John B. Williams Jr., du Tonight Show au Jazz Theater (1941-)

Publié le 27 février 2026 à 05:32

Aujourd'hui, 27 février 2026, GraveBasse célèbre une étape majeure pour l'un des piliers discrets mais absolument fondamentaux de la scène musicale américaine. L'immense bassiste et contrebassiste John B. Williams Jr. souffle ses quatre-vingt-cinq bougies. Si son nom n'est pas toujours le premier à jaillir dans les discussions des néophytes, sa sonorité profonde et son sens inné du placement rythmique ont pourtant résonné dans les foyers du monde entier pendant des décennies. À travers cet article anniversaire, nous tenons à honorer la trajectoire d'un musicien qui a su allier l'exigence du jazz de haut vol à une présence télévisuelle historique, tout en explorant les frontières fascinantes de la poésie et de la musique.

Né dans le Bronx à New York en 1941, le voyage musical de John B. Williams Jr. n'a pas débuté directement par les graves. C'est d'abord vers les percussions qu'il se tourne, développant très tôt une compréhension viscérale du rythme et de la syncope. Le véritable point de bascule intervient lors de son service militaire au sein du corps des Marines des États-Unis. C'est sous les drapeaux qu'il délaisse les fûts pour embrasser la basse, transposant sa science de la percussion sur le manche de son nouvel instrument. À son retour à la vie civile au milieu des années soixante, conscient de la nécessité d'une technique irréprochable, il prend une décision qui va façonner son identité sonore et forger son destin : il étudie la contrebasse classique sous la tutelle du légendaire Ron Carter. Cet apprentissage rigoureux lui confère une justesse, une attaque et une rondeur de note qui deviendront sa signature.

Armé de cette fondation technique solide, il fait une entrée remarquée dans la cour des grands. En 1967, il intègre la formation du pianiste avant-gardiste Horace Silver, avec qui il tourne et enregistre intensément jusqu'à la fin de la décennie. Ce passage au sein d'une des institutions du jazz moderne lui ouvre les portes des studios et des scènes les plus prestigieuses. Sa capacité à offrir un soutien indéfectible tout en conservant une voix singulière, fluide et mélodique, fait de lui un sideman extrêmement convoité. Il pose ainsi ses lignes de basse profondes pour une myriade de légendes allant de Dizzy Gillespie à Count Basie, en passant par Louis Armstrong, Hugh Masekela, Kenny Burrell et Roy Ayers. Qu'il navigue sur une contrebasse boisée ou qu'il fasse groover une basse électrique, Williams s'impose comme un maître de la fondation harmonique.

Ce qui rend la carrière de John B. Williams Jr. particulièrement fascinante et unique en son genre, c'est son omniprésence pionnière dans le paysage audiovisuel américain. Pendant de nombreuses années, il a exercé le métier exigeant de musicien de plateau. De 1969 à 1976, il ancre la section rythmique du mythique Tonight Show de Johnny Carson. Jouer dans un tel orchestre exigeait une lecture à vue implacable, une polyvalence stylistique absolue et des nerfs d'acier pour accompagner les plus grandes stars mondiales au pied levé. Plus tard, à la fin des années quatre-vingt, il renoue avec cet exercice en rejoignant son complice de longue date, le pianiste Michael Wolff, pour former "The Posse", le fameux groupe maison du Arsenio Hall Show. Durant cette période allant de 1989 à 1993, il participe à l'introduction d'un jazz urbain, funk et moderne auprès d'une toute nouvelle génération de téléspectateurs.

Loin de se contenter de son rôle de bassiste incontournable, John B. Williams Jr. est également un artiste protéiforme porté par un amour profond de la littérature et de la théâtralité. Déjà sur le plateau d'Arsenio Hall, il s'était fait remarquer par ses interventions verbales, créant même le "John B. Williams Poetry Moment". Cette passion pour les mots l'a poussé à développer des projets audacieux fusionnant la musique et le "spoken word". En collaboration avec le dramaturge Bradley Rand Smith, il a donné naissance au concept de "Jazz Theater", un espace créatif où ses lignes de contrebasse ne se contentent plus de soutenir une mélodie, mais deviennent un vecteur narratif puissant capable de dialoguer intimement avec la poésie et le monologue théâtral.

À l'heure où il célèbre ses quatre-vingt-cinq ans, John B. Williams Jr. incarne l'élégance, la longévité et l'ouverture d'esprit. De la rigueur classique exigée par Ron Carter à la liberté expressive des clubs de jazz, en passant par l'énergie frénétique des plateaux télévisés d'Hollywood et l'introspection du théâtre, il a tout traversé avec la même passion incandescente.

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