En ce 19 janvier, le monde de la basse célèbre l'anniversaire de John G. Perry. Si son nom n'est pas forcément le plus cité dans les magazines grand public, il est pour les initiés le synonyme d'un jeu mélodique raffiné, d'une versatilité de studio impressionnante et d'une étape cruciale dans l'histoire de la lutherie moderne.
Né en 1947 à Auburn, New York, de parents britanniques, John G. Perry regagne l'Angleterre très jeune. Ce déracinement précoce semble avoir infusé dans sa musique une curiosité sans frontières, le menant du rock progressif à la pop, en passant par le jazz-fusion et la musique de bibliothèque.
La carrière de Perry prend son envol avec Gringo à la fin des années 60, mais c'est son intégration au sein de Caravan en 1973 qui va le propulser sous les projecteurs de la scène de Canterbury. Remplacer Richard Sinclair n'était pas une mince affaire, tant le style de ce dernier définissait l'identité du groupe.
Pourtant, Perry relève le défi avec brio sur l'album culte For Girls Who Grow Plump in the Night (1973). Son jeu de basse, plus incisif et virtuose que celui de son prédécesseur, apporte une énergie nouvelle au groupe. On peut également l'entendre sur l'album live symphonique Caravan and the New Symphonia (1974), où sa capacité à dialoguer avec un orchestre complet démontre une maturité musicale rare.
Après son départ de Caravan, Perry co-fonde Quantum Jump avec le producteur et claviériste Rupert Hine. C'est ici que son talent de compositeur et d'arrangeur s'épanouit pleinement. Le groupe mélange habilement funk, prog et pop expérimentale. Le morceau "The Lone Ranger" deviendra un succès surprise quelques années plus tard, mais pour les bassistes, c'est l'intelligence des lignes de basse de Perry, toujours au service du "groove" tout en restant complexes, qui fascine.
S'il y a un album que tout lecteur de ton blog se doit d'écouter, c'est bien Sunset Wading. Sorti en 1976 sur le label Decca, ce projet solo est une merveille de rock progressif pastoral et de fusion.
Accompagné de musiciens d'exception comme Michael Giles (King Crimson) à la batterie et Rupert Hine aux claviers, Perry y déploie un jeu de basse lyrique, utilisant son instrument comme un pinceau pour peindre des paysages sonores. L'album est une exploration de textures, où la basse n'est pas seulement une ancre rythmique, mais une voix mélodique à part entière.
Pour les abonnés de ton blog, l'un des aspects les plus fascinants de John G. Perry est son lien indéfectible avec les basses Wal.
Dans les années 70, Perry collabore étroitement avec Ian Waller (le "Wal" de l'enseigne) et Pete Stevens. Il fut l'un des tout premiers musiciens de studio à adopter leurs instruments. En réalité, le prototype qui a mené à la célèbre série "JG" (nommée d'après John Gustafson) a été développé en grande partie grâce aux retours de Perry.
Le Prototype W1111 : Perry possédait la première basse Wal officiellement numérotée (la JP1111). Il s'agissait d'un instrument à diapason court (short scale, 32 pouces), car Perry appréciait la réponse rapide et la facilité de jeu qu'offrait ce format en studio.
Le Son Wal : C'est sur les enregistrements de Perry que beaucoup de bassistes ont découvert pour la première fois ce "growl" caractéristique de Wal, capable de percer n'importe quel mix grâce à une électronique active innovante pour l'époque.
Le jeu de John G. Perry se caractérise par :
Le sens de l'espace : Il sait quand ne pas jouer, laissant les compositions respirer.
L'utilisation des octaves et des intervalles : Ses lignes ne sont jamais linéaires ; elles sautent et dansent, rappelant parfois le style de Paul McCartney, mais avec une précision technique plus "progréssive".
La polyvalence : Capable de passer d'un accompagnement folk délicat à une ligne funk syncopée en un instant.
John G. Perry reste aujourd'hui un "musician's musician", un artiste respecté par ses pairs pour sa rigueur et sa créativité. Que ce soit à travers ses collaborations avec Anthony Phillips, Gordon Giltrap ou ses propres albums, il a prouvé que la basse est un instrument aux possibilités infinies de narration.
Joyeux anniversaire, John G. Perry, et merci pour ces lignes de basse qui continuent d'inspirer des générations de musiciens.
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