Aujourd'hui, 28 février 2026, gravebasse.com tient à célébrer le soixante-quatorzième anniversaire d'un musicien absolument hors normes : le magistral Arthur Barrow. Né à San Antonio au Texas en 1952, ce bassiste, claviériste et arrangeur de génie possède l'un des CV les plus fascinants et les plus éclectiques de l'histoire de la musique moderne. Connu par les puristes pour avoir tenu avec une rigueur martiale les fondations rythmiques de la musique de Frank Zappa, il a également sculpté le son des années quatre-vingt dans l'ombre des plus grands producteurs. Plongée dans la carrière d'un instrumentiste qui a érigé la polyvalence au rang d'art majeur.
L'histoire d'Arthur Barrow est d'abord celle d'un multi-instrumentiste acharné. Avant même de toucher à une basse, le jeune Texan se forge une oreille absolue sur le piano familial, l'orgue et la guitare électrique. Ce n'est qu'à l'âge de vingt-et-un ans qu'il décide de se consacrer pleinement aux quatre cordes, une révélation tardive mais fulgurante. Étudiant en composition à la prestigieuse North Texas State University, il passe un temps infini dans les laboratoires de musique électronique à maîtriser les synthétiseurs modulaires Moog. Cette double casquette, alliant une profonde connaissance harmonique à une maîtrise de la synthèse analogique, va devenir son arme secrète pour le reste de sa carrière. Diplômé avec les honneurs, il quitte le Texas en 1975 pour s'installer à Los Angeles avec un objectif unique et obsessionnel en tête : jouer pour son idole absolue, Frank Zappa.
Intégrer le groupe de Zappa relevait du parcours du combattant, exigeant des musiciens capables de déchiffrer des partitions d'une complexité rythmique terrifiante à vue. À l'été 1978, le rêve devient réalité lorsqu'il réussit la redoutable audition du maître. Barrow a souvent raconté que sa survie lors de cette épreuve devait beaucoup à sa basse de l'époque, une Gibson Ripper jaune, dont la lutherie lui permettait d'adopter un toucher très léger pour naviguer à toute vitesse sur le manche. Très vite, son éthique de travail hallucinante impressionne Zappa, qui ne se contente pas d'en faire son bassiste sur des albums mythiques comme "Joe's Garage", "Tinsel Town Rebellion" ou "You Are What You Is". Il le nomme "Clonemeister", c'est-à-dire le chef de répétition du groupe. Barrow avait pour lourde tâche de diriger les musiciens huit à dix heures par jour, cinq jours par semaine, avant même que Zappa n'arrive au studio, s'assurant que chaque mesure asymétrique soit exécutée à la perfection.
Sur le plan de la technique pure, Arthur Barrow a dû s'adapter aux exigences folles de ce répertoire. N'ayant jamais pratiqué le slap avant de rejoindre Zappa, il a dû intégrer cette technique à son arsenal pour des titres spécifiques. Toutefois, son jeu de prédilection restait un redoutable jeu aux doigts, combiné à une astuce singulière : il jouait avec l'index et le majeur tout en gardant un médiator caché dans le creux de sa main, prêt à le faire glisser entre ses doigts à la seconde où la partition exigeait une attaque plus tranchante et agressive. Cette capacité à muter son timbre instantanément faisait de lui le bassiste idéal pour une musique en perpétuelle mutation.
Si la période Zappa a cimenté sa réputation de virtuose de la basse électrique, la suite de sa carrière illustre son génie de l'arrangement. Dans les années quatre-vingt, Arthur Barrow devient le bras droit du pionnier de la musique électronique Giorgio Moroder. Le grand public a ainsi entendu ses lignes de basse sans même le savoir. Il a activement participé à la bande originale du film culte "Scarface", posant des grooves ravageurs sur des titres comme "Push It To The Limit" ou "Shake It Up". Plus surprenant encore, c'est lui qui a programmé et joué la ligne de basse légendaire du tube "Take My Breath Away" du groupe Berlin pour la bande originale de "Top Gun". Utilisant le patch de basse fretless d'un synthétiseur Yamaha DX7, il a prouvé qu'un grand bassiste sait faire groover n'importe quelle interface, qu'elle possède des cordes ou des touches. Ce talent de musicien de studio l'a amené à collaborer avec The Doors, Billy Idol, Janet Jackson ou encore Joe Cocker.
Pour les passionnés de matériel qui lisent nos colonnes, l'approche sonore de Barrow se résume à ce qu'il appelle les "Trois T" : Tone, Time, et Taste (Le Son, le Placement, et le Bon Goût). Côté lutherie, il a toujours privilégié les instruments denses. Selon lui, une bonne basse doit être lourde pour garantir le meilleur sustain, comparant un corps de basse en bois léger à une enceinte acoustique qui serait fabriquée en balsa. Outre sa fameuse Gibson Ripper fretless de 1977, il est un fervent utilisateur de la Music Man StingRay 5 cordes et de la Fender Jazz Bass. Pour amplifier ces instruments, son choix s'est longtemps porté sur une tête stéréo SWR SM-400S couplée à un baffle Goliath III 4x10, une configuration idéale pour restituer la clarté et l'articulation redoutable de son phrasé.
Aujourd'hui, alors qu'il souffle ses soixante-quatorze bougies, Arthur Barrow continue de créer, de composer dans son propre studio los-angelien et de collaborer avec de vieux amis comme Robby Krieger. Son autobiographie, intelligemment titrée "Of Course I Said Yes!", est une lecture incontournable pour quiconque souhaite comprendre les rouages du métier de musicien professionnel.
Joyeux anniversaire, Monsieur Barrow !
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