L'univers de la basse électrique contemporaine compte des techniciens hors pair, mais rares sont ceux qui parviennent à transformer l'instrument en un véritable orchestre miniature avec autant d'élégance que Karl Clews. En ce jour anniversaire, il est essentiel de revenir sur le parcours de ce musicien d'exception dont la signature sonore, à la fois percussive et profondément lyrique, continue d'influencer une nouvelle génération de bassistes à travers le monde. Installé aujourd'hui sur la côte ouest de l'Irlande, à Galway, Karl Clews incarne cette fusion parfaite entre la rigueur académique et la liberté créative propre au jazz-funk.
Tout commence par une éducation musicale classique qui allait, sans qu'il ne le sache encore, définir son approche révolutionnaire de la quatre cordes. Dès l'âge de huit ans, le jeune Karl s'initie à la guitare classique, un apprentissage exigeant qui lui permet d'obtenir son diplôme de fin d'études avec distinction dès l'adolescence. C’est cette maîtrise des techniques polyphoniques, normalement réservées à la guitare, qu’il décide de transposer sur la basse lorsqu’il tombe sous le charme du groove et des sonorités de légendes telles que Stanley Clarke, Jaco Pastorius ou Mark King. Cette transition n'est pas un simple changement d'instrument, mais une véritable extension de son vocabulaire musical, cherchant sans cesse à prouver que la basse peut porter simultanément la ligne de fond, l'harmonie et la mélodie.
Le milieu des années quatre-vingt-dix marque une étape charnière de sa carrière lorsqu'il s'installe à Paris. Dans la capitale française, il s'immerge dans une scène bouillonnante et prête son talent à des noms prestigieux de la variété et de la world music. On le retrouve ainsi aux côtés de Manu Dibango, dont les rythmes africains enrichissent sa perception du groove, ou encore collaborant avec Laurent Voulzy et le rappeur MC Solaar. Cette période parisienne affine son jeu de session et sa capacité à s'adapter à des contextes musicaux radicalement différents, tout en conservant une identité forte. Son retour à Londres par la suite confirme son statut de musicien de studio incontournable, travaillant avec des artistes pop comme les Sugababes ou Ronan Keating, tout en menant ses propres projets plus personnels au sein de formations neo-soul.
L'ascension de Karl Clews vers une reconnaissance internationale plus large coïncide avec le développement de sa présence numérique. À travers sa chaîne YouTube, il devient un pédagogue et un démonstrateur respecté, captivant des milliers de passionnés par ses arrangements en basse solo. Que ce soit en revisitant des classiques de la pop ou en explorant des pièces de Satie, il démontre une virtuosité qui ne tombe jamais dans la démonstration gratuite. Son jeu en slap est décrit comme particulièrement lyrique, tandis que ses techniques de tapping à deux mains et ses accords complexes rappellent son passé de guitariste classique, offrant une profondeur harmonique rare sur un instrument souvent cantonné à un rôle de soutien.
Sur le plan discographique, Karl Clews a su construire une œuvre solide et cohérente. Sa trilogie d'albums composée de Dissident, Navigator et Nomad témoigne d'une exploration sans fin des capacités de la basse électrique. Dans ces opus, il parvient à créer des paysages sonores où la basse n'est plus seulement le moteur rythmique, mais la voix principale, capable de raconter des histoires et de susciter des émotions complexes. Plus récemment, son album intitulé And/Or continue de repousser ces limites, confirmant son goût pour le jazz-fusion énergique et les compositions sophistiquées.
On ne peut évoquer Karl Clews sans mentionner son rapport étroit au matériel, un aspect qui passionne particulièrement les lecteurs de Gravebasse. Son partenariat avec le luthier allemand Bogart Basses a abouti à la création de son modèle signature, la Broadsword. Cette basse headless, conçue selon ses spécifications rigoureuses, est l'outil qui lui permet d'exprimer toute la palette de ses techniques, de la précision des notes frettées à la fluidité du jeu fretless. Son implication dans les salons internationaux comme le NAMM ou le Frankfurt Musikmesse témoigne de son expertise technique et de son désir de partager les innovations liées à l'instrument.
Aujourd'hui, alors que nous célébrons son anniversaire, Karl Clews ne se repose pas sur ses acquis. Entre ses concerts avec le Karl Clews Trio, ses sessions de formation et ses collaborations continues au sein de groupes comme Earthship, il reste un acteur dynamique et inspirant de la scène musicale. Son parcours nous rappelle que la basse est un instrument aux horizons infinis pour qui possède la discipline de l'artisan et l'âme d'un explorateur. En fêtant cette étape de sa vie, la communauté des bassistes salue non seulement un technicien hors pair, mais surtout un artiste qui a su donner à notre instrument de prédilection une noblesse et une polyvalence renouvelées.
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