Peter Hook, de Joy Division à New Order (1956-)

Publié le 13 février 2026 à 08:29

Aujourd'hui, 13 février 2026, le monde de la musique célèbre le soixante-dixième anniversaire d'une figure tutélaire de notre instrument : Peter Hook. Véritable pionnier, il a radicalement transformé l'approche de la basse à la fin des années 70. Loin de se cantonner au simple rôle de fondation rythmique, il a propulsé la quatre cordes sur le devant de la scène, imposant un style mélodique, incisif et reconnaissable entre mille. Cet article retrace le parcours de ce géant qui a façonné le son du post-punk et de la new wave.

La Genèse d'un Son : Les Années Joy Division

L'histoire de Peter Hook débute à Salford, dans la banlieue de Manchester. Marqué par le célèbre concert des Sex Pistols au Lesser Free Trade Hall en 1976, il achète sa première basse le lendemain, une copie de Gibson EB-0, pour la modique somme de 35 livres. C'est la naissance de Joy Division.

Le son caractéristique de Hook trouve paradoxalement ses origines dans une contrainte technique. À ses débuts, il possède un amplificateur de très mauvaise qualité. Pour réussir à s'entendre par-dessus la guitare saturée de Bernard Sumner et la batterie puissante de Stephen Morris, il est forcé de jouer sur les cordes de Ré et de Sol, en explorant le haut du manche. Cette nécessité se transforme en une véritable signature sonore. Des morceaux comme Transmission ou She's Lost Control illustrent parfaitement cette approche où la basse devient l'instrument mélodique principal, portant toute la tension émotionnelle et la noirceur poétique du groupe.

La basse de Peter Hook chez Joy Division ne se contente pas de soutenir la rythmique ; elle dicte l'harmonie, transperce le mix et instaure une atmosphère froide et obsédante qui définira le mouvement post-punk.

L'Ère New Order et la Transition Électronique

Après le destin tragique de Ian Curtis en 1980, les membres restants se réinventent sous le nom de New Order. L'intégration massive des synthétiseurs et des boîtes à rythmes aurait pu reléguer la basse au second plan, mais Peter Hook réussit un tour de force : intégrer ses lignes organiques et chantantes au cœur d'une musique électronique et dansante.

Dans cette nouvelle dynamique, son jeu au médiator gagne encore en clarté. Il s'appuie fréquemment sur des accords joués dans les aigus et des descentes mélodiques rapides. Le titre Age of Consent reste aujourd'hui l'un des hymnes absolus de la basse lead, avec une introduction légendaire qui prouve que l'instrument peut porter un morceau entier. Sur le tube planétaire Blue Monday, la basse de Hook vient cisailler la rythmique synthétique, apportant une chaleur et une agressivité humaine indispensables au succès du titre.

Le Matériel du Maître : Forger l'Identité Sonore

Pour obtenir ce timbre si particulier, cristallin mais chargé en médiums, Peter Hook s'est appuyé sur un équipement spécifique devenu culte pour de nombreux bassistes. Bien qu'il ait commencé avec diverses basses bon marché, son image est indissociable de la Yamaha BB1200S. Cette basse, avec son manche traversant et son électronique active, lui offrait le sustain et le claquant nécessaires pour percer les mix denses de New Order. Il a également beaucoup utilisé des basses Shergold, notamment la Marathon à six cordes, accordée à l'octave comme une guitare baryton, lui permettant d'explorer des registres encore plus aigus. Plus tard, des luthiers comme Eccleshall concevront des instruments semi-acoustiques sur mesure pour lui, reprenant l'esthétique de la Gibson EB-2.

L'arme secrète de Peter Hook réside cependant à ses pieds. L'utilisation d'un effet de chorus est absolument fondamentale dans la coloration de son son. La pédale Electro-Harmonix Clone Theory est la pierre angulaire de ce traitement. Elle apporte cette modulation métallique, cette largeur et cette légère dissonance qui donnent l'impression que la basse est doublée. Côté amplification, après des débuts difficiles, il s'est tourné vers des systèmes robustes capables de retranscrire ses fréquences atypiques, utilisant des têtes Alembic F-2B couplées à de puissants amplis de puissance, puisant aussi régulièrement dans des équipements Ampeg ou Trace Elliot pour garantir une diffusion massive de ses médiums tranchants.

Un Héritage Inaltérable

Depuis son départ tumultueux de New Order en 2007, Peter Hook n'a jamais posé son instrument. Avec sa formation Peter Hook & The Light, il parcourt le monde pour rejouer l'intégralité des répertoires de Joy Division et de New Order. Cette démarche permet à de nouvelles générations de bassistes de découvrir la puissance viscérale de ses compositions en direct.

À 70 ans, Peter Hook demeure l'antithèse du bassiste discret, tapi dans l'ombre du batteur. Il a prouvé avec éclat que la basse peut rugir, chanter, et surtout, diriger un groupe vers les sommets. Son influence résonne encore aujourd'hui dans les lignes de nombreux groupes contemporains de rock indépendant, de cold wave et de pop électronique.

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