Roland CR-78, la Boîte à Rythmes qui a changé le Groove

Publié le 22 janvier 2026 à 05:36

Si on pense "section rythmique", on imagine immédiatement le duo charnel et puissant formé par la batterie et la basse. Mais à la fin des années 70, un troisième acteur est entré en scène. Une boîte en bois, constellée de boutons colorés, qui allait redéfinir la manière dont les bassistes interagissent avec le temps : la Roland CR-78 CompuRhythm.

Pour nous, bassistes, la CR-78 n'est pas qu'un simple métronome de luxe. C'est la machine qui a permis l'émergence de lignes de basse hypnotiques, laissant de l'espace dans le mix et favorisant une approche plus "carrée" et minimaliste de l'instrument. Retour sur une légende analogique.

1978, L'Année Zéro du Rythme Programmable

Avant 1978, les boîtes à rythmes étaient principalement des accessoires pour orgues de salon (pensez aux rythmes "Bossa Nova" ou "Samba" un peu kitsch). Elles étaient rigides, non programmables et sonnaient souvent comme des jouets.

Roland, qui avait déjà sorti les séries TR-33, 55 et 77, frappe un grand coup avec la CompuRhythm CR-78. C'était la première boîte à rythmes grand public à utiliser un microprocesseur (d'où le "Compu"), permettant deux révolutions :

La mémorisation de patterns : On pouvait enfin programmer ses propres rythmes (bien que laborieusement).

Une stabilité de tempo absolue : Fini les fluctuations de vitesse des anciens modèles analogiques.

Avec son look de meuble Hi-Fi (coffret en bois, façade noire), elle ne ressemblait pas à un instrument de rock. Et pourtant, elle allait devenir le cœur battant de la New Wave.

La CR-78 est 100% analogique. Contrairement aux boîtes à rythmes modernes qui utilisent des échantillons (samples) de vraies batteries, la CR-78 génère ses sons à partir de circuits électroniques (oscillateurs, bruit blanc, filtres).

Le "Grain" CR-78

Pourquoi sonne-t-elle si bien avec une basse ? Tout commence par le kick (grosse caisse) : court, doux et percutant, il se distingue par son manque de sub-basses profondes. C'est un avantage majeur pour le bassiste, car cela laisse toute la place dans le bas du spectre pour l'instrument, qui ne se bat plus avec le pied mais l'enrobe parfaitement. À cela s'ajoute une snare (caisse claire) singulière, plus proche d'un bruit de papier froissé ou d'un "pschh" filtré que d'une frappe acoustique, offrant une attaque tranchante capable de percer n'importe quel mix.

L'identité de la machine repose également sur son fameux "Metal Beat", une signature sonore de cymbales et hi-hats métalliques, brillants et légèrement phasés grâce à un modulateur en anneau. C'est ce timbre spécifique qui confère cette brillance unique aux morceaux de Phil Collins ou de Blondie. Enfin, l'ensemble est saupoudré de percussions synthétiques — bongos, claves, congas — qui, bien qu'artificielles, injectent un swing "latin" robotique absolument irrésistible.

Si la CR-78 est célèbre pour ses presets (Rock, Disco, Bossa Nova, Waltz), sa fonction de programmation était un cauchemar ergonomique pour l'époque.

Pour programmer un rythme utilisateur, il fallait utiliser le WS-1, un petit boîtier externe rare et coûteux, ou appuyer sur un bouton en temps réel de manière ultra-précise. C'est la raison pour laquelle 90% des tubes utilisant la CR-78 utilisent en réalité les... presets d'usine.

L'astuce de production : De nombreux artistes (comme Genesis) utilisaient la CR-78 pour poser une base rythmique "droite", et jouaient de la vraie batterie par-dessus pour ajouter de l'humanité. Pour un bassiste, c'est le meilleur des deux mondes : la grille rigide de la machine et l'accentuation humaine.

La CR-78 et la Basse

Pourquoi cet instrument est-il important pour nous, sur GraveBasse.com ? Parce que la CR-78 a forcé les bassistes à jouer différemment.

Face à un batteur humain, le bassiste réagit aux variations, aux fills, à la dynamique. Face à la CR-78, le bassiste doit devenir le moteur du groove. La machine est impitoyable, elle ne ralentit pas, elle n'accélère pas.

Cela a donné naissance à des lignes de basse :

Plus répétitives et hypnotiques (l'esthétique Krautrock ou Synthpop).

Plus mélodiques (puisque la rythmique est simple, la basse peut chanter).

Plus "serrées" (Tight) : Il faut se caler au millimètre sur le "tic-tic-tic" de la machine.

Trois titres cultes où la Basse et la CR-78 fusionnent

"Heart of Glass" - Blondie (1978) : L'intro mythique est une CR-78. La ligne de basse de Nigel Harrison est un modèle de disco-rock. Elle s'appuie sur la rigidité de la boîte à rythmes pour faire rebondir le morceau. Sans la CR-78, ce titre n'aurait jamais eu cette froideur "New Yorkaise" si cool.

"In The Air Tonight" - Phil Collins (1981) : La basse (jouée par Daryl Stuermer ou John Giblin selon les versions live/studio, bien que Mo Foster soit souvent associé à cette époque) est minimale. Tout repose sur le pattern "Disco-2" ralenti de la CR-78. La basse remplit l'espace laissé vide par l'absence de charley complexe. C'est une leçon d'espace.

"Enola Gay" - OMD (1980) : Ici, la basse joue un rôle de métronome mélodique. La CR-78 fournit ce "thwack" sec qui contraste avec la rondeur de la basse électrique (ou synthé basse selon les lives).

Acheter une CR-78 d'époque est un investissement risqué. Les prix oscillent entre 3 000 € et 5 000 €, et la maintenance de ces vieilles machines analogiques est coûteuse (condensateurs qui fuient, switchs oxydés).

Heureusement, pour le bassiste qui veut maquetter à la maison avec ce grain particulier, il existe des solutions. Le plugin CR-78 de Cherry Audio s'impose comme une option VST ultra-fidèle et abordable pour ceux qui travaillent "in the box". Les utilisateurs de l'écosystème Arturia trouveront leur bonheur dans la V-Collection ou Spark, qui contiennent d'excellentes modélisations de la machine. Enfin, pour une approche plus brute, l'utilisation de samples reste une voie royale : il existe des milliers de packs gratuits (ceux de "Goldbaby" étant souvent considérés comme la référence) qu'il suffit d'importer dans votre DAW ou un sampleur hardware comme une MPC ou un SP-404 pour retrouver instantanément ce son mythique.

La Roland CR-78 est bien plus qu'une boîte à rythmes vintage. C'est l'instrument qui a appris aux musiciens, et particulièrement aux bassistes, à dialoguer avec la machine. Elle a apporté une rigueur et une texture sonore qui ont défini le son des années 80.

Pour nous, bassistes, travailler avec le son d'une CR-78 (même virtuelle) est un excellent exercice. Son groove "droit" mais chaleureux nous oblige à soigner notre placement rythmique et à trouver la mélodie dans le rythme.

Le conseil de GraveBasse : Lors de votre prochaine session de composition, coupez le métronome de votre logiciel, chargez un loop de CR-78, montez les médiums de votre basse, et laissez la magie opérer.

Vous avez déjà joué sur une vraie CR-78 ou vous utilisez ses samples ? Partagez votre expérience dans les commentaires !

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