Carles Benavent, le pionnier de la basse flamenco (1954-)

Publié le 1 mars 2026 à 06:47

Aujourd'hui, 1er mars 2026, gravebasse.com et la communauté internationale des bassistes célèbrent un jalon extraordinaire : le soixante-douzième anniversaire de l'immense Carles Benavent. Né à Barcelone en 1954 dans le quartier populaire de Poble Sec, cet artiste visionnaire n'a pas seulement marqué l'histoire de son instrument, il en a redessiné les frontières géographiques et culturelles. Avant lui, la basse électrique était pratiquement inexistante, voire impensable, dans l'univers puriste et codifié du flamenco. En introduisant la quatre cordes puis la cinq cordes dans cet idiome traditionnel, Carles Benavent a inventé un nouveau langage musical, devenant le père spirituel d'une génération entière de bassistes fusionnant les musiques du monde, le jazz et le rock.

Le voyage musical de ce génie catalan commence à l'aube de son adolescence, sous l'influence écrasante du blues et du rock des années soixante. Attiré par les sonorités saturées et les improvisations de Jimi Hendrix ou du groupe Cream, le jeune Carles troque rapidement ses premiers instruments pour se consacrer pleinement à la basse électrique. À l'âge de treize ans, il forme le groupe Crack, jetant les bases de son amour pour la scène. Sa soif d'exploration le conduit naturellement vers le jazz-rock et la musique progressive dans les années soixante-dix. Il fonde la formation Máquina!, puis rejoint le groupe Música Urbana, des expériences fondatrices qui lui permettent de forger une technique solide et une compréhension harmonique complexe, bien loin des simples lignes de fondation rythmique.

La véritable révolution s'opère en 1980, une année charnière qui va bouleverser la carrière de Benavent et l'histoire du flamenco. Le légendaire guitariste Paco de Lucía, en quête de nouvelles sonorités pour moderniser son art, fait appel à lui pour intégrer son célèbre sextet. Le défi est monumental. Le flamenco possède ses propres cycles rythmiques d'une complexité inouïe, comme les compás des bulerías ou des alegrías, et une esthétique percussive très particulière. Pour s'intégrer sans dénaturer cette musique sacrée, Carles Benavent développe une approche inédite. Il imite les attaques percussives et rapides des doigts des guitaristes flamencos en utilisant un médiator sur sa basse, une technique atypique qui lui offre un mordant et une clarté redoutables.

Mais c'est le choix de la basse fretless qui devient sa véritable signature sonore. En retirant les frettes de son instrument, Benavent trouve le moyen de glisser entre les notes, capturant ainsi les inflexions vocales pleines de larmes et de puissance des chanteurs de flamenco, les fameux cantaores. Le son chaud, boisé et glissant de sa fretless, combiné à l'attaque tranchante de son médiator, crée un contraste saisissant qui devient instantanément identifiable. Ses lignes de basse dans le sextet de Paco de Lucía ne se contentent pas de soutenir la guitare, elles dialoguent avec elle, apportant un groove profond et une dimension mélodique jusque-là inédite dans le genre.

Ce travail novateur traverse rapidement les océans et attire l'attention des géants du jazz américain. En 1982, le pianiste Chick Corea l'invite à participer à l'enregistrement de l'album Touchstone, amorçant une collaboration fructueuse qui le mènera sur les plus grandes scènes du monde. Le talent transcendant de Benavent le conduit même à croiser le chemin du mythique Miles Davis, avec qui il partage la scène, confirmant ainsi son statut de bassiste de rang mondial. Ces collaborations prestigieuses illustrent sa capacité exceptionnelle à faire fusionner le vocabulaire complexe du jazz avec le feu rythmique de la musique andalouse.

Le matériel de Carles Benavent est une source d'inspiration inépuisable. Toujours en quête d'une expressivité maximale, le maestro s'est distingué par l'utilisation de basses à cinq cordes accordées d'une manière très spécifique. Au lieu d'ajouter la traditionnelle corde de Si grave, Benavent opte pour une corde de Do aigu, adoptant ainsi l'accordage Mi, La, Ré, Sol, Do. Ce choix matériel reflète sa volonté d'explorer le registre supérieur de l'instrument, lui permettant d'exécuter des accords complexes et des envolées solistes rivalisant avec celles des guitaristes. Au fil des années, il a étroitement collaboré avec des luthiers de renom, notamment Jerzy Drozd, qui a conçu pour lui des modèles signatures en demi-caisse. Ces instruments creux, dotés d'une table en bois de résonance, lui offrent un son presque acoustique, chaleureux et très dynamique, idéal pour retranscrire la subtilité de ses attaques au médiator.

En ce jour où nous célébrons ses soixante-douze ans, Carles Benavent continue d'être une force vitale dans le monde de la musique. Son sourire communicatif sur scène et sa générosité musicale n'ont pas pris une ride. Il a su prouver que la basse n'est pas confinée à un rôle de soutien dans les musiques populaires anglo-saxonnes, mais qu'elle peut devenir la voix principale d'une culture séculaire si l'on a l'audace de réinventer ses codes. Toute la rédaction de gravebasse.com souhaite un très joyeux anniversaire au maestro catalan, en le remerciant pour l'héritage inestimable qu'il continue de nous léguer.

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