs avertis retrouvent ses lignes de basse ciselées et rebondissantes sur des productions phares du label CTI, notamment aux côtés du redoutable saxophoniste Joe Farrell, insufflant une énergie funk irrésistible à des albums devenus de véritables références. Au cours de cette période faste, il croise également le fer avec la foudre rythmique de Tony Williams, tisse des toiles world-jazz planantes avec le Paul Winter Consort, accompagne les fulgurances du trompettiste Ted Curson et soutient la voix envoûtante de Dee Dee Bridgewater. Preuve éclatante de son talent global, qui dépasse la seule exécution instrumentale, le célèbre saxophoniste David Sanborn choisit d'enregistrer "Herbs", une composition originale signée Bushler, immortalisant ainsi la plume inspirée du bassiste.
Musicien complet, arrangeur subtil du groove et pilier historique des studios, Herb Bushler a su traverser les décennies et les barrières génériques avec une élégance stylistique qui n'appartient qu'à lui. Qu'il pose un walking bass fiévreux et acoustique ou qu'il distille une ligne électrique suave et terriblement funk, sa signature sonore demeure ce subtil équilibre entre un soutien rythmique infaillible et une inventivité mélodique de chaque instant. Bien qu'il se fasse logiquement plus rare sur scène aujourd'hui, il continue parfois de faire vibrer les cordes de ses instruments, prouvant que la passion de la note juste ne s'éteint jamais. En ce 7 mars, toute l'équipe de GraveBasse lève son verre à cet immense musicien.
Ajouter un commentaire
Commentaires