MXR Mr. Talkbox MRT01 : 25 watts pour faire parler la basse

Publié le 26 août 2026 à 06:24

MXR sort une version signature de son talk box, dessinée avec Byron « Mr. Talkbox » Chambers — la voix de l'intro de 24K Magic. Plus d'ampli, un moteur néodyme, deux nouveaux switches et un prix qui double. Vaut-il le détour pour le bassiste, instrument que la marque ne cite même pas dans sa communication ? Analyse complète.

Il y a des effets qu'on croit morts et qui reviennent par la porte du studio. Le talk box appartient à cette famille : ringardisé après les années 1980, ressuscité par le hip-hop, puis installé pour de bon dans le vocabulaire R&B moderne par une poignée de spécialistes. MXR, qui commercialise depuis 2013 un M222 Talk Box devenu la référence « plug-and-play » du marché, vient d'annoncer une version signature développée avec le plus visible de ces spécialistes : Byron Chambers, alias Mr. Talkbox.

Le communiqué de presse ne parle que de guitaristes et de claviéristes. C'est précisément pour ça que l'objet mérite un examen sérieux ici : le talk box est un des rares effets dont la physique impose de vraies contraintes à un instrument grave, et le MRT01 est justement la première machine du genre dont les évolutions techniques — puissance, moteur, réserve dynamique — vont dans le sens des basses fréquences.

Ce qu'est réellement un talk box

Le principe est mécanique, pas numérique, et c'est ce qui le rend indémodable. Le signal de l'instrument n'est pas envoyé vers un haut-parleur classique mais vers un moteur de compression — le même type de transducteur qu'on trouve derrière un pavillon de sonorisation — dont la sortie est raccordée à un tube souple. Le musicien porte l'extrémité du tube à la bouche, à côté (ou en dessous) du micro chant. La cavité buccale devient alors un filtre acoustique : en articulant silencieusement des voyelles, on déplace les formants, ces bosses de résonance qui font qu'un « a » ne sonne pas comme un « ou ». Le micro reprend le son sorti de la bouche, et l'instrument semble parler.

Rien n'est synthétisé : il n'y a ni vocodeur, ni analyse de hauteur, ni suivi de pitch. C'est la raison pour laquelle le talk box conserve un naturel et une réactivité que les émulations logicielles peinent encore à imiter — et aussi pourquoi il exige une technique corporelle qui s'apprend.

Une généalogie plus ancienne qu'on ne croit

1939 : Gilbert Wright met au point le Sonovox, appliqué directement contre la gorge, pendant qu'Alvino Rey fait « chanter » sa lap steel via un laryngophone. Années 1960 : le pedal steeliste Pete Drake, avec Bill West, remplace la gorge par un tube dans la bouche — le talk box moderne est né. Années 1970 : Bob Heil en industrialise une version puissante pour Joe Walsh ; le Heil Talk Box devient la référence, popularisée mondialement par Peter Frampton (Show Me the Way, Do You Feel Like We Do) et utilisée dès 1972 par Stevie Wonder sur Music of My Mind. Années 1980-1990 : Roger Troutman et Zapp en font l'ADN d'un funk entier, jusqu'à California Love. Années 2010 : Daft Punk, Bruno Mars et la scène gospel le remettent au premier plan.

Byron « Mr. Talkbox » Chambers

Né le 30 juillet 1976 à Orlando de deux musiciens de gospel, installé à Nashville, Byron Chambers a construit sa carrière sur un instrument que presque personne ne joue à plein temps. Formé dans les églises, il publie son premier album, My Testimony, en 2004, puis enchaîne les sessions.

Sa signature la plus entendue reste l'intro parlée de 24K Magic de Bruno Mars (2016) — le morceau rafle le Grammy du disque de l'année en 2018, l'album emportant celui de l'album de l'année. On l'entend également sur LOYALTY. de Kendrick Lamar avec Rihanna, sur Please Me (Cardi B & Bruno Mars, 2019), et sur des sessions avec Bootsy Collins, T-Pain, Earth Wind & Fire, *NSYNC ou tobyMac. Deux Dove Awards, plusieurs numéros 1 au Japon en solo, et une notoriété entretenue par des vidéos a cappella massivement partagées.

« J'utilise un talk box depuis 27 ans. J'ai voulu travailler avec MXR parce qu'ils savent faire du portable et du puissant en même temps. »

Byron Chambers, communiqué MXR

Traduction pour le musicien de scène : l'homme a passé sa vie à traîner des racks, des têtes d'ampli et des enceintes à pavillon pour obtenir un son qui, sur le papier, sort d'un tuyau en plastique. Le cahier des charges du MRT01 découle directement de ce vécu.

Anatomie du MRT01

La pédale reprend le format du M222 — un boîtier compact, posable sur un pedalboard ou sur une table, avec le tube qui sort par le dessus et un clip pour l'attacher au pied de micro — dans une finition gold sparkle spécifique. Tout est intégré : plus besoin de patcher la sortie haut-parleur d'un ampli dans le moteur, comme l'exigeaient les Heil et Golden Throat historiques.

Les trois potentiomètres

  • Gain — sensibilité d'entrée et taux de saturation. Sur un talk box, la distorsion n'est pas une coquetterie : elle enrichit le spectre en harmoniques, donc donne au filtre buccal de la matière à sculpter. Un signal trop propre « parle » mal.
  • Tone — un tilt EQ : une seule commande qui bascule progressivement la balance grave/aigu autour d'un point pivot. Simple, efficace, et pour nous l'outil principal pour retrouver du corps.
  • Volume — le niveau envoyé au moteur, donc, très concrètement, le volume acoustique dans votre bouche. À traiter avec respect (voir plus bas).

Les deux nouveaux switches

  • Gain Bypass — court-circuite l'étage de préampli et ses diodes d'écrêtage pour envoyer le signal directement à l'ampli de puissance. C'est le switch pensé pour les sources à haut niveau : claviers, synthés, sorties ligne, boucles d'effets… et, pour nous, un préampli de basse ou une DI active en amont.
  • Mute — gère le routage de la sortie jack. Il permet de choisir entre laisser passer le signal de l'instrument en parallèle du tube (plus épais, plus « instrument ») ou couper cette sortie pour n'entendre que la voix du tube reprise au micro (plus funk, plus lisible).

S'ajoutent un footswitch d'activation, une entrée jack 6,35 mm à haute impédance (> 1 MΩ, compatible micros passifs) et une sortie jack bufferisée (< 200 Ω).

Le cœur : ampli et moteur

C'est là que se joue la différence de tarif. Le MRT01 embarque un ampli class D de 25 W attaquant un moteur néodyme de 8 Ω, là où le M222 fonctionne avec un moteur ferrite plus lourd et une réserve de puissance inférieure. Deux conséquences directes : davantage de headroom — donc une dynamique préservée quand on joue fort sans partir dans une compression involontaire — et une meilleure tenue dans le bas du spectre, l'aimant néodyme permettant un équipage mobile plus léger et mieux contrôlé.

L'alimentation suit : 18 V continu, 1,8 A de consommation, avec un adaptateur ECB009G1 18 V / 2 A fourni. Autant le dire tout de suite : oubliez l'idée de l'alimenter depuis une multi-alim de pedalboard standard. Cette pédale a besoin de sa propre prise secteur, et il faut prévoir la place correspondante sur la planche.

MRT01 contre M222 : le tableau

MXR M222 Talk Box MXR MRT01 Mr. Talkbox
Ampli intégré Oui, puissance non communiquée 25 W class D
Moteur Ferrite Néodyme, 8 Ω
Réglages Volume, Tone, Gain Volume, Tone (tilt EQ), Gain
Switches Footswitch Footswitch + Gain Bypass + Mute
Bypass True bypass Bufferisé
Alimentation 18 V (ECB009 fourni) 18 V / 1,8 A (ECB009G1 2 A fourni)
Tube 2,4 m + clip de pied de micro 2,4 m + clip de pied de micro
Finition Noire Gold sparkle
Prix public US 209,99 $ 449,99 $

Le M222 reste au catalogue. Le MRT01 ne le remplace pas : il vise le musicien pour qui le talk box est un outil de travail quotidien, pas une couleur occasionnelle.

Et à la basse ?

Voilà la vraie question, et elle mérite une réponse honnête plutôt qu'un enthousiasme de communiqué.

Le problème : le moteur ne descend pas

Un moteur de compression n'est pas conçu pour reproduire des fréquences graves. Selon les modèles, il ne commence à travailler sérieusement que vers 300 à 500 Hz. Or le mi grave d'une basse à quatre cordes vibre à 41 Hz, le sol de la cinquième corde à 98 Hz. Concrètement : le fondamental de votre note ne passera jamais dans le tube. Ce que vous entendrez, ce sont les harmoniques — et c'est justement là que le filtre buccal opère. L'effet fonctionne donc, mais il produit un son fin, nasillard, une octave perçue plus haut que ce que vos doigts jouent.

Ce n'est pas un défaut, c'est le fonctionnement normal. Le piège serait de vouloir compenser en poussant le volume : c'est comme ça qu'on détruit un moteur, panne classique chez les utilisateurs de talk box, dont les précédents modèles pilotés par une tête d'ampli surdimensionnée ont fait les frais.

Les trois stratégies qui marchent

  1. Le split parallèle. La solution reine. Un splitter ou une DI à sortie parallèle en début de chaîne : la basse « propre » part vers votre ampli et la sono, une copie part dans le talk box et ressort par le micro chant. Vous conservez l'assise, la voix vient se poser dessus. Le switch Mute du MRT01 prend ici tout son sens : il permet d'assumer ce routage sans doubler le signal.
  2. La saturation en amont. Une overdrive ou une fuzz placée avant l'entrée génère les harmoniques que le moteur sait reproduire. Le Gain interne y contribue déjà, mais un étage dédié — pensez à ce que fait un Deluxe Bass Big Muff sur le haut du spectre — donne beaucoup plus de matière à articuler.
  3. L'octaveur vers le haut. Moins intuitif pour un bassiste, redoutablement efficace : une octave supérieure place le signal dans la zone où le moteur travaille à l'aise. Combinée au split, elle donne l'effet le plus lisible en contexte de groupe.

À l'inverse, un octaveur vers le bas ou un sub-harmoniseur avant le talk box ne produira rien d'exploitable : vous enverrez de l'énergie que le transducteur ne peut pas restituer, avec le risque mécanique qui va avec.

Précautions à ne pas prendre à la légère

On place un tube de 25 watts dans sa bouche. Le niveau sonore à l'intérieur du crâne est considérable, et l'oreille interne n'a aucune protection contre une source aussi proche. Montez le volume progressivement, en répétition, avant d'y toucher sur scène. Le tube est un accessoire strictement personnel : il ne se prête pas, il se nettoie, et il se remplace régulièrement — les tubes de silicone alimentaire au bon diamètre se trouvent facilement, ce que font tous les utilisateurs réguliers. Enfin, un détail qui pèse à l'achat : plusieurs revendeurs américains classent explicitement ce produit comme non retournable, précisément à cause de son mode d'utilisation.

Les alternatives

  • MXR M222 (209,99 $) — le même concept, moins de puissance et sans les switches. Le choix rationnel pour tester l'effet avant d'investir.
  • Rocktron Banshee 2 — format pédale avec ampli intégré, moins cher, réputé plus modeste en niveau et en réserve dynamique.
  • Danelectro Free Speech — entrée de gamme, à considérer comme un jouet d'exploration plus que comme un outil de scène.
  • Heil Talk Box / EHX Golden Throat (occasion) — la référence historique et son alternative, mais tous deux exigent une tête d'ampli dédiée : encombrement, poids, et risque réel de destruction du moteur si l'on se trompe de puissance.
  • Les émulations — plugins de type OVox, harmoniseurs vocaux TC-Helicon, formants de multi-effets. Utiles en home studio, mais elles simulent un filtre là où le talk box est le filtre : la réactivité et le grain d'articulation ne sont pas les mêmes.

Verdict provisoire

Ce qui convainc

  • 25 W et moteur néodyme : la première vraie amélioration du bas du spectre sur ce format
  • Gain Bypass, indispensable dès qu'un préampli actif est en amont
  • Mute : le routage parallèle enfin géré proprement
  • Tout-en-un, sans tête d'ampli à trimballer

Ce qui coince

  • Prix doublé par rapport au M222
  • 1,8 A sous 18 V : alimentation dédiée obligatoire
  • Aucune fonction de mixage dry/wet intégrée — le split reste à votre charge
  • Produit fréquemment non retournable pour raisons d'hygiène

Le MRT01 n'est pas une pédale d'appoint. À 450 dollars, c'est un investissement de spécialiste, et MXR ne s'en cache pas : la cible est le musicien qui utilise le talk box tous les soirs. Pour un bassiste, l'objet reste une machine à effets spéciaux — mais une machine dont les choix techniques, pour la première fois, ne jouent pas contre nous. Si vous cherchez une couleur inédite sur un pont funk ou une intro de morceau, et que vous acceptez de construire un split propre en amont, il y a ici de quoi faire quelque chose que personne d'autre ne fait sur scène.

Le prix européen n'était pas communiqué au moment de la rédaction ; il faudra attendre la mise en distribution française pour connaître le tarif TTC définitif.

Manuel MXR Mr Talkbox

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