Aujourd'hui, la communauté des fréquences graves tourne son regard vers le Royaume-Uni pour célébrer l'anniversaire d'une figure incontournable de la scène metal moderne : Joel Graham. Bassiste titulaire de la formation thrash Evile, Graham incarne cette génération de musiciens qui a su revitaliser un genre old-school tout en y apposant une empreinte personnelle marquée par la précision technique et une intégrité musicale sans faille. À l'occasion de ses 49 ans, nous revenons sur le parcours atypique de ce musicien de Dewsbury, passé du stoner rock à la furie du thrash, et qui a su relever le défi le plus difficile de sa carrière : succéder à une légende disparue.
L'histoire musicale de Joel Graham commence bien avant les scènes internationales, dans le West Yorkshire de la fin des années 70. Né en 1977 à Dewsbury, il bénéficie dès son plus jeune âge d'un environnement familial propice à l'éveil musical. Ses parents, mélomanes avertis, l'initient très tôt à la puissance du rock en l'emmenant voir des géants comme Queen, Iron Maiden ou Bruce Springsteen alors qu'il n'est encore qu'un enfant. Cette immersion précoce forge son éducation auditive et le pousse naturellement vers la pratique instrumentale. C'est en 1988 qu'il jette son dévolu sur la basse, instrument qui deviendra le fil conducteur de sa vie. Ses premières années sont marquées par l'apprentissage au sein de formations locales, mais c'est son déménagement à Nottingham en 1999 qui marque un premier tournant professionnel. Il y cofonde Ninedenine, un groupe de stoner rock avec lequel il publie l'EP "Scars", posant ainsi les premières pierres de sa discographie.
Cependant, la trajectoire de Graham n'est pas linéaire et révèle une personnalité curieuse, capable de s'éloigner de la musique pour mieux y revenir. Au milieu des années 2000, il s'exile au Canada, plus précisément dans le nord-ouest de l'Ontario, pour se consacrer au bénévolat auprès des communautés des Premières Nations. Cette parenthèse humaniste témoigne d'une sensibilité qui contraste avec l'agressivité du style musical qu'il adoptera par la suite. De retour en Angleterre en 2006, il reprend le chemin des studios en rejoignant Rise to Addiction, remplaçant Rob Naylor. Cette expérience lui permet de co-écrire et d'enregistrer deux albums, affûtant son jeu et sa présence scénique, mais c'est la fin de l'année 2009 qui va définitivement sceller son destin au sein de la "New Wave of Thrash Metal".
L'arrivée de Joel Graham au sein d'Evile reste l'un des chapitres les plus poignants de sa carrière. Le groupe, alors en pleine ascension, est frappé par la tragédie avec le décès soudain de son bassiste fondateur, Mike Alexander, lors d'une tournée en Suède. Intégrer une formation endeuillée est une tâche délicate qui requiert autant de tact humain que de compétence musicale. Graham est officiellement annoncé comme nouveau bassiste en décembre 2009, après avoir convaincu les membres restants non seulement par sa maîtrise de l'instrument, mais aussi par sa personnalité respectueuse. Le baptême du feu est immédiat et symbolique : son tout premier concert avec Evile, le 14 janvier 2010, coïncide exactement avec le jour de la naissance de sa fille. Ce jour-là, Joel Graham prouve sa capacité à gérer une pression émotionnelle intense, assurant le show tout en entamant une nouvelle vie de père.
Sur le plan purement musical, Joel Graham a su imposer sa patte tout en respectant l'héritage d'Evile. Si le thrash metal est souvent associé au jeu au médiator pour garantir une attaque tranchante, Graham est un bassiste qui privilégie souvent le jeu aux doigts, apportant une rondeur et une assise rythmique qui complètent parfaitement les riffs acérés des frères Drake. Sa contribution se fait pleinement sentir dès l'album "Five Serpent's Teeth" en 2011, où il ne se contente pas de doubler les guitares, mais participe activement à la structure rythmique complexe du groupe. Au fil des albums suivants, notamment "Skull" et plus récemment "Hell Unleashed", il a su faire évoluer son son, optant pour une distorsion maîtrisée qui permet à la basse de percer le mix sans perdre en lourdeur.
Au-delà de la scène et du studio, Joel Graham est également un observateur avisé de son instrument. Depuis 2014, il partage son expertise en tant que rédacteur et critique pour Bass Guitar Magazine. Cette double casquette de musicien de tournée et de journaliste lui confère une crédibilité particulière lorsqu'il s'agit d'analyser le matériel ou les techniques de jeu. Il n'est pas rare de le voir décortiquer les nuances d'une Precision Bass ou d'un nouvel amplificateur avec la précision d'un artisan. Pour les lecteurs de GraveBasse, il incarne l'exemple parfait du bassiste complet : techniquement solide, humainement riche et intellectuellement engagé dans la promotion de notre instrument. En ce jour d'anniversaire, nous souhaitons à Joel Graham de continuer à faire trembler les scènes du monde entier et à inspirer les bassistes de demain.
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