Dave Young, l'archet canadien (1940-)

Publié le 29 janvier 2026 à 06:15

En ce 29 janvier, le monde du jazz et plus particulièrement la communauté des contrebassistes célèbrent l'anniversaire d'une véritable institution musicale. Il est l'homme qui a tenu la fondation rythmique derrière les pianistes les plus virtuoses de la planète, un musicien dont la sonorité boisée et la technique à l'archet ont défini l'élégance canadienne pendant plus de six décennies. Aujourd'hui, nous rendons hommage au maître Dave Young, une légende vivante qui souffle ses bougies tout en continuant d'inspirer une nouvelle génération de musiciens par sa musicalité sans faille.

De Winnipeg à la conquête du monde

L'histoire de Dave Young commence à Winnipeg en 1940, dans un environnement où la musique n'était pas une simple distraction, mais une vocation. Ce qui distingue immédiatement Young de nombreux jazzmen de sa génération est la dualité de sa formation. Bien avant de faire swinger les clubs enfumés de Toronto, il a forgé sa technique dans la rigueur des conservatoires et des orchestres symphoniques. Cette éducation classique n'a jamais été une entrave à son expression jazz ; au contraire, elle est devenue sa signature. Lorsqu'il pose ses doigts sur la touche, on entend cette discipline dans la précision de son intonation et la clarté de son articulation, des qualités qui lui ont permis de naviguer sans effort entre les pupitres de l'Orchestre Symphonique d'Edmonton et les jam sessions les plus débridées.

C'est cette polyvalence rare qui l'a conduit à croiser la route du guitariste légendaire Lenny Breau. Leur collaboration, née dans les clubs de l'Ouest canadien, reste l'un des témoignages les plus poignants de l'interaction guitare-basse. Ensemble, ils ont exploré des territoires harmoniques où la contrebasse n'était plus un simple métronome, mais une voix mélodique à part entière, dialoguant d'égal à égal avec la guitare.

Le gardien du temps pour Oscar Peterson

Il est impossible d'évoquer la carrière de Dave Young sans aborder le chapitre monumental de sa collaboration avec Oscar Peterson. Être le bassiste d'Oscar Peterson n'est pas une tâche que l'on confie au premier venu. Le pianiste montréalais, connu pour sa main gauche tonitruante et ses tempos vertigineux, avait besoin d'un partenaire capable non seulement de suivre la cadence, mais de fournir une assise inébranlable sans jamais encombrer l'espace sonore.

Pendant des décennies, Dave Young a été ce roc. Il a partagé la scène avec le "Maharaja du clavier" dans les plus grands festivals du monde, de Montreux à Tokyo. Ce qui fascine les bassistes à l'écoute de ces enregistrements, c'est la capacité de Young à faire "chanter" ses notes même dans les tempos les plus rapides. Là où d'autres se contenteraient de marquer le temps de manière percussive, lui conserve une rondeur et une longueur de note qui donnent au trio de Peterson une ampleur orchestrale. Cette alchimie a également brillé lors de ses collaborations avec d'autres monstres sacrés du piano comme Cedar Walton ou Oliver Jones, confirmant son statut de "bassiste préféré des pianistes".

L'art de l'archet : quand la basse devient violoncelle

Pour les lecteurs de Gravebasse, l'aspect technique le plus saisissant chez Dave Young demeure sans doute sa maîtrise absolue de l'archet. Dans le jazz, l'archet est souvent utilisé pour l'introduction ou la conclusion d'une ballade, parfois comme un effet de texture. Pour Dave Young, c'est une seconde voix. Il a élevé le jeu arco à un niveau de sophistication comparable à celui de Paul Chambers ou de Slam Stewart, mais avec une pureté de ton héritée de son passé symphonique.

Lorsqu'il prend un solo à l'archet, la contrebasse perd sa lourdeur apparente pour acquérir la fluidité d'un violoncelle. Son vibrato est contrôlé, ses phrases respirent, et il parvient à extraire de son instrument des mélodies lyriques qui contrastent magnifiquement avec le pizzicato percussif du reste de l'orchestre. Cette capacité à faire pleurer l'instrument sur des standards de jazz est devenue sa marque de fabrique, rappelant à tous que la contrebasse est avant tout un instrument de la famille des violons.

Le leader et le passeur

Bien qu'il ait passé une grande partie de sa vie au service des autres, Dave Young est un leader accompli et un compositeur prolifique. Ses projets personnels, notamment ses duos piano-basse ou ses quintettes, révèlent un musicien qui réfléchit profondément à l'arrangement et à la texture. Des albums comme Two by Two démontrent son amour pour le dialogue intime, où la basse n'a nulle part où se cacher et doit assumer la plénitude de son rôle harmonique et mélodique.

Au-delà de la scène et des studios, l'héritage de Dave Young s'incarne dans son rôle d'éducateur. En tant que professeur émérite, notamment à l'Université de Toronto, il a formé et mentoré une grande partie de la nouvelle garde du jazz canadien. Il transmet non seulement des techniques de doigtés ou des concepts harmoniques, mais une philosophie de l'écoute et du soutien qui est l'essence même de notre instrument. Sa nomination en tant que Membre de l'Ordre du Canada est venue couronner cet engagement total envers la musique et la culture.

En cet anniversaire, nous saluons non seulement le technicien hors pair, mais aussi l'âme généreuse qui réside derrière l'instrument. Dave Young nous rappelle qu'une ligne de basse, si elle est jouée avec intention et amour, peut être le plus beau chant du monde.

Joyeux anniversaire, Maestro.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.