Sture Åkerberg, l'âme du jazz suédois (1935-1997)

Publié le 10 février 2026 à 07:54

En ce jour de célébration de sa naissance, il est essentiel pour tout amateur de fréquences graves de se tourner vers le nord de l'Europe pour honorer la mémoire de l'un des contrebassistes les plus élégants et les plus sollicités de l'histoire du jazz scandinave. Né le 30 août 1935 à Stockholm, Sture Åkerberg n'est pas seulement un nom sur des pochettes d'albums poussiéreuses ; il incarne l'âge d'or du jazz suédois et reste une référence absolue en matière d'accompagnement, de swing et de mélodie. Pour nous, bassistes, redécouvrir Åkerberg, c'est prendre une leçon d'humilité et de musicalité.

Les fondations d'un style inimitable

Dès ses débuts sur la scène musicale de Stockholm, Sture Åkerberg s'est distingué par une approche de l'instrument qui privilégiait la rondeur et la précision rythmique. Contrairement à certains de ses contemporains qui cherchaient la virtuosité soliste à tout prix, Åkerberg a construit sa réputation sur une fiabilité à toute épreuve et un son boisé, profond, qui est devenu la signature sonore de toute une époque. Sa carrière a véritablement pris son envol lorsqu'il est devenu le pilier rythmique incontournable pour les artistes locaux, mais aussi et surtout pour les géants américains de passage en Europe.

La complicité avec Monica Zetterlund

Il est impossible d'évoquer la carrière de Sture Åkerberg sans mentionner sa relation symbiotique avec la chanteuse Monica Zetterlund. Durant des années, il a été l'architecte de ses fondations harmoniques. Cette collaboration n'était pas un simple travail de sideman ; elle révélait une écoute mutuelle rare. Åkerberg savait exactement comment placer ses notes pour soutenir le phrasé si particulier de Zetterlund, créant un tapis sonore à la fois dense et aérien. Cette fidélité artistique a permis d'ancrer le jazz suédois dans une modernité qui alliait la mélancolie nordique au swing américain, une fusion dont le bassiste était le catalyseur discret mais indispensable.

Le sommet : La rencontre avec Bill Evans

Pour la communauté des bassistes, le moment de gloire absolu – et le test ultime – dans la carrière d'Åkerberg reste sa collaboration avec le légendaire pianiste Bill Evans. En 1964, lors de l'enregistrement de l'album culte Waltz for Debby avec Monica Zetterlund, c'est bien Sture Åkerberg qui tient la contrebasse. Remplacer, même spirituellement, des figures comme Scott LaFaro ou Chuck Israels aux côtés d'Evans représentait un défi monumental. Åkerberg a relevé ce défi avec une grâce stupéfiante. Loin d'imiter le jeu très interactif de LaFaro, il a apporté sa propre stabilité, offrant à Bill Evans un contrepoint solide qui a permis au pianiste de déployer son lyrisme sans entrave. Cet enregistrement reste aujourd'hui une pièce maîtresse pour quiconque souhaite étudier l'art de l'accompagnement dans un trio piano-basse-batterie enrichi par une voix.

Le partenaire privilégié des géants américains

La réputation de Sture Åkerberg a rapidement dépassé les frontières de la Suède. Dans les années 60 et 70, lorsque les légendes du jazz américain atterrissaient à Stockholm, c'était souvent lui que l'on appelait. Il a ainsi partagé la scène et les studios avec des monstres sacrés tels que Stan Getz, Dexter Gordon, Lee Konitz ou encore Toots Thielemans. Ce que ces solistes recherchaient chez lui n'était pas l'exubérance, mais cette capacité unique à faire "tourner" l'orchestre. Son walking bass était un modèle de fluidité, propulsant la musique vers l'avant sans jamais précipiter le tempo, une qualité rythmique que l'on qualifie souvent de "time feel" parfait et qui est le Saint Graal de tout bassiste.

L'héritage d'un musicien complet

Au-delà du jazz pur, Åkerberg a également su naviguer dans la musique populaire et les revues, prouvant que la contrebasse pouvait s'adapter à des contextes variés sans perdre son âme. Il a continué à jouer et à influencer la scène musicale jusqu'à sa disparition le 26 juin 1997. Son héritage ne réside pas dans des techniques tape-à-l'œil ou des innovations technologiques, mais dans l'essence même du rôle de bassiste : faire sonner les autres.

En cet anniversaire de sa naissance, il convient de se souvenir de Sture Åkerberg non seulement comme d'un grand musicien suédois, mais comme d'un maître international de notre instrument. Il nous rappelle que la grandeur d'une ligne de basse ne se mesure pas au nombre de notes jouées, mais à la justesse de leur placement et à l'émotion qu'elles soutiennent. Pour les lecteurs de Gravebasse.com, réécouter Monica Zetterlund & Bill Evans aujourd'hui est sans doute le plus bel hommage que l'on puisse rendre à ce géant discret.

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