En ce 22 janvier 2026, le monde du rock japonais et la communauté des bassistes tournent leurs pensées vers une étoile qui s'est éteinte trop tôt. Hiroshi Morie, universellement connu sous le nom de scène Heath, aurait eu 58 ans aujourd'hui. Bassiste emblématique de X Japan, figure de proue du mouvement Visual Kei et musicien d'une précision redoutable, Heath nous a quittés en octobre 2023, laissant derrière lui un héritage musical complexe et une aura de mystère que le temps n'effacera pas. Pour GraveBasse, il est essentiel de revenir sur le parcours de cet homme discret qui, armé de sa basse Fernandes, a su tenir les fondations de l'un des groupes les plus chaotiques et légendaires de l'histoire.
L'histoire de Heath avec le grand public commence véritablement en 1992, dans un contexte de pression inimaginable. Remplacer Taiji Sawada, le bassiste originel de X Japan, relevait de l'impossible. Taiji était une force de la nature, connu pour son jeu technique, son slap furieux et son charisme flamboyant. Lorsque Heath, transfuge des groupes Media Youth et Paranoia, est annoncé comme le nouveau gardien des fréquences basses, le scepticisme est palpable. Pourtant, c'est précisément là que réside la force de caractère de Hiroshi Morie. Loin de chercher à imiter son prédécesseur, il a imposé une approche radicalement différente, plus industrielle, plus froide et métronomique, qui allait devenir la colonne vertébrale du son "X Japan" dans sa deuxième ère.
Son baptême du feu fut l'opus Art of Life, une seule piste de 29 minutes mêlant métal symphonique et balade piano-voix. Là où un autre bassiste aurait pu tenter de surjouer pour exister face à la batterie torrentielle de Yoshiki et aux guitares jumelles de hide et Pata, Heath a choisi la voie de la solidité. Il a tissé des lignes de basse qui servaient de ciment, ancrant les envolées lyriques du groupe dans une réalité rythmique implacable. Cette capacité à servir la chanson avant l'ego est devenue sa signature, prouvant qu'un grand bassiste sait aussi quand ne pas en faire trop.
Sur le plan purement instrumental, Heath se distinguait par un jeu au médiator incisif, privilégiant l'attaque et la clarté. Contrairement aux rondeurs soul ou au groove funk, son son était taillé pour percer le "mur du son" caractéristique du métal japonais. Il utilisait principalement des basses Fernandes, marque avec laquelle il a entretenu une longue collaboration, donnant naissance à plusieurs modèles signature. Les amateurs de lutherie se souviennent particulièrement de la FJB-115H, une variation sur le thème de la Jazz Bass, mais surtout de la spectaculaire HEATH Model à la forme "Eagle" ou "Mockingbird" modifiée, souvent noire, élégante et agressive, reflétant parfaitement son image scénique.
Son équipement n'était pas qu'une question d'esthétique visuelle ; il recherchait une sonorité capable de rivaliser avec les synthétiseurs et les orchestrations omniprésents dans les compositions tardives du groupe, comme sur l'album Dahlia. Sur des titres comme "Scars" ou "Rusty Nail", la basse de Heath ne se contente pas de suivre la grosse caisse ; elle propulse le morceau avec une urgence rock indéniable, apportant une texture presque électronique qui préfigurait ses travaux futurs. C'est un jeu tendu, nerveux, qui demande une endurance physique considérable, surtout lors des concerts marathons du groupe au Tokyo Dome.
Au-delà de X Japan
Si l'histoire retient surtout son rôle au sein de X Japan, réduire Heath à ce seul poste serait une erreur. Après la dissolution traumatique du groupe en 1997 et le décès tragique du guitariste hide, Heath a su se réinventer. Il a exploré des territoires musicaux que X Japan n'avait qu'effleurés. Avec Pata et le percussionniste I.N.A., il a formé Dope HEADz, un projet qui fusionnait le rock garage et des éléments électro-industriels. C'est dans ces projets parallèles, ainsi que dans sa carrière solo et plus tard avec le groupe Lynx, que Heath a pu libérer sa voix — au sens propre comme au figuré, puisqu'il prenait parfois le micro — et explorer des grooves plus expérimentaux.
Sa carrière solo a révélé un artiste complet, fasciné par les textures sonores modernes et les boucles rythmiques, s'éloignant du heavy metal classique pour embrasser une modernité audacieuse. Cependant, l'appel de la "maison mère" fut le plus fort, et lors de la réunion de X Japan en 2007, il reprit son poste avec une fidélité inébranlable. Les fans ont alors redécouvert un bassiste mûri, dont la présence scénique, toujours aussi stoïque et mystérieuse, contrastait magnifiquement avec l'exubérance de ses camarades.
La disparition de Heath en octobre 2023, des suites d'un cancer foudroyant, a laissé un vide immense. Il était souvent perçu comme le membre le plus stable, le "roc" sur lequel les tempéraments volcaniques des autres musiciens pouvaient se reposer. Aujourd'hui, en célébrant ce qui aurait été son 58ème anniversaire, nous ne pleurons pas seulement le musicien, mais l'homme qui a su naviguer dans les tempêtes du succès avec une élégance rare.
Pour les bassistes lecteurs de GraveBasse, Heath reste un modèle de persévérance et d'adaptation. Il nous enseigne qu'il n'est pas toujours nécessaire d'être le plus bruyant ou le plus démonstratif pour être essentiel. Parfois, la véritable virtuosité réside dans la capacité à tenir la note, à soutenir l'harmonie et à rester debout quand tout s'effondre autour. En écoutant aujourd'hui les lignes de basse de "Week End" ou de "Dahlia", le vrombissement de ses cordes nous rappelle que tant que la musique résonne, l'aigle continue de voler. Joyeux anniversaire, Heath.
Ajouter un commentaire
Commentaires