Date de naissance : 30 Novembre 1945 - Lieu de naissance : East London, Afrique du Sud (Duncan Village) - Instrument principal : Contrebasse, Piano, Chant - Genre : Jazz Sud-Africain, Free Jazz, World Fusion - Date de décès : 24 septembre 1986
Johnny "Mbizo" Dyani est né dans un township ségrégué d'Afrique du Sud, sa vie a été façonnée par la lutte contre l'apartheid.
Très jeune, Dyani rejoint The Blue Notes, un sextet dirigé par le pianiste blanc Chris McGregor. La composition multiraciale du groupe le rendait illégal aux yeux du régime sud-africain. Après avoir subi harcèlement et censure, le groupe profite d'une invitation au festival de Jazz d'Antibes en 1964 pour s'exiler définitivement en Europe. Dyani ne reverra jamais sa terre natale libre. Cet exil a forgé son identité musicale. Sa basse est devenue le lien avec ses racines, un instrument de mémoire et de revendication.
Installé à Londres, puis à Copenhague et en Suède, Dyani devient une figure centrale de l'avant-garde jazz. Il collabore avec les plus grands noms du Free Jazz : Don Cherry (trompette), Steve Lacy (saxo soprano), David Murray et son compatriote Abdullah Ibrahim (Dollar Brand). Il forme ses propres groupes, notamment Witchdoctor's Son, où il fusionne les hymnes de libération sud-africains avec l'improvisation libre. Ses albums Song for Biko (dédié à Steve Biko, militant assassiné) et Witchdoctor's Son sont considérés comme des chefs-d'œuvre du jazz spirituel.
Johnny Dyani est mort comme il a vécu : en musique. Il s'effondre après un concert à Berlin-Ouest le 24 octobre 1986, à l'âge de 40 ans seulement. Son décès prématuré a privé le monde du jazz d'une voix unique, juste avant la fin de l'apartheid qu'il avait tant combattue.
Le Style "Mbizo"
Le jeu de Dyani est immédiatement reconnaissable. Il ne se contente pas d'accompagner ; il converse.
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Fusion Kwela/Marabi : Il intègre les rythmes cycliques et joyeux des musiques de rue sud-africaines (Kwela) dans le contexte abstrait du Free Jazz. Cela donne une pulsation vitale, presque dansante, même aux morceaux les plus atonaux.
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Vocalisations : Dyani chantait souvent en jouant, doublant ses lignes de basse avec sa voix ou poussant des cris d'encouragement ("Hraaa!"). Cette approche rendait sa musique extrêmement humaine et viscérale.
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Technique de l'Ostinato : Il utilisait des motifs de basse répétés (ostinatos) pour ancrer les improvisations, créant une transe hypnotique sur laquelle les solistes pouvaient s'appuyer.
L'Instrument : La "Maestro Junior"
Un détail fascinant révélé par la recherche est le choix de son instrument. Contrairement aux puristes du jazz qui recherchaient des contrebasses anciennes onéreuses, Dyani jouait sur une basse Engelhardt "Maestro Junior", un modèle d'étude bon marché en contreplaqué, de taille réduite (3/4 voire 1/2).
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Pourquoi ce choix ? D'abord pour la portabilité en exil ("Je promenais ma basse comme un chien" ), mais aussi pour le son. Le contreplaqué offrait une sonorité plus percussive et moins "bourdonnante" que le bois massif, idéale pour son jeu rythmique agressif.
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Réglage : Il jouait avec une action (hauteur des cordes) très haute, ce qui demandait une force physique considérable mais projetait un son puissant, capable de rivaliser avec des batteries et des cuivres sans amplification excessive.
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