Woodbrass / Algam, le côté obscur des instruments en France

Publié le 3 janvier 2026 à 11:17
Woodbrass ALGAM le côté obscur des instruments de musique en France

C'était une nouvelle qui avait fait trembler les murs des petits magasins de musique de France, voir d'Europe. Woodbrass, le leader de la vente en ligne d'instruments en France, est désormais la propriété d’Algam. Si ce nom ne vous dit rien, sachez que c’est pourtant le plus gros acteur du marché français : c’est le distributeur exclusif de marques légendaires comme MusicMan, Marshall, Lag, Martin, ou encore, pour nous les bassistes, Aguilar et Spector.

Pendant des années, Algam et Woodbrass tenaient une relation client / fournisseur. Algam importait les instruments et Woodbrass les vendait massivement aux particuliers. Mais en rachetant le détaillant nantais, Algam a certainement franchi la ligne rouge de la distribution puisqu'il est désormais devenu son propre client final.

Algam distribue aujourd'hui plus de 150 marques internationales pour un volume d'affaires approchant les 160 millions d'euros. Quand on sait que cela représente près de 50% du marché français et que Woodbrass vend pour plus de 60 millions d'euros d'instruments de musique par an, il n'y a pas besoin d'être fort en math pour comprendre la teneur du conflit d'intérêts et à quel point le duo vampirise nos boutiques locales, ceux qui ont permis à Algam de devenir ce qu'ils sont aujourd'hui.

Le cauchemar des petits magasins

Imaginez que vous êtes un petit magasin de basse indépendant à Lyon, Bordeaux ou Strasbourg. Pour vendre une MusicMan, vous devez l’acheter à Algam. Jusqu’ici, tout va bien. Mais aujourd'hui, Algam est aussi le propriétaire de Woodbrass, votre principal concurrent sur Internet.

Le problème est simple, comment un distributeur peut-il être équitable quand il doit choisir entre fournir un petit revendeur ou privilégier son propre magasin Woodbrass ?

Plusieurs points de friction apparaissent et en premier la gestion des stocks. En période de pénurie (comme on l'a vu après le COVID), qui reçoit les rares basses de prestige en premier ? Le petit artisan du coin de votre rue ou le "supermarché" Woodbrass appartenant au patron ?

Ensuite vient la guerre des prix et encore une fois, Algam, en tant que distributeur, touche les marges de gros. Woodbrass, en tant que détaillant, touche les marges de détail. En fusionnant, le groupe peut écraser les prix sur Woodbrass d'une manière impossible à suivre pour un indépendant qui doit payer son loyer et son stock au prix fort.

Et pour finir... La loi du marketing et des données clients. Algam a désormais accès aux habitudes d'achat de millions de musiciens via Woodbrass, une mine d'or pour orienter ses futures importations de marques d'instruments ou de rachat de fabricants comme il l'a fait avec Lag.

Quel impact pour le bassiste chez Woodbrass ?

Pour nous, qui cherchons la basse de nos rêves ou le préampli ultime, la situation est paradoxale.

Si aujourd'hui, le point positif porte sur une logistique ultra-performante car Woodbrass bénéficie des moyens d'Algam près de Nantes. Les délais de livraison sur les marques du groupe sont souvent imbattables et pour Gérard Garnier, le fondateur d'Algam, c'est pour lui la seule façon de résister à l'ombre de Thomann, le géant allemand qui domine l'Europe.

En revanche, cela va générer un appauvrissement du choix à long terme. Si les magasins indépendants coulent parce qu'ils ne peuvent plus lutter contre leur propre fournisseur, le conseil humain, l'essai en boutique et le réglage personnalisé par un luthier local risquent de disparaître au profit d'une expérience "cliquer, essayer, retourner ou acheter".

 Un pari sur l'avenir

Le paysage français est désormais scindé en deux. D'un côté, une machine de guerre ultra-efficace regroupant distribution et vente directe massacrant aujourd'hui ses propres clients. De l'autre, des indépendants qui tentent de survivre en misant sur le service, l'expertise et des marques de niche que le géant Algam ne distribue pas encore.

Pour le bassiste, le choix est politique : acheter au meilleur prix sur une plateforme intégrée, ou soutenir l'écosystème local pour garantir qu'il restera toujours un endroit près de chez soi pour essayer une basse avant de l'acheter.

Et vous, qu'en pensez-vous ? Ce monopole vous inquiète-t-il pour vos futurs achats de matériel ? On en discute dans les commentaires !

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