En ce 31 janvier 2026, le monde de la basse alternative célèbre un anniversaire important : Alan Leon Doughty, connu de tous sous le nom d'Al Doughty (et parfois sous l'alias Al Jaworski), fête ses 60 ans. Bassiste inamovible de Jesus Jones, figure de proue du mouvement Grebo et pilier de la scène alternative de Chicago, Doughty incarne une polyvalence rare. Il est l'un des rares musiciens à avoir su faire le grand écart entre les séquences électroniques millimétrées de la scène rave britannique de la fin des années 80 et l'énergie brute du country-punk américain. Retour sur le parcours d'un bassiste qui a toujours su servir le groove, qu'il soit généré par un batteur ou un ordinateur.
Des débuts à Plymouth à l'explosion londonienne
Né à Plymouth dans le Devon en 1966, Alan Doughty a grandi dans une Angleterre en pleine mutation musicale. C'est cependant à Londres, vers la fin des années 80, que son destin bascule lorsqu'il rejoint Mike Edwards, Jerry De Borg, Iain Baker et le batteur Gen pour former Jesus Jones. À cette époque, le rôle du bassiste est en pleine redéfinition. Avec l'avènement de l'échantillonnage (sampling) et des rythmiques house, beaucoup prédisaient la mort de la section rythmique traditionnelle. Doughty a prouvé le contraire. Au lieu de s'effacer devant les machines, il a su intégrer son jeu organique aux boucles électroniques, créant une fondation hybride qui allait devenir la signature sonore du groupe.
L'architecte du groove de "Liquidizer" et "Doubt"
Lorsque l'album Liquidizer sort en 1989, suivi du succès planétaire de Doubt en 1991, Al Doughty se retrouve propulsé sur les scènes du monde entier. Son style de jeu durant cette période est une leçon d'adaptation et d'énergie. Jouant souvent au médiator pour obtenir une attaque franche et incisive capable de percer à travers des mixages denses en guitares saturées et en synthétiseurs, il apporte une urgence punk à des morceaux taillés pour le dancefloor.
Sur des titres emblématiques comme Right Here, Right Now ou Info Freako, sa ligne de basse ne se contente pas de suivre la grosse caisse ; elle agit comme le lien vital qui humanise la structure technologique du morceau. Doughty a souvent décrit son style comme étant alimenté par une "énergie nerveuse", une caractéristique visible lors de ses prestations scéniques survoltées où sa présence physique est aussi percutante que son son. Il utilisait à cette époque principalement des basses solides et fiables, type Fender Precision ou Yamaha, privilégiant la robustesse et la clarté du son pour résister aux tournées incessantes.
Une seconde vie américaine : Le virage Alt-Country
Ce que beaucoup de fans européens ignorent, c'est la richesse de la carrière d'Al Doughty outre-Atlantique. Après l'apogée de la Britpop et du mouvement Madchester, Doughty a tissé des liens étroits avec la scène musicale de Chicago, s'associant notamment avec Jon Langford, figure légendaire du groupe The Mekons.
Loin des séquenceurs et des samples de Jesus Jones, Doughty a exploré des territoires musicaux radicalement différents avec des groupes comme The Waco Brothers ou Skull Orchard. Dans ces formations, rattachées au label culte Bloodshot Records, son jeu de basse s'est transformé pour épouser les contours du "cowpunk" (un mélange de country et de punk). Ici, la basse se fait plus ronde, plus roots, mais conserve cette attaque motrice qui est sa marque de fabrique. Cette capacité à passer d'un stade de Wembley rempli de fans de pop-rock à un club de Chicago suintant le rock'n'roll témoigne d'une musicalité sans œillères, où l'instrument est toujours au service de l'énergie du moment.
60 ans et toujours sur la route
Aujourd'hui, à 60 ans, Al Doughty n'a rien perdu de sa fougue. Jesus Jones continue de tourner et d'enregistrer, prouvant que leur fusion rock-électro a remarquablement bien vieilli. Doughty reste le gardien du temple rythmique du groupe, assurant l'assise des nouveaux morceaux comme des classiques.
Pour nous, bassistes, Al Doughty reste un exemple inspirant de longévité et d'adaptabilité. Il nous rappelle que notre instrument n'est pas figé dans un genre. Que ce soit pour verrouiller un groove avec une boîte à rythmes TR-909 ou pour soutenir une guitare acoustique déchaînée dans un bar de l'Illinois, l'essentiel reste le même : tenir la fondation, faire bouger les corps et jouer avec cœur.
Joyeux anniversaire, M. Doughty.
Ajouter un commentaire
Commentaires