En ce 4 mars 2026, on célèbre les soixante-trois ans d'un musicien dont la résilience, la puissance et l'intégrité ont marqué à jamais l'histoire de la guitare basse. Jason Newsted n'est pas seulement l'homme qui a eu la lourde tâche de succéder à l'immense Cliff Burton au sein de Metallica ; il est un musicien accompli, un compositeur acharné et un bassiste au style redoutable qui a redéfini la place de l'instrument dans le metal moderne. Pour gravebasse.com, il était impensable de ne pas rendre un hommage appuyé et détaillé à la carrière monumentale, à la technique chirurgicale et à l'arsenal sonore de ce titan du médiator.
Né le 4 mars 1963 à Battle Creek dans le Michigan, Jason Curtis Newsted a grandi dans une ferme, développant très tôt une éthique de travail rigoureuse qui le suivra toute sa vie. Découvrant la musique à travers des icônes comme Gene Simmons de Kiss ou Geezer Butler de Black Sabbath, il se tourne naturellement vers la guitare basse. Son premier véritable accomplissement musical prend forme lorsqu'il déménage en Arizona au début des années quatre-vingt. Il y fonde le groupe de thrash metal Flotsam and Jetsam. Loin d'être un simple exécutant, Jason en est le leader incontesté, le principal parolier et le compositeur majeur. Leur premier album, Doomsday for the Deceiver sorti en 1986, est un chef-d'œuvre de thrash technique où la basse de Newsted virevolte avec une clarté et une agressivité qui attirent l'attention de toute la scène metal de l'époque.
Le destin de Jason bascule tragiquement à l'automne 1986. Suite au décès accidentel de Cliff Burton, Metallica se met en quête d'un nouveau bassiste. Prêt à tout pour rejoindre ses idoles, Jason apprend l'intégralité de leur répertoire en quelques jours et se présente à l'audition avec une préparation et une hargne qui impressionnent immédiatement James Hetfield, Lars Ulrich et Kirk Hammett. Son intégration marque cependant le début d'une période extrêmement difficile sur le plan psychologique. Le groupe, incapable de faire le deuil de Burton, retourne sa frustration contre le nouveau venu à travers des bizutages constants et parfois cruels. Sur le plan musical, cette mise à l'épreuve atteint son paroxysme avec l'album ...And Justice for All en 1988, tristement célèbre pour son mixage ayant quasi totalement étouffé les pistes de basse de Jason. Malgré cette injustice sonore, le bassiste encaisse les coups sans broncher, prouvant sa valeur soir après soir lors de tournées marathoniennes.
C'est véritablement au début des années quatre-vingt-dix, avec la sortie de l'album éponyme surnommé le Black Album, que le monde entier prend la pleine mesure du talent de Jason Newsted. Sous la houlette du producteur Bob Rock, la basse retrouve une place centrale, lourde, ronde et percutante. Le titre My Friend of Misery, qui devait initialement être l'instrumental de l'album composé par Jason, illustre parfaitement son sens de la mélodie sombre et mélancolique. Sur scène, il devient le véritable moteur de Metallica. Son jeu de scène frénétique, ses moulinets de tête légendaires et, surtout, ses chœurs hurlés avec une puissance phénoménale apportent une énergie viscérale que le groupe n'avait jamais connue auparavant.
Pour les lecteurs de gravebasse.com, il est crucial de s'attarder sur la technique et le matériel de cet artisan du son lourd. Contrairement à son prédécesseur qui jouait aux doigts, Jason est un maître absolu du jeu au médiator. Sa technique de main droite est un modèle d'endurance, de précision et de force. Il attaque les cordes avec une violence inouïe, garantissant une attaque percussive qui tranche parfaitement à travers les murs de guitares saturées. Sa régularité rythmique était d'ailleurs souvent le véritable ciment de Metallica en live, permettant de maintenir l'édifice debout lors des fluctuations de tempo de la batterie.
Du côté de l'instrumentarium, Jason a navigué entre plusieurs marques prestigieuses au fil de sa carrière, cherchant toujours une lutherie capable de résister à ses assauts physiques. Lors de ses premières années avec Metallica, on l'a souvent vu martyriser des basses Alembic, notamment les modèles Spoiler et Elan, ainsi que des instruments Spector et quelques modèles ESP. Cependant, la marque qui reste indéniablement associée à son image et à son son massif des années quatre-vingt-dix est Sadowsky. Ses modèles Vintage à quatre et cinq cordes, souvent en finition noire avec des manches en érable, équipés de l'électronique active redoutable de Roger Sadowsky, ont forgé son grain caractéristique. Plus tard dans sa carrière, il a également jeté son dévolu sur de magnifiques basses Dingwall, appréciant la tension parfaite offerte par les frettes en éventail.
L'amplification de Jason est tout aussi légendaire et monolithique que son jeu. La fondation de son mur du son repose historiquement sur l'incontournable Ampeg SVT, souvent poussé dans ses retranchements pour obtenir ce grognement rauque et chaleureux. Pour sculpter davantage son attaque, il a longtemps couplé ces amplis classiques avec des têtes Mesa/Boogie, mélangées via des systèmes de routage complexes. Le secret de sa saturation agressive et tranchante réside également dans l'utilisation massive des préamplis Tech 21 SansAmp, ainsi que de diverses pédales de fuzz comme la légendaire Big Muff ou la Morley Power Fuzz Wah, lui permettant d'obtenir des textures industrielles et apocalyptiques lors de ses solos en concert.
L'aventure avec Metallica prend fin en 2001. Épuisé physiquement par les années de tournées intenses qui lui ont causé de graves lésions aux cervicales et aux épaules, et frustré par le refus de James Hetfield de le laisser s'exprimer dans son projet parallèle Echobrain, Jason choisit l'intégrité et quitte le groupe de metal le plus grand du monde. Loin de disparaître, cette rupture marque le début d'une fascinante renaissance artistique. Il rejoint brièvement le groupe d'Ozzy Osbourne, prouvant qu'il reste l'un des bassistes les plus demandés de la scène. Surtout, il intègre le légendaire groupe de metal progressif canadien Voivod sous le pseudonyme de Jasonic, participant à la composition et à l'enregistrement de plusieurs albums salués par la critique, et finançant même le groupe pour leur permettre de continuer à exister.
Au cours de la décennie suivante, Jason lance son propre groupe sobrement intitulé Newsted, ravivant la flamme du heavy metal traditionnel pour le plus grand bonheur de ses fans de la première heure. Plus récemment, ses problèmes physiques l'ayant contraint à revoir son approche de l'instrument, il s'est illustré avec The Chophouse Band, explorant des territoires acoustiques, country et bluegrass, prouvant la richesse de sa culture musicale bien au-delà du metal. Parallèlement à la musique, il s'est découvert une immense passion pour la peinture, exposant ses œuvres d'art brut et abstrait à travers le monde.
Aujourd'hui, à soixante-trois ans, Jason Newsted reste une figure profondément respectée et admirée. Il incarne le bassiste au service de la chanson, un roc indéboulonnable à la générosité sans limite envers son public. Son héritage sonore, son attaque au médiator implacable et son amour pur pour la musique continuent d'inspirer des milliers de bassistes à travers le monde. Joyeux anniversaire Jason.
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