C’est une journée particulière pour la communauté de la basse jazz moderne, car nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire de l’un des piliers discrets mais essentiels de la scène new-yorkaise. Né le 7 février 1984 à Livonia, dans le Michigan, Sam Trapchak souffle aujourd'hui ses bougies. Pour GraveBasse, c'est l'occasion idéale de revenir sur le parcours de ce contrebassiste au son "boisé" et à l'écriture singulière, qui a su tracer une voie unique entre la tradition du Midwest et l'avant-garde de la côte Est.
Des racines du Michigan à l'exigence new-yorkaise
L'histoire musicale de Sam Trapchak commence par une anecdote qui résonnera chez beaucoup de nos lecteurs. Enfant, attiré par la musique, il souhaitait initialement jouer de la guitare électrique. C'est son père, bassiste lui-même, qui a redirigé son destin avec une logique imparable : « Tout le monde a toujours besoin d’un bassiste. » Ce conseil pragmatique s'est révélé prophétique. Baigné dans la riche tradition musicale de Détroit, Trapchak a fait ses armes à la Wayne State University avant de franchir le pas décisif vers la côte Est.
Son arrivée dans le New Jersey pour étudier à la William Paterson University a marqué un tournant technique et artistique majeur. Il y a parfait son art sous la tutelle de légendes comme Mulgrew Miller et Steve Laspina. Cette éducation rigoureuse transparaît aujourd'hui dans son jeu : une capacité à ancrer le rythme avec une solidité à toute épreuve, tout en conservant une fluidité harmonique qui trahit une connaissance profonde du piano et de la composition. Installé près de New York depuis la fin des années 2000, il est devenu ce que les Américains appellent un « working musician » par excellence, naviguant entre les clubs de Jersey City et les scènes exigeantes de la Big Apple.
Une identité sonore entre bois et modernité
Ce qui frappe à la première écoute de Sam Trapchak, c'est la texture de son son. Loin des productions aseptisées, il cultive un timbre organique, fibreux et profondément acoustique. On cite souvent Dave Holland comme influence majeure, et la filiation est audible dans cette manière qu'a Trapchak de faire « chanter » l'instrument dans le registre aigu sans jamais perdre la lourdeur nécessaire aux fréquences basses.
Son approche de la contrebasse ne se limite pas au rôle d'accompagnateur. Trapchak possède une articulation précise qui lui permet de naviguer dans des tempos rapides et des mesures composées avec une aisance déconcertante. Cependant, contrairement à certains techniciens qui saturent l'espace, il privilégie souvent l'espace et la respiration, laissant la musique se développer autour de ses lignes. C’est un bassiste qui joue « pour » la composition, utilisant son instrument comme un lien vivant entre la section rythmique et les solistes.
Le leader et le compositeur : de "Put Together Funny" à "Land Grab"
Si sa carrière de sideman est dense, c’est en tant que leader que Sam Trapchak révèle toute l’étendue de sa vision artistique. Son premier opus marquant, Lollipopocalypse (2011), enregistré avec son groupe au nom évocateur « Put Together Funny », a posé les bases de son style. L'album a été salué pour son mélange audacieux de mélodies accessibles et de structures complexes, prouvant qu'un album de bassiste ne doit pas nécessairement être une démonstration technique stérile, mais peut raconter une histoire.
Il a confirmé cet essai quelques années plus tard avec l’excellent album Land Grab (2015). Sur cet enregistrement, Trapchak s'entoure de comparses de haut vol comme le saxophoniste Greg Ward et le guitariste Tom Chang. L'écriture y est plus aventureuse, flirtant parfois avec le rock ou le free jazz, tout en restant ancrée dans le groove. Des morceaux comme Lumpy’s Blues ou la plage titulaire montrent sa capacité à fusionner des influences disparates — du blues de Chicago aux polyrythmies contemporaines — en un tout cohérent. La basse y est centrale, non pas par le volume, mais par la direction qu'elle donne à l'improvisation collective.
L'art du "Chordless" et l'interaction collective
Une autre facette intéressante du travail de Trapchak est son aisance dans les formats sans instrument harmonique (piano ou guitare), ou dans des configurations où ces instruments jouent un rôle plus texturalt. Il excelle dans l'art du trio ou du quartet ouvert, où la responsabilité harmonique repose lourdement sur les épaules du contrebassiste. Dans ces contextes, ses lignes de basse deviennent l'ossature harmonique complète du morceau, permettant aux soufflants de prendre des risques calculés.
Sa collaboration fréquente avec des musiciens comme le batteur Christian Coleman ou le saxophoniste Greg Ward témoigne de sa fidélité et de sa recherche d'une télépathie musicale. Sur scène, Trapchak n'est pas le leader qui tire la couverture à lui, mais celui qui construit les fondations sur lesquelles les autres peuvent s'élever. C'est cette générosité musicale qui fait de lui un partenaire si prisé sur la scène actuelle.
En ce 7 février, toute l'équipe de GraveBasse souhaite un excellent anniversaire à Sam Trapchak. Si vous ne connaissez pas encore son travail, nous vous conseillons vivement de jeter une oreille attentive à Land Grab aujourd'hui. C'est une leçon de goût, de son et de musicalité qui rappelle, comme le disait son père, que tout le monde a effectivement besoin d'un bassiste, surtout quand il joue comme Sam.
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