Né John Richard Baldwin le 3 janvier 1946 à Sidcup, dans le Kent, l’artiste connu sous le nom de John Paul Jones incarne l’évolution de la basse d’un rôle purement rythmique vers une fonction d’arrangement complexe et multidimensionnelle. Sa formation précoce, initiée sous l'influence de parents musiciens, l'amène à maîtriser le piano dès l'enfance avant de se tourner vers la basse à l'adolescence, un choix qui allait modifier le paysage sonore du XXe siècle.
L'apprentissage par le studio : La forge londonienne
Avant d'accéder à la célébrité planétaire avec Led Zeppelin, Jones a consolidé sa réputation dans l'industrie exigeante des sessions de studio londoniennes entre 1964 et 1968. Travaillant sous un pseudonyme suggéré par son ami Andrew Loog Oldham — inspiré par une affiche du film de 1959 sur l'officier naval John Paul Jones — il est devenu l'un des arrangeurs et musiciens les plus sollicités de la capitale britannique. Son curriculum de cette période témoigne d'une polyvalence rare, collaborant avec des artistes tels que les Rolling Stones, pour qui il a arrangé les cordes de "She’s a Rainbow", Donovan (sur "Sunshine Superman" et "Hurdy Gurdy Man"), Cat Stevens ou encore Jeff Beck.
Cette expérience de musicien de l'ombre lui a permis de développer une vision globale de la composition. Jones a souvent affirmé que ses centaines de sessions l'avaient formé à l'efficacité et à la précision, deux qualités qu'il transportera dans la fondation de Led Zeppelin en 1968 aux côtés de Jimmy Page. L'analyse de ses premiers travaux montre déjà une prédilection pour l'intégration de structures harmoniques issues du jazz dans le cadre de la pop et du rock émergeant.
L'architecture sonore de Led Zeppelin : Rythme, Mélodie et Innovation
Au sein de Led Zeppelin, le rôle de John Paul Jones dépasse largement celui d'un simple bassiste. Il est l'architecte harmonique du groupe, capable d'intégrer des instruments aussi divers que le Mellotron, la mandoline ou la flûte à bec dans une esthétique hard rock. Sa relation avec le batteur John Bonham est souvent citée comme l'une des sections rythmiques les plus puissantes et les plus souples de l'histoire du rock, caractérisée par une capacité instinctive à déplacer le temps (beat placement) pour créer une dynamique organique.
| Œuvre (Sélection) | Rôle Technique | Innovation Instrumentale |
|---|---|---|
| Ramble On | Ligne de basse mélodique | Dialogue percutant avec la batterie |
| The Lemon Song | Improvisation jazzy | Complexité des walking bass en rock |
| Stairway to Heaven | Arrangement multi-instrumental | Utilisation de la flûte à bec et du Mellotron |
| Black Dog | Riffs en métriques impaires | Structure rythmique complexe |
| No Quarter | Claviers et basse synthétique | Ambiance psychédélique et modale |
La technique de Jones sur des titres comme "Stairway to Heaven" illustre sa polyvalence : en studio, il a superposé quatre flûtes à bec (soprano, alto, ténor et basse) avant d'ajouter le piano électrique Hohner et une ligne de basse finale qui soutient le crescendo de Jimmy Page. En concert, il utilisait ses pieds pour jouer les lignes de basse sur des pédaliers tout en manipulant les claviers, une prouesse de coordination technique.
Équipement et signature sonore
L'identité sonore de Jones repose sur un choix méticuleux de matériel. Durant la première partie de sa carrière, il a principalement utilisé une Fender Jazz Bass de 1962, appréciée pour son corps asymétrique et sa clarté tonale. Plus tard, il a adopté les basses Alembic, notamment une Series II à huit cordes, pour obtenir une présence plus massive sur des morceaux comme "Achilles Last Stand". Son usage des amplificateurs Acoustic 360 dans les années 1970 a défini le son de basse puissant et saturé qui est devenu la norme pour le hard rock de l'époque.
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