Aujourd'hui, 4 mars, on s'accorde tous un moment de recueillement et de célébration pour honorer la naissance d'une véritable légende. Christopher Russell Edward Squire, né ce jour en 1948 à Londres, n'était pas simplement le bassiste du groupe Yes. Il était une force gravitationnelle, un pionnier audacieux qui a redéfini à lui seul le rôle de la guitare basse dans la musique rock. Disparu en juin 2015, il laisse derrière lui un héritage colossal qui continue de résonner dans les amplificateurs et les cœurs des musiciens du monde entier. Pour nous, passionnés de la quatre cordes, se pencher sur la vie et l'œuvre de Chris Squire est un pèlerinage obligatoire aux sources mêmes de la basse moderne.
L'histoire musicale de Chris Squire débute bien avant qu'il ne saisisse une guitare. Dans sa jeunesse, il intègre la chorale de l'église locale, une expérience formatrice qui infusera toute son approche de la musique. Cette éducation classique et chorale lui confère une compréhension intime de l'harmonie vocale, du contrepoint et de la mélodie. Lorsqu'il découvre le rock and roll, la scène florissante du Swinging London et le jeu révolutionnaire de musiciens comme John Entwistle ou Paul McCartney, Squire transpose instinctivement son bagage harmonique sur le manche de sa basse. Il comprend très vite que son instrument n'est pas condamné à rester dans l'ombre à marteler la fondamentale, mais qu'il peut devenir une voix mélodique à part entière, un chef d'orchestre rythmique capable de diriger la composition.
La rencontre historique entre Chris Squire et le chanteur Jon Anderson à la fin des années soixante marque la naissance de Yes, un groupe qui deviendra la quintessence du rock progressif. Squire en restera l'unique membre permanent, figurant sur chaque album studio jusqu'à son décès. Au sein de cette formation virtuose, il développe un style de jeu d'une agressivité et d'une clarté sidérantes. Il attaque les cordes avec un médiator, cherchant un son percussif et tranchant qui tranche avec la rondeur traditionnelle de l'époque. Ses lignes de basse, loin de se contenter de soutenir les accords, interagissent constamment avec la guitare de Steve Howe et les claviers de Rick Wakeman, créant une tapisserie sonore d'une complexité inouïe. Des chefs-d'œuvre comme l'album "Fragile" ou "Close to the Edge" témoignent de cette capacité unique à jouer des arpèges frénétiques et des mélodies complexes tout en maintenant un groove implacable.
Pour tout amateur de matériel qui se respecte, évoquer Chris Squire nécessite de se prosterner devant son équipement iconique. Le son de Squire est indissociable de sa célèbre Rickenbacker RM1999 de 1964, le modèle d'exportation britannique de la fameuse 4001. Achetée à l'aube de sa carrière, cette basse subira de nombreuses modifications au fil des années, notamment des allégements de son corps qui, selon la légende, auraient accentué sa résonance si particulière. Mais le véritable secret de son grain légendaire résidait dans l'utilisation pionnière de la bi-amplification, permise par le système stéréo Rick-O-Sound. Squire envoyait le micro grave de sa Rickenbacker vers un amplificateur de basse traditionnel pour conserver une assise lourde et profonde, tandis qu'il dirigeait le micro aigu vers un amplificateur de guitare en saturant légèrement les lampes. Ce mariage entre des graves sismiques et des hauts-médiums rugissants, le tout claquant sur des cordes à filet rond Rotosound Swing Bass 66, a créé le fameux "growl" de Chris Squire, un son métallique, granuleux et gigantesque qui coupait à travers n'importe quel mix.
Si son nom est éternellement lié à Yes, la carrière de Chris Squire ne s'y résume pas. En 1975, il publie son chef-d'œuvre solo, "Fish Out of Water". Ce surnom de "Fish" le suivra d'ailleurs toute sa vie, un clin d'œil à son signe astrologique et à sa propension légendaire à prendre des bains interminables. Cet album solo est une démonstration magistrale de composition orchestrale où la basse trône majestueusement au centre de la production. Par la suite, Squire participera à de nombreux projets fascinants, comme le supergroupe XYZ avorté avec Jimmy Page, ou l'excellent projet Squackett en collaboration avec l'ancien guitariste de Genesis, Steve Hackett. À chaque apparition, sa signature sonore restait instantanément reconnaissable, prouvant que son style transcendait les étiquettes et les époques.
Le départ de Chris Squire il y a près d'une décennie a laissé un vide immense dans l'univers de la musique, mais son influence demeure omniprésente et bien vivante. L'impact qu'il a eu sur les générations suivantes de bassistes est incalculable. Des musiciens de légende comme Geddy Lee de Rush, Steve Harris d'Iron Maiden ou encore John Myung de Dream Theater le citent tous comme une influence fondatrice, celui qui leur a montré que la basse pouvait mener la danse avec panache et agressivité. L'intronisation posthume de Yes au Rock and Roll Hall of Fame en 2017 n'a fait que valider formellement ce que la communauté des musiciens savait déjà : Chris Squire était un titan.
En ce 4 mars, alors que nous célébrons la naissance d’un des architectes du rock progressif. Chris Squire a prouvé que la basse est un instrument aux possibilités infinies, capable de rugir, de chanter et d'émouvoir. Bon anniversaire, Chris, et merci d'avoir écrit l'une des plus belles pages de l'histoire de notre instrument.
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