Pendant des décennies, la règle d’or du bassiste tenait en un chiffre : 34 pouces. C’est le diapason standard imposé par Leo Fender avec la Precision Bass en 1951. Tout ce qui était plus court était souvent relégué au rang de "jouet" ou d'instrument d'étude.
Pourtant, en arpentant les scènes internationales, les studios de Nashville ou les vidéos virales sur Instagram, un constat s'impose : la short scale (généralement 30 pouces) est partout. Ce qui n’était qu’une niche est devenu une véritable lame de fond. Décryptage d'un phénomène qui redéfinit l'identité du bassiste moderne.
Historiquement, les basses à diapason court n'ont jamais totalement disparu. On pense à la Fender Mustang, à la Gibson EB-0 ou à la célèbre Hofner 500/1 de Paul McCartney. Mais elles étaient souvent perçues comme des alternatives "faciles" ou typées "vintage/lo-fi".
Aujourd'hui, le paradigme a changé. Les constructeurs ne se contentent plus de rééditer des modèles anciens ; ils créent de nouveaux standards. Ce retour en grâce s'explique par une combinaison de facteurs techniques et artistiques qui séduisent un public de plus en plus large.
L'argument premier de ce format est d'ordre physique. En optant pour un diapason de 30 pouces, on réduit mécaniquement l'écartement entre les frettes ainsi que la tension globale exercée par les cordes. Pour les bassistes aux mains plus fines ou ceux qui luttent contre des pathologies chroniques, comme les tendinites ou les douleurs dorsales, cette configuration s'apparente à une véritable libération ergonomique.
Cette aisance se traduit concrètement sur la durée. Lors d'un concert de deux heures, la réduction de l'amplitude des mouvements du bras gauche transforme radicalement l'expérience de jeu en limitant la fatigue musculaire. Enfin, ce format séduit massivement les adeptes du home-studio, notamment les guitaristes qui souhaitent enregistrer leurs propres lignes de basse sans être intimidés par les dimensions imposantes d'un modèle standard, offrant ainsi une transition fluide et naturelle entre les deux instruments.
Si l'ergonomie attire, c'est l'identité sonore qui finit par convaincre. Une basse short scale ne sonne pas moins bien qu'une 34 pouces, elle sonne simplement différemment. À tirant égal, la tension moindre de la corde produit des fondamentales plus riches, créant un son plus rond et épais, avec beaucoup moins d'harmoniques aiguës agressives.
C'est ici que l'on retrouve le fameux « thump », cette attaque percutante et mate extrêmement prisée dans le funk, la soul et le rock indépendant. De plus, l'instrument bénéficie souvent d'une forme de compression naturelle qui lui permet de s'insérer avec une grande facilité dans un mixage global, sans nécessiter de traitements correctifs excessifs en studio.
L'aspect le plus frappant de cette montée en puissance est l'offre devenue aujourd'hui pléthorique. Les classiques indémodables restent des valeurs sûres, à l'image de la Fender Mustang Bass qui s'arrache aussi bien en version Player qu'en série Classic Vibe chez Squier. De son côté, la Gretsch G2220 Junior Jet II est devenue un best-seller absolu grâce à son rapport qualité-prix imbattable et ses micros massifs.
Le marché voit également l'émergence de modèles modernes et innovateurs. Ibanez repousse les limites avec sa série Talman ou ses modèles headless EHB1000S, prouvant que la short scale peut être technologique. Sterling by Music Man a également réussi son pari avec la StingRay Short Scale qui conserve le caractère hargneux du modèle original. Même le secteur du haut de gamme et de la lutherie boutique s'est emparé du sujet, avec des marques comme Sandberg qui propose des versions Lionel de ses modèles California, ou encore Spector et Warwick qui répondent à une demande de rapidité d'exécution accrue pour les styles plus extrêmes.
Passer à ce format demande toutefois quelques ajustements techniques nécessaires à une expérience optimale. Le choix des cordes est crucial car on ne peut pas simplement monter des jeux standard sous peine de les voir casser au niveau des mécaniques ou d'obtenir un rendu trop mou. Heureusement, des marques comme D'Addario, La Bella ou Ernie Ball ont largement étoffé leurs gammes dédiées.
Pour compenser la perte de tension naturelle due à la longueur du manche, de nombreux musiciens font le choix d'un tirant légèrement plus fort, comme un 50-105 au lieu du traditionnel 45-100. Ce réglage permet de conserver une précision de jeu indispensable sous les doigts tout en profitant pleinement de la rondeur caractéristique de l'instrument.
La montée en puissance des modèles short scale sur Gravebasse.com et ailleurs n'est pas une simple mode passagère. C'est le signe d'une communauté de bassistes qui privilégie désormais le confort et la signature sonore sur les conventions historiques. Que vous soyez un puriste de la Precision 1962 ou un adepte des designs futuristes, essayer une short scale, c'est souvent l'adopter. Elle n'est plus la petite sœur de la basse standard, elle est devenue son alternative la plus sérieuse et la plus créative.
Et vous, avez-vous déjà franchi le pas du 30 pouces ? Partagez vos impressions en commentaires !
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