Cliff Burton, le premier bassiste de Metallica (1962-1986)

Publié le 10 février 2026 à 07:20

En ce 10 février, le monde de la musique célèbre ce qui aurait dû être l'anniversaire de Clifford Lee Burton. Né en 1962 à Castro Valley en Californie, celui qui allait redéfinir le rôle de la basse électrique dans le heavy metal reste, des décennies après sa disparition tragique, une figure tutélaire pour tout instrumentiste explorant les fréquences graves. Pour nous, bassistes, Cliff Burton n'était pas simplement un membre de Metallica ; il était un virtuose qui a brisé les codes, transformant un instrument d'accompagnement en une voix mélodique principale, capable de rivaliser avec les guitares les plus saturées.

De la Musique Classique au "Lead Bass"

L'histoire musicale de Cliff Burton commence bien loin des amplificateurs saturés, ancrée dans une éducation formelle au piano et une étude rigoureuse de la théorie musicale. Cette fondation est cruciale pour comprendre son style unique. Contrairement à beaucoup de ses contemporains du thrash metal qui apprenaient sur le tas, Burton possédait une compréhension académique de l'harmonie, du contrepoint et des modes. Lorsqu'il se tourne vers la basse à l'adolescence, suite au décès de son frère, il aborde l'instrument avec une discipline quasi monacale, pratiquant jusqu'à six heures par jour. Ses influences étaient éclectiques, puisant autant dans la folie rythmique de Geddy Lee et la distorsion de Lemmy Kilmister que dans la finesse mélodique de Stanley Clarke ou les structures complexes de Johann Sebastian Bach. C'est cette fusion improbable entre l'attitude punk, la lourdeur du metal et la sophistication baroque qui allait donner naissance à son concept de "Lead Bass".

L'Arrivée du Major Rager

Lorsque James Hetfield et Lars Ulrich découvrent Burton jouant au Whisky a Go Go en 1982, ils sont initialement persuadés d'entendre un solo de guitare. Ce qu'ils voient sur scène les sidère : un bassiste aux cheveux longs, vêtu de denim, torturant une Rickenbacker 4001 pour en extraire des sons inouïs. L'intégration de Burton dans Metallica ne fut pas seulement un changement de personnel, mais un bouleversement géographique et artistique. Il imposa au groupe de quitter Los Angeles pour la Bay Area de San Francisco, mais surtout, il devint le professeur de musique du groupe. C'est Burton qui enseigna à Hetfield les subtilités de l'harmonie, permettant l'évolution fulgurante des compositions entre l'album Kill 'Em All et la complexité orchestrale de Master of Puppets. Son solo emblématique, "(Anesthesia) - Pulling Teeth", reste à ce jour un rite de passage pour tout bassiste, démontrant qu'une basse saturée et chargée d'effets peut porter une pièce instrumentale entière sans le soutien d'une guitare rythmique.

Une Signature Sonore et Technique Unique

Sur le plan purement technique, l'approche de Cliff Burton se distinguait par une main droite singulière. Il jouait exclusivement aux doigts, refusant le médiator, mais avec une attaque féroce qui compensait le manque de percussivité du plastique. Sa technique de pincement à deux doigts, souvent ancrée par le petit doigt sur le corps de la basse ou le micro, lui permettait une vélocité impressionnante. Cependant, c'est son utilisation audacieuse des effets qui a forgé sa légende sonore. L'association d'une pédale Morley Power Wah Boost et d'une Big Muff Pi d'Electro-Harmonix lui permettait de couper à travers le mix dense des guitares rythmiques de Metallica. Ce son, à la fois grondant et chantant, est particulièrement audible sur l'introduction chromatique de "For Whom the Bell Tolls" ou dans les lignes mélodiques hypnotiques de "Orion". Côté lutherie, bien qu'il ait commencé avec sa célèbre Rickenbacker 4001 couleur Bourgogne (modifiée avec des micros différents pour plus de puissance), il est également indissociable de l'Aria Pro II SB-1000 et de la SB-Black’n Gold I qu'il utilisa plus tard, appréciant leur électronique active pour sculpter son son sur scène.

L'Héritage d'une Étoile Filante

Le destin de Cliff Burton s'est brisé net le 27 septembre 1986 sur une route verglacée de Suède, lors de la tournée européenne du groupe. Il n'avait que 24 ans. La tragédie de l'accident de bus de Ljungby a privé le monde de voir l'évolution future d'un musicien qui commençait à peine à explorer ses capacités de compositeur. Pourtant, son empreinte sur l'instrument est indélébile. Il a prouvé qu'un bassiste pouvait être une figure centrale, un soliste et un compositeur principal au sein d'un groupe de metal. Chaque fois qu'un bassiste enclenche une distorsion, utilise une wah-wah ou propose une ligne mélodique en contrepoint plutôt qu'une simple suite de toniques, l'esprit de Cliff Burton est présent. En cet anniversaire, nous ne célébrons pas seulement la mémoire d'un musicien disparu, mais la vitalité d'une approche qui continue d'inspirer des milliers de musiciens à travers le monde à repousser les limites de leur instrument. Cliff Burton reste, à jamais, le maître absolu de la basse metal.

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