James LoMenzo, né le 13 janvier 1959 à Brooklyn, New York, n'est pas simplement un bassiste ; il est une institution du rock américain. Sa carrière, qui s'étend sur plus de quarante ans, est une étude de cas sur l'adaptabilité et la résilience dans une industrie musicale en perpétuelle mutation. De ses débuts dans les clubs enfumés de New York à la domination des stades avec Megadeth, LoMenzo a su faire évoluer son jeu, passant d'un style mélodique ancré dans le rock des années 70 à une précision chirurgicale requise par le metal extrême. Cet article explore la trajectoire d'un musicien qui a su rester pertinent à chaque décennie, en servant la chanson tout en imposant une signature sonore reconnaissable entre mille.
De Brooklyn aux Scènes Mondiales
Les Racines et l'Apprentissage (1959-1980)
James LoMenzo grandit dans un environnement culturellement riche à Brooklyn. Influencé très tôt par la "British Invasion" et la soul de la Motown, il développe une oreille attentive aux lignes de basse qui chantent autant qu'elles soutiennent. Son premier contact sérieux avec la musique ne se fait pourtant pas via la basse, mais par le cor d'harmonie, instrument qu'il étudie durant sa scolarité. Cette formation classique lui inculque une rigueur harmonique et une compréhension de l'arrangement orchestral qui distingueront plus tard ses lignes de basse de celles de ses contemporains autodidactes.
À la fin des années 70, il bascule vers la basse électrique et la contrebasse, intégrant divers groupes locaux comme "Empty Sky". C'est dans ce creuset new-yorkais qu'il forge son style : un mélange d'agressivité punk et de finesse harmonique héritée de John Entwistle et James Jamerson.
L'Ascension avec White Lion (1984-1991)
La consécration arrive avec White Lion. Rejoint par le chanteur Mike Tramp et le virtuose de la guitare Vito Bratta, LoMenzo devient la fondation rythmique d'un des groupes les plus emblématiques du Hair Metal. L'album Pride (1987) propulse le groupe au sommet des charts. Sur des titres comme "Wait" ou "When the Children Cry", LoMenzo ne se contente pas de doubler la guitare. Il utilise l'espace laissé par les solos de Bratta pour insérer des contre-mélodies et des glissandos qui enrichissent la texture harmonique. Son image, cheveux longs et basse Warwick Buzzard en main, devient iconique de cette époque MTV.
La Mutation : Pride & Glory et Zakk Wylde (1994)
Lorsque la vague Grunge balaie le Glam Metal, LoMenzo ne sombre pas. Il opère un virage artistique radical en s'associant à Zakk Wylde (alors guitariste d'Ozzy Osbourne) pour former Pride & Glory. Ce projet marque une rupture stylistique majeure. LoMenzo délaisse le son brillant des années 80 pour un groove lourd, boueux, imprégné de rock sudiste et de blues. L'album éponyme de 1994 est aujourd'hui considéré comme un classique culte. LoMenzo y démontre une maîtrise du "pocket playing", verrouillant la rythmique avec le batteur Brian Tichy avec une puissance dévastatrice. Il prouve ici qu'il est capable de jouer "au fond du temps", une qualité rare chez les musiciens issus du metal technique.
L'Ère Megadeth et le Retour du Roi (2006-Présent)
En 2006, Dave Mustaine recrute LoMenzo pour rejoindre Megadeth, l'un des "Big Four" du Thrash Metal. Remplacer David Ellefson est une tâche ardue, mais LoMenzo apporte une énergie nouvelle. Sur les albums United Abominations (2007) et Endgame (2009), son jeu au médiator est d'une précision métronomique, essentielle pour les tempos effrénés du Thrash. Il quitte le groupe en 2010 mais y revient triomphalement en 2021, d'abord comme remplaçant d'urgence, puis comme membre permanent en 2022. Sa présence scénique, toujours souriante et énergique, contraste avec la noirceur des thèmes du groupe, apportant un équilibre vital à la dynamique de Megadeth.
La Signature Sonore
Le son de LoMenzo se définit par une attaque percussive et des fréquences médiums très prononcées ("mid-forward"). Contrairement à de nombreux bassistes de metal qui creusent les médiums (scoop) pour laisser place aux guitares, LoMenzo les pousse pour que chaque note soit articulée et audible, même à travers un mur de distorsion.
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Basses Warwick (Années 80-90) : Durant l'époque White Lion, LoMenzo est indissociable de la marque allemande Warwick. Il utilise des modèles Buzzard (conçus pour John Entwistle) et Stryker, appréciant les bois exotiques denses qui procurent un sustain naturel et des aigus cristallins.
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Yamaha BB Series (Années 2000-2020) : Il devient un ambassadeur majeur de Yamaha, utilisant les basses de la série BB (Broad Bass). Ces instruments, à la construction vissée (bolt-on), offrent un son plus traditionnel et "punchy", rappelant la Fender Precision mais avec une électronique plus moderne. Il apprécie particulièrement le modèle BB734A pour sa polyvalence active/passive.
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Spector (2025-...) : Récemment, LoMenzo a intégré l'écurie Spector. Il utilise des modèles Euro et USA, cherchant sans doute à retrouver ce son "hi-fi" et puissant, riche en harmoniques, caractéristique de la marque, idéal pour les productions modernes de Megadeth.
LoMenzo est un fidèle utilisateur des amplis Ashdown Engineering. Il a collaboré avec la marque pour développer plusieurs pédales signatures, dont la HyperDrive et la Mega Drive.
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L'Innovation HyperDrive : Cette pédale de distorsion est unique car elle divise le signal en bandes de fréquences. Elle permet de saturer uniquement les médiums et les aigus tout en laissant les basses fréquences propres (clean). Cela résout le problème éternel de la basse saturée qui perd en définition et en "bas" (low-end). Cette approche technique démontre la compréhension profonde de LoMenzo du spectre sonore dans un mixage dense.
| Année | Artiste | Album | Analyse Stylistique |
|---|---|---|---|
| 1987 | White Lion | Pride | Jeu mélodique, usage de chorus, lignes de basse pop-metal sophistiquées. |
| 1991 | White Lion | Mane Attraction | Son plus mature, production léchée, ballades puissantes. |
| 1994 | Pride & Glory | Pride & Glory | Rock sudiste, groove bluesy, son lourd et organique. |
| 2007 | Megadeth | United Abominations | Thrash metal technique, jeu au médiator rapide et précis. |
| 2009 | Megadeth | Endgame | Sommet technique, interaction complexe avec la batterie de Shawn Drover. |
| 2022 | Megadeth | The Sick, The Dying... And The Dead! | (Membre de tournée/crédité sur certains bonus), retour aux sources du Thrash. |
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