Aujourd'hui, 3 mars 2026, toute l'équipe de gravebasse.com est fière de célébrer le soixante-quinzième anniversaire d'un bassiste au parcours exceptionnel et au groove légendaire : Rustee Allen. Connu du grand public pour avoir relevé l'un des défis les plus intimidants de l'histoire de la musique funk, à savoir succéder à l'inventeur du slap Larry Graham au sein de Sly and the Family Stone, Rustee Allen a su imposer sa propre voix grave avec une autorité et une musicalité rares. Ce musicien de l'ombre, véritable pilier du rythme et de l'harmonie, mérite que l'on s'attarde en détail sur sa longue et fructueuse carrière qui a profondément marqué les musiques afro-américaines.
Né le 3 mars 1951 à Monroe, en Louisiane, Rustee Allen grandit à Oakland, en Californie, une région qui bouillonne alors d'une effervescence musicale sans précédent. Dès l'âge de douze ans, il commence son apprentissage musical en autodidacte sur une guitare. L'appel des fréquences graves se fait cependant rapidement sentir, et il adapte de façon ingénieuse son jeu sur les quatre cordes inférieures de son instrument. Son talent précoce le pousse très tôt sur le devant de la scène. À peine âgé de dix-sept ans, il aborde avec audace le guitariste de blues et de funk Johnny Talbot dans la rue pour lui demander d'intégrer son groupe. Sous l'aile de Talbot, le jeune Rustee se forge une solide expérience scénique dans les clubs prestigieux de la baie de San Francisco, baignant quotidiennement dans le blues, le jazz et le funk naissant.
L'ascension d'Allen s'accélère considérablement lorsqu'il croise la route des Edwin Hawkins Singers, ce qui l'amène à faire la connaissance de Freddie Stone, le propre frère de Sly Stone. Impressionné par son assise rythmique, Freddie l'engage pour tenir la basse au sein de Little Sister, une formation satellite très proche de la Family Stone. Cette opportunité lui permet non seulement de faire ses preuves à un niveau professionnel, mais aussi d'ouvrir régulièrement les concerts de Sly and the Family Stone. Lorsque Larry Graham quitte avec fracas le groupe emblématique en 1972 pour former Graham Central Station, Sly Stone n'a pas à chercher bien loin pour trouver un remplaçant à la hauteur de l'enjeu. Il fait naturellement et logiquement appel à Rustee Allen.
Intégrer une machine à groove aussi colossale que la Family Stone et succéder à une icône mondiale de la basse représentait une pression immense pour un jeune musicien. Pourtant, Rustee Allen relève le défi avec brio et naturel. De 1972 à 1975, il apporte une dynamique nouvelle et rafraîchissante au groupe. Son jeu se distingue magnifiquement sur deux albums fondamentaux de cette époque, à commencer par l'incontournable "Fresh" sorti en 1973, suivi de "Small Talk" l'année suivante. Sur ces disques, le son de basse se veut souvent plus brut, chaloupé et organique. Bien qu'il maîtrise parfaitement les techniques percussives de son prédécesseur, Allen brille également par un jeu aux doigts d'une précision redoutable, un placement rythmique impeccable et une utilisation prodigieuse des silences. Le son du groupe évolue, et la basse de Rustee y joue un rôle fondamental de ciment, liant avec souplesse les extravagances vocales et instrumentales de Sly Stone.
Après cette aventure fondatrice, Rustee Allen ne se repose pas sur ses lauriers et démontre l'étendue de sa formidable polyvalence. Il collabore avec de nombreuses autres pointures de la musique, explorant des genres variés allant de la soul pure au rock musclé. Il rejoint notamment le groupe du guitariste britannique Robin Trower, apportant une profondeur rhythm and blues tout à fait inattendue et bienvenue au rock psychédélique de la formation. Vers la fin des années soixante-dix, il s'aventure également dans les méandres du jazz fusion en dirigeant son propre projet musical baptisé Second Wind. Sa capacité fulgurante à s'adapter à des contextes musicaux très différents fait de lui un musicien de studio et de scène extrêmement prisé, l'amenant à croiser le fer avec des légendes absolues telles que George Clinton, Bobby Womack ou encore les Temptations.
La fidélité de Rustee Allen envers les artistes qu'il accompagne est tout aussi remarquable que son jeu de basse. À partir de 1994, il devient en effet le bassiste attitré du légendaire chanteur de soul Bobby Womack, l'accompagnant sur scène à travers le monde pendant de très nombreuses années. Loin de s'effacer définitivement derrière les grands noms de la musique, il continue également de développer ses propres projets personnels avec passion. En juillet 2018, il sort d'ailleurs un album solo très attendu par ses fans, intitulé "Simple Rules", publié sur son propre label indépendant Rustee Nailz, prouvant que son désir de création reste totalement intact. Il effectue même quelques apparitions télévisées et scéniques très remarquées, comme lors de la quarante-huitième cérémonie des Grammy Awards en 2006, où il retrouve la Family Stone pour une performance mémorable, ou encore dans le film documentaire de 2017 dédié à la recherche de Sly Stone.
Il nous semblait indispensable de rendre un hommage appuyé à cet artisan majeur de la basse électrique. Rustee Allen n'est pas seulement le bassiste qui a repris le flambeau après Larry Graham, il est avant tout un créateur de lignes de basse inoubliables, un accompagnateur de pur génie et une figure essentielle de l'évolution du funk et de la soul américaine. Joyeux soixante-quinzième anniversaire, Monsieur Allen !
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