Ashley Hutchings, la tradition du folk anglais (1945-)

Publié le 26 janvier 2026 à 08:38

Aujourd'hui, nous célébrons une figure monumentale de la musique britannique, un homme dont les lignes de basse ont littéralement fondé un genre entier. Ashley Hutchings, souvent surnommé "The Guv'nor" (Le Patron) par ses pairs, est né le 26 janvier 1945 à Southgate, dans le Middlesex. Toujours actif et créatif, il reste à ce jour l'une des personnalités les plus influentes de la scène folk-rock, ayant insufflé l'énergie électrique du rock dans le patrimoine traditionnel anglais. Contrairement à certaines légendes du rock disparues trop tôt, Hutchings continue d'écrire sa légende de son vivant.

Des débuts sous influence américaine vers une identité britannique

La carrière d'Ashley Hutchings commence véritablement au milieu des années 1960. Comme beaucoup de jeunes musiciens de sa génération, il est d'abord fasciné par le skiffle et le blues, avant de plonger dans l'univers des auteurs-compositeurs américains. C'est cette passion qui le conduit à cofonder Fairport Convention en 1967. À cette époque, le groupe est souvent comparé à un "Jefferson Airplane britannique", reprenant des titres de Joni Mitchell ou Bob Dylan. La basse de Hutchings y joue déjà un rôle central : un ancrage solide et mélodique qui permet aux guitares de s'envoler. Cependant, un tournant décisif s'opère après le tragique accident de la route du groupe en 1969. Hutchings, en quête de renouveau, se plonge dans les archives de la Cecil Sharp House pour y déterrer de vieilles mélodies traditionnelles anglaises. Ce travail de recherche aboutit à l'album Liege & Lief, considéré universellement comme la pierre angulaire du folk-rock britannique. Sur cet album, son jeu de basse est une révélation : il ne se contente pas de suivre la rythmique, il adapte le phrasé lourd et électrique de la basse rock aux cadences complexes des gigues et des reels, créant une hybridation sonore inédite.

L'Architecte de Steeleye Span et de l'Albion Band

Insatisfait de la direction prise par Fairport Convention, qu'il jugeait encore trop timide dans son exploration du folklore, Hutchings quitte le navire qu'il a aidé à construire pour fonder Steeleye Span en 1970. Son ambition est claire : marier l'instrumentation rock traditionnelle (basse, batterie, guitare électrique) avec le chant et les structures du folk purement britannique, sans compromis. Sa basse devient le moteur de cette démarche, apportant une lourdeur et un groove terreux qui contrastent magnifiquement avec les harmonies vocales éthérées de Maddy Prior. Pourtant, Hutchings est un artiste en perpétuel mouvement. Il quitte Steeleye Span après quelques albums pour former The Albion Band (et ses multiples incarnations comme l'Albion Country Band ou l'Albion Dance Band). Avec ce projet, il pousse l'expérimentation encore plus loin, intégrant des instruments anciens comme le cromorne ou la vielle à roue, tout en gardant cette assise basse-batterie résolument moderne. C'est avec l'Albion Band qu'il explore également la musique de danse Morris, prouvant que la basse électrique peut faire danser aussi bien dans un pub du XVIe siècle que dans un club de rock des années 70.

Un style de jeu au service de l'histoire

Pour les lecteurs de GraveBasse.com, il est essentiel d'analyser l'approche instrumentale de Hutchings. Il n'est pas un bassiste de démonstration technique ou de solos effrénés. Son génie réside dans le placement et la sonorité. Il utilise souvent des lignes de basse épurées, rondes et profondes, qui respectent la narration des chansons folk – souvent des histoires longues et détaillées – tout en leur donnant une pulsation contemporaine. Il a su traduire les bourdons et les contre-chants des instruments traditionnels (comme le violoncelle ou la main gauche du piano) sur le manche de sa basse électrique. Cette capacité à "électrifier" le passé sans le dénaturer est sa signature. Il a prouvé que la basse électrique n'était pas réservée au blues ou au rock'n'roll, mais qu'elle pouvait être un instrument de transmission culturelle, capable de porter le poids de siècles d'histoire musicale.

Un héritage vivant

Aujourd'hui, Ashley Hutchings ne se contente pas de regarder dans le rétroviseur. Il continue de produire, d'écrire et de se produire sur scène, collaborant souvent avec son fils, Blair Dunlop, lui-même musicien talentueux. Son influence est perceptible chez d'innombrables bassistes de folk, de rock progressif et de musique alternative qui cherchent à fusionner les racines locales avec une énergie moderne. Bob Dylan lui-même l'a qualifié de "parrain du folk-rock anglais", reconnaissant qu'Hutchings avait créé un genre qu'il était impossible d'ignorer. En cet anniversaire, nous saluons non seulement le musicien, mais aussi le visionnaire qui a su voir, avant tout le monde, que la basse électrique avait sa place au cœur du folklore anglais. Bon anniversaire, M. Hutchings.

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