Larry Grenadier, des racines californiennes aux scènes mondiales (1966-)

Publié le 6 février 2026 à 09:41

En ce 6 février 2026, le monde de la basse et du jazz célèbre un anniversaire marquant : les soixante ans de Larry Grenadier. Pour les lecteurs de Gravebasse.com, ce nom évoque bien plus qu'une simple présence rythmique ; il incarne une philosophie de l'instrument où l'écoute prime sur la démonstration et où la note juste a plus de poids qu'une avalanche de technique. Pilier incontournable du jazz moderne depuis trois décennies, Grenadier a redéfini le rôle de la contrebasse dans le format du trio piano-basse-batterie, tout en construisant une discographie d'une richesse inouïe. Retour sur le parcours d'un musicien qui a fait de la discrétion un art majeur.

Né à San Francisco en 1966, Larry Grenadier grandit dans un environnement où la musique est une seconde langue. Issu d'une famille de musiciens — ses frères Steve et Phil sont respectivement guitariste et trompettiste — il débute son apprentissage par la trompette avant que la basse ne s'impose à lui comme une évidence à l'adolescence. Cette transition vers le registre grave coïncide avec une période d'effervescence dans la Bay Area. Encore jeune étudiant, il se forge une expérience de terrain inestimable en accompagnant des légendes de passage ou résidant sur la côte Ouest, telles que le saxophoniste Joe Henderson et le légendaire Stan Getz. Ces premières années formatrices lui inculquent une rigueur harmonique et un sens du swing qui deviendront sa signature, lui permettant de se glisser dans n'importe quel contexte musical avec une aisance déconcertante.

L'appel de la côte Est finit par se faire sentir, et son déménagement à New York au début des années 90 marque le véritable coup d'envoi de sa carrière internationale. Il s'intègre rapidement à la scène new-yorkaise, collaborant avec des figures de proue comme Gary Burton, Joshua Redman et Betty Carter. C'est dans ce creuset d'innovation qu'il affine son son : une sonorité boisée, profonde, sans artifice, qui privilégie la résonance naturelle de l'instrument acoustique.

L'alchimie du Brad Mehldau Trio

S'il est un chapitre central dans la biographie de Larry Grenadier, c'est indubitablement sa collaboration au long cours avec le pianiste Brad Mehldau. Rejoignant le trio au milieu des années 90, d'abord aux côtés du batteur Jorge Rossy puis de Jeff Ballard, Grenadier devient l'ancre harmonique d'une formation qui va révolutionner le jazz contemporain. Au sein de ce groupe, la basse ne se contente plus de marcher ("walking bass") ; elle converse.

Sur des albums emblématiques comme la série The Art of the Trio, Larry Grenadier démontre une capacité unique à suivre les méandres mélodiques complexes de Mehldau tout en maintenant une assise rythmique inébranlable. Il développe un contrepoint subtil, utilisant souvent des registres plus aigus ou des motifs répétitifs hypnotiques qui permettent au piano de s'envoler. Cette télépathie musicale, construite sur des décennies de tournées et d'enregistrements, a élevé Grenadier au rang de référence absolue pour tout contrebassiste s'intéressant à l'interaction au sein d'une section rythmique moderne.

Le sideman ultime et l'explorateur solitaire

Au-delà du trio de Mehldau, la carrière de Grenadier se lit comme une encyclopédie du jazz moderne. Sa versatilité l'a conduit à être le bassiste de choix pour Pat Metheny, formant avec lui et le batteur Bill Stewart un autre trio mémorable au début des années 2000. Metheny, connu pour son exigence mélodique, a trouvé en Grenadier un partenaire capable de naviguer entre structures complexes et improvisations libres avec une fluidité totale. On le retrouve également aux côtés de maîtres tels que John Scofield, Paul Motian, Charles Lloyd, ou encore au sein du collectif Fly (avec Mark Turner et Jeff Ballard), où l'absence d'instrument harmonique met en lumière sa capacité à suggérer l'harmonie par ses seules lignes de basse.

Pourtant, c'est peut-être dans son travail plus récent que Larry Grenadier a livré sa déclaration artistique la plus personnelle. Avec la sortie de The Gleaners sur le label ECM, il a affronté l'exercice périlleux de l'album solo de contrebasse. Loin d'être une démonstration de virtuosité vide, cet opus révèle un musicien en pleine possession de ses moyens, explorant les textures, les silences et la poésie de son instrument. Il y rend hommage à ses influences, tout en proposant une musique introspective qui demande à l'auditeur de tendre l'oreille.

Aujourd'hui, alors qu'il franchit le cap des soixante ans, Larry Grenadier continue d'influencer une nouvelle génération de bassistes. Son héritage n'est pas celui d'un soliste flamboyant cherchant la lumière à tout prix, mais celui d'un architecte sonore indispensable, dont la noblesse de jeu et la profondeur du "time" ont soutenu et magnifié les plus grandes œuvres du jazz des trente dernières années. Joyeux anniversaire, Maestro.

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