Skip Battin, le doyen de The Byrds (1934-2003)

Publié le 2 février 2026 à 08:33

En ce mois de février, nous célébrons l'anniversaire d'une figure singulière et trop souvent sous-estimée de l'histoire de la basse américaine. Né un 18 février 1934 à Gallipolis dans l'Ohio, Clyde "Skip" Battin n'était pas seulement le doyen des Byrds ou un mercenaire du country-rock ; il était un musicien complet, un pont vivant entre la pop des années 50 et le psychédélisme californien, et surtout un bassiste au groove mélodique inimitable.

Des débuts pop à la révolution californienne

Bien avant de poser ses lignes de basse sur les classiques du rock, Skip Battin a connu une première vie de vedette pop. À la fin des années 50, il forme le duo "Skip & Flip" avec Gary Paxton. Leurs succès, tels que "It Was I" et "Cherry Pie", témoignent d'une époque innocente, mais le virage vers les années 60 et son déménagement à Los Angeles vont radicalement transformer sa carrière. C'est dans l'effervescence de Laurel Canyon que Battin troque définitivement son image de chanteur de charme pour celle de musicien de studio et de scène aguerri.

C'est également à cette époque qu'il noue une relation artistique et amicale avec l'excentrique producteur Kim Fowley. Cette collaboration fructueuse durera des décennies, produisant des chansons aux textes souvent décalés et satiriques qui deviendront plus tard la marque de fabrique des contributions de Battin au sein des groupes qu'il intègre. Mais pour les bassistes, l'histoire commence véritablement au tournant de la décennie 1970.

L'Ancre des Byrds (1970-1973)

Pour beaucoup d'amateurs de basse, Skip Battin reste l'homme qui a eu la lourde tâche de succéder à Chris Hillman et John York au sein des Byrds. Lorsqu'il rejoint Roger McGuinn en 1970, le groupe cherche un second souffle. Battin, alors âgé de 36 ans (ce qui lui vaut le surnom affectueux de "Pops" au sein du groupe), apporte une maturité et une assise rythmique indispensables.

La formation qu'il compose avec le guitariste virtuose Clarence White et le batteur Gene Parsons est souvent considérée par les puristes comme la meilleure version "live" des Byrds. Sur l'album Untitled, et particulièrement sur la face live, le jeu de Battin brille par sa fluidité. Contrairement à beaucoup de bassistes de rock de l'époque qui se contentent de doubler la grosse caisse, Battin développe un style que l'on pourrait qualifier de "lead bass" discret. Il utilise l'espace laissé par la Telecaster de Clarence White pour placer des contre-chants mélodiques et des lignes syncopées qui doivent beaucoup à son amour pour le jazz.

Son matériel de prédilection durant cette période est emblématique de l'âge d'or du rock américain. On le voit presque invariablement armé d'une Fender Precision Bass, souvent en finition Sunburst avec un pickguard Tortoise. Le son qu'il en tire est rond, chaud, mais avec suffisamment d'attaque pour percer le mix dense des concerts. Il privilégie une approche "old school" avec des cordes qui semblent avoir vécu, contribuant à ce "thump" caractéristique qui ancre les envolées country-psychédéliques du groupe. Sa fidélité à son instrument était légendaire ; il ne changeait que rarement de configuration, préférant travailler la nuance par le toucher plutôt que par l'artifice technologique.

Le compositeur controversé

L'apport de Battin aux Byrds ne se limite pas à ses quatre cordes. Avec Kim Fowley, il co-écrit plusieurs titres sur les albums Byrdmaniax et Farther Along. Des morceaux comme "Citizen Kane" ou "America's Great National Pastime" divisent la critique de l'époque, certains trouvant leur ton vaudevillesque en décalage avec le sérieux habituel du groupe. Pourtant, avec le recul, ces compositions montrent un bassiste qui refusait d'être un simple accompagnateur, cherchant à imposer sa propre voix créative au sein d'une institution du rock.

Il faut aussi noter que Skip Battin était un précurseur en matière de mode de vie. À une époque où les excès de drogues et d'alcool décimaient ses contemporains, il prônait le yoga, la nourriture biologique et le jogging. Cette discipline de fer lui a permis de maintenir une énergie scénique impressionnante, rivalisant sans peine avec des musiciens de dix ans ses cadets.

Le mercenaire du Country-Rock

Après la dissolution des Byrds en 1973, Battin ne raccroche pas sa Precision Bass. Il entame une carrière de "super-sideman" qui le mène au cœur des plus grandes formations de country-rock. Il enregistre un album solo, Skip, en 1973, avant de rejoindre les New Riders of the Purple Sage. Son jeu s'adapte parfaitement à l'esthétique "cosmic cowboy" du groupe, apportant toujours cette solidité rythmique qui permet aux pedal steel guitars de s'exprimer librement.

Par la suite, il intègre une incarnation des Flying Burrito Brothers, bouclant ainsi la boucle de la grande famille du country-rock californien. Dans chaque projet, Battin apporte ce que tout groupe recherche : une fiabilité absolue, un sens du groove inné et une capacité à chanter des harmonies vocales complexes tout en assurant des lignes de basse exigeantes.

Un héritage à redécouvrir

Clyde "Skip" Battin nous a quittés le 6 juillet 2003, des suites de complications liées à la maladie d'Alzheimer. S'il n'a pas toujours eu la reconnaissance médiatique d'un Paul McCartney ou d'un Chris Hillman, il reste une référence absolue pour les bassistes amateurs de rock américain roots.

Son héritage réside dans cette capacité à servir la chanson sans s'effacer. En réécoutant les versions live de "Eight Miles High" de l'époque 1970-72, on découvre un musicien audacieux, capable d'improviser et de dialoguer d'égal à égal avec des solistes de génie. Pour nous, bassistes, Skip Battin demeure l'exemple parfait du musicien "au service du collectif", celui qui, par la profondeur de son groove et la justesse de son placement, transforme un bon groupe en une machine de guerre musicale. En cet anniversaire de sa naissance, il est grand temps de remettre ses lignes de basse au centre de nos écoutes.

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