MXR Flanger/Doubler M226, la pédale culte débarque à nouveau

Publié le 12 août 2026 à 19:04

MXR vient de ressusciter le M-126 Flanger/Doubler, l’un des racks les plus fantasmés des années 70-80, dans un boîtier de pédale tout analogique. Bucket-brigade, jacks CV, switch de niveau ligne, bouton Invert : sur le papier, c’est une machine à textures bien plus qu’un simple flanger. À 379 €, mérite-t-elle une place sur un pedalboard de bassiste ? Analyse, avis glanés et comparatif avec trois concurrentes.

Un rack de légende, 45 ans plus tard

Le MXR M-126 Flanger/Doubler faisait partie de la gamme rack lancée par MXR au tournant des années 80, aux côtés du Digital Delay M-113, de l’égaliseur 15 bandes M-124 et du fameux Pitch Transposer M-129. Deux unités de rack, une façade bleue, et un statut de graal chez les producteurs : pendant des décennies, ces boîtes ont été la référence de leur catégorie.

C’est surtout Dimebag Darrell qui a fait entrer le M-126 dans la mythologie moderne. Son technicien Grady Champion l’a résumé sans ambiguïté : « Un MXR Flanger/Doubler était dans la boucle "wet" de la tête principale 100 % du temps. » Seul guitariste de Pantera, Dimebag s’en servait moins comme d’un effet spectaculaire que comme d’un élargisseur permanent — l’intro de Cowboys From Hell pour le côté flanger, et un doublage discret le reste du temps.

C’est exactement ce double usage qui devrait faire tendre l’oreille aux bassistes. Un flanger à la basse, c’est une affaire de goût et de contexte. Un doubleur analogique capable d’épaissir sans brouiller le fondamental, c’est un outil de métier.

Deux machines dans un boîtier

La M226 n’est pas un flanger avec un mode chorus en bonus. Ce sont deux plages de retard distinctes, sélectionnées par le bouton Doubler, et les chiffres du manuel le disent mieux qu’un long discours.

Mode Flanger : 0,33 à 5,5 ms

La plage classique du flanging. Peignes de filtrage, résonance métallique, réacteur d’avion quand on pousse le Regen. Sur une basse, cette zone travaille surtout dans le haut-médium et l’aigu — c’est là que le flanger « s’entend », et c’est aussi là que le grave risque de se faire ronger si on oublie le potard Mix.

Mode Doubler : 14 à 66 ms

C’est le vrai argument. Entre 14 et 30 ms, on est dans le doublage à l’ancienne : une deuxième piste légèrement décalée, sans les différences d’attaque d’un vrai overdub, qui élargit et épaissit. En montant le Manual vers le maximum, on bascule vers le chorus puis vers un slapback court, jusqu’à des feedbacks pitchés franchement bizarres si on ouvre le Regen. Pour un bassiste, la zone 15-25 ms avec le Mix autour de 9 h est probablement le réglage le plus immédiatement utile de toute la pédale.

Les commandes, une par une

  • Manual — fixe le temps de retard moyen. Vers MAX (sens antihoraire), le retard s’allonge : flanger plus profond et plus spacieux, doubler qui glisse vers le délai.
  • Width — amplitude du balayage. À fond à gauche : plus de modulation du tout, la pédale devient un filtre fixe ou un doubleur statique. À fond à droite : le balayage couvre toute la plage de retard, quel que soit le réglage de Manual.
  • Speed — vitesse du balayage, de 0,025 Hz (une oscillation toutes les 40 secondes, idéal pour les nappes) à 18,5 Hz (territoire ring-mod).
  • Regen — le feedback. De la coloration douce à la résonance métallique agressive. C’est aussi le potard qui mange le plus de headroom sur une basse active.
  • Mix — dosage wet/dry, du 100 % sec au 100 % traité. Absolument central à la basse : c’est lui qui permet de garder le fondamental intact pendant que l’effet travaille au-dessus.
  • Doubler — bascule entre les deux plages de retard. LED rouge de confirmation.
  • Invert — inverse la polarité du signal traité. Dunlop parle d’un résultat allant de la « vocalité creuse et aérienne » au « punch dans le bas-médium ». Sur une basse, ce switch n’est pas un gadget : c’est le bouton qui décide si l’effet creuse votre son ou s’il l’épaissit.

Ajoutez deux LED de balayage sur la face supérieure, qui affichent en temps réel le temps de retard instantané : la gauche pour les retards longs, la droite pour les courts. Quand Width est à zéro, elles indiquent simplement la position du Manual. Sur scène, quand on n’entend plus rien de sa propre pédale, c’est plus utile qu’il n’y paraît.

Connectique : là où ça devient intéressant

MXR a conservé la logique studio du rack d’origine, et c’est ce qui distingue cette pédale de la concurrence.

  • CV In (0-5 V) — pilotez le retard depuis un synthé, un séquenceur ou une pédale d’expression compatible CV. L’entrée court-circuite les potards Manual, Width et Speed.
  • CV Out (0-5 V) — la pédale envoie son propre LFO vers d’autres machines. Synchroniser un filtre, un tremolo modulaire ou un autre effet sur le balayage de la M226 : c’est rare sur une pédale de guitare, et ça ouvre des portes en home studio.
  • Switch Instr./Line — en position Line, le headroom passe à +12 dBu contre 0 dBu en Instr. Pour une basse active à préampli chaud, ou pour un usage en boucle d’effets / en insert de console, ce switch évite l’écrêtage. En Instr., le bruit de fond est en revanche le plus bas.
  • True bypass, 9 V DC, 160 mA — et pas de pile possible. Prévoyez une alimentation isolée correcte : 160 mA, c’est le double de ce que consomme une pédale numérique moyenne.

Impédance d’entrée supérieure à 220 kΩ dans les deux modes, sortie sous 1 kΩ en instrument et sous 200 Ω en ligne. Le plancher de bruit annoncé varie de −95 dBu (flanger, retard minimal) à −77 dBu selon le mode et les réglages — c’est du BBD, pas du convertisseur 24 bits, et ça s’entend dans les silences si vous poussez Regen.

Le point noir, et il est réel : la M226 est mono. Une entrée, une sortie. Pour du doublage large et une image stéréo véritable, il faudra regarder ailleurs — nous y venons.

À la basse : ce qu’il faut savoir avant de sortir la carte bleue

Aucun test long terme n’existe encore : la pédale a été annoncée le 11 août 2026 et les premiers exemplaires arrivent tout juste. Mais la fiche technique permet déjà de poser quelques repères pour un usage quatre ou cinq cordes.

Le Mix est votre meilleur ami

Un flanger à la basse échoue presque toujours pour la même raison : le filtrage en peigne crée des creux qui tombent pile dans le fondamental, et le son se vide. Ici, le potard Mix balaie du 100 % sec au 100 % traité sans point mort, ce qui autorise un vrai parallèle à l’ancienne : gardez 70-80 % de dry, laissez l’effet colorer le reste. C’est exactement ce que faisaient les ingénieurs du son avec le rack.

Invert plutôt que Regen

Sur les basses, le switch Invert mérite d’être testé dans les deux positions systématiquement, avec le même réglage par ailleurs. L’une des deux donnera un son creusé et « vocal » utile en solo ou en intro, l’autre un renfort de bas-médium qui fait grossir l’instrument dans un mix chargé. Le Regen, lui, se manie avec parcimonie : au-delà de 11 h il génère des résonances qui montent vite en niveau et fatiguent l’oreille sur des notes graves tenues.

Le mode Doubler, l’argument massue

C’est probablement là que la M226 justifie son prix pour un bassiste. Un doublage à 15-25 ms, mixé discrètement, épaissit une ligne sans la transformer en effet : idéal pour les passages en power trio, les intros exposées, ou pour donner du corps à un son de médiator un peu maigre. Contrairement à un chorus, il n’y a pas forcément de modulation — Width à zéro, le doublage est statique, et c’est justement ce qui évite le côté « années 80 » involontaire.

Encombrement et alimentation

Le boîtier reprend le grand format MXR type M117. Sur un pedalboard de bassiste déjà chargé en préampli, compresseur et octaver, ça se sent — c’est d’ailleurs la critique la plus fréquente sur les forums français depuis l’annonce. Ajoutez les 160 mA à votre budget d’alimentation.

Ce qu’en disent les utilisateurs

La pédale étant tout juste sortie, il faut distinguer trois sources : les réactions à l’annonce, les avis sur le rack d’origine, et ceux sur l’émulation logicielle du M-126 éditée par Universal Audio.

Les réactions à chaud

Sur Audiofanzine, le verdict est unanime sur un point : le format. « Super effet, mais c’est trop grand, pas très joli, et très cher ! », résume un membre, immédiatement approuvé par un autre qui précise avoir déjà remisé son MXR M117 pour la même raison. Un troisième tranche, pragmatique : « Trop grand pour un pedalboard mais parfait sur mon bureau. »

L’enthousiasme vient de ceux qui connaissent le rack. Un possesseur de la version originale y voit une délivrance : « Le défaut c’est l’aspect rack alors que maintenant les rigs sont de plus en plus réduits au format pedalboard. [...] L’autre aspect chiant de l’ancien format c’est l’alimentation qui est en 110 V et donc nécessite un transfo de qualité. Avec ce nouveau format je suis aux anges ! » Il a déjà précommandé.

Les sceptiques ont un argument technique

Sur Rig-Talk, la discussion a rapidement bifurqué vers les composants. Le M-126 utilisait des BBD Reticon (SAD1024, SAD512), introuvables aujourd’hui ; la réédition devra recourir à des Panasonic MN3007 ou équivalents. Un intervenant très documenté explique que les Reticon avaient une horloge légèrement asymétrique, là où les Panasonic produisent une onde plus lisse : « Le résultat, c’est que le cycle sonne comme un huit plutôt qu’un simple aller-retour. » Autrement dit : même en tout analogique, un 1:1 avec l’original est improbable. À chacun de juger si ça compte.

Le témoignage indirect du plugin

Universal Audio commercialise depuis des années une émulation du M-126. Sur son site, elle affiche 4,9/5 sur 145 avis vérifiés, avec 99 % de recommandations. Les commentaires reviennent souvent sur la même chose : « ça sonne immédiatement comme on veut qu’un flanger sonne », et l’usage en doubleur de voix est plus cité que l’usage guitare. C’est un indicateur sur le circuit, pas sur la pédale — mais il confirme que le doubleur est bien la carte maîtresse de ce design.

La contre-analyse, honnêtement

Un vieux fil TalkBass consacré au rack apporte le contrepoint le plus utile. Un utilisateur de longue date, qui a possédé un Flanger/Doubler et deux Pitch Transposer, reconnaît leur supériorité historique tout en nuançant : « Certains effets boutique modernes ont rattrapé la qualité sonore de ces MXR [...] Pour le Flanger/Doubler, il en existe d’autres qui sonnent plutôt bien, donc je ne regrette pas de l’avoir vendu. » C’est la question centrale de ce test : à 379 €, la M226 doit se justifier face à la concurrence, pas face à son propre mythe.

Comparatif : trois alternatives à connaître

Aucune de ces trois pédales ne fait exactement la même chose que la M226 — c’est précisément ce qui rend la comparaison instructive.

Source Audio Mercury Flanger — 199 $ (≈ 215 €)

La proposition inverse, point par point. Là où MXR mise sur un circuit analogique figé, Source Audio propose un DSP Sigma 56 bits avec trois moteurs — Classic, Thru-Zero (l’annulation de phase au passage à zéro, que la M226 ne fait pas) et Shadow, plus résonant. Six emplacements de presets en deux banques, entrées et sorties stéréo, MIDI USB complet avec synchro d’horloge, mode suiveur d’enveloppe pour une modulation déclenchée à l’attaque, et Universal Bypass commutable entre true bypass à relais et buffer analogique. Cerise : l’application Neuro permet de télécharger gratuitement n’importe quel algorithme de phaser, flanger ou chorus du catalogue Source Audio dans la pédale. 165 mA, format compact 11,7 x 7 x 5,6 cm.

Pour un bassiste : le stéréo et le suiveur d’enveloppe sont de vrais atouts, et le rapport fonctions/prix est imbattable. En revanche, pas de mode doubleur dédié ni de connectique CV, et il faut aimer passer par une app pour exploiter la pédale à fond.

Boss BF-3 — environ 145-160 €

L’outsider qu’on oublie toujours de citer et qui reste, en 2026, la seule pédale de flanger grand public avec une entrée basse dédiée. Concrètement, Boss sépare le grave du reste du spectre pour appliquer la modulation en épargnant le fondamental : c’est exactement le problème décrit plus haut, résolu par le câblage plutôt que par un potard de mix. Ajoutez des sorties stéréo, deux modes propres à la BF-3 (Ultra pour la profondeur, Gate/Pan pour un flanging à effet de porte et de panoramique), un mode Momentary qui déclenche l’effet tant qu’on maintient le pied, et un tap tempo. 40 mA, pile 9 V acceptée, châssis Boss indestructible, bypass tamponné.

Pour un bassiste : c’est le rapport qualité-prix le plus évident du lot, et le choix par défaut si vous voulez simplement « un flanger qui marche à la basse » sans y penser. Le son est numérique et un peu clinique comparé à du BBD, et il n’y a ni doubleur ni véritable réglage de mix.

Walrus Audio Polychrome — 219,99 $ (≈ 240 €)

Le concurrent analogique direct. True bypass à relais, circuit BBD intégral, et une ergonomie héritée des Julia et Lillian de la marque : un potard D-F-V qui balaie du dry pur au flanger classique à midi, jusqu’au vibrato de hauteur complet en butée. Un sélecteur de forme d’onde (sinus, triangle, aléatoire — le mode random évoque le wow and flutter d’un vinyle fatigué) et un sélecteur de voix : position basse pour un flanger traditionnel plein spectre, position haute pour un flanging plus complexe et plus creusé, avec moins de grave. Jacks sur le dessus, 9 V pour 50 mA minimum, 12,1 x 6,6 x 5,8 cm. 4,8/5 sur 32 avis chez le fabricant.

Pour un bassiste : le retour d’un utilisateur sur TalkBass est instructif — l’effet reste discret si votre son est très centré sur le bas du spectre, mais prend toute sa dimension dès qu’on ajoute des médiums et des aigus. Le potard D-F-V joue le rôle du Mix de la MXR, et le vibrato en butée est un bonus que personne d’autre ne propose ici. Mono, pas de doubleur, pas de CV.

MXR M226 Source Audio Mercury Boss BF-3 Walrus Polychrome
Prix indicatif 379 € (333 $) env. 215 € (199 $) env. 150 € env. 240 € (220 $)
Technologie Analogique BBD DSP 56 bits Numérique Analogique BBD
Mode doubleur Oui (14-66 ms) Non Non Non
Réglage de mix Oui, 0-100 % Via app Neuro Non Oui (D-F-V)
Stéréo Non (mono) Oui, in et out Sorties stéréo Non (mono)
Spécifique basse Switch Instr./Line Non Entrée basse dédiée Non
Presets / MIDI Non / CV in-out 6 presets, MIDI USB Non Non
Consommation 160 mA, pas de pile 165 mA 40 mA, pile OK 50 mA mini
Bypass True bypass Commutable Tamponné True bypass à relais
Encombrement Grand boîtier MXR Compact Standard Boss Standard

Verdict : pour qui, vraiment ?

Soyons clairs sur ce que la M226 n’est pas. Ce n’est pas la pédale de flanger la plus polyvalente du marché (la Mercury l’enterre en fonctions), ni la plus adaptée à la basse par conception (la BF-3 garde ce titre pour 150 €), ni la plus rationnelle en rapport qualité-prix (la Polychrome fait de l’analogique haut de gamme pour 140 € de moins). Elle est mono, elle est grosse, elle consomme 160 mA et elle coûte 379 €.

Ce qu’elle est en revanche : la seule pédale de ce comparatif qui propose un vrai mode doubleur analogique avec plage de retard étendue, un potard de mix continu, un inverseur de polarité, un switch de niveau ligne et un couple CV in/out. Autrement dit, c’est un outil de studio déguisé en pédale — exactement ce qu’était le M-126.

Achetez-la si vous cherchez un épaississeur analogique permanent plutôt qu’un effet ponctuel, si vous enregistrez en home studio et que la connectique CV vous parle, ou si vous êtes du genre à brancher une basse dans un préampli chaud et à vouloir du headroom. Le switch Line Level et l’entrée à forte impédance en font aussi une candidate crédible en insert de console.

Passez votre chemin si votre pedalboard est saturé, si vous jouez en stéréo, ou si tout ce que vous voulez c’est un flanger propre pour deux morceaux du set. Dans ce cas, la Boss BF-3 fera le travail pour le tiers du prix, et la Source Audio Mercury vous donnera dix fois plus d’options pour 165 € de moins.

Reste une inconnue de taille : personne n’a encore fait tourner cette pédale en conditions réelles sur une basse. Les BBD ne sont pas ceux de 1980, le mythe est énorme, et la première série d’avis d’utilisateurs sera déterminante. On y reviendra.

Télécharger son manuel

Sources

Prix relevés le 12 août 2026. Les tarifs en euros sont indicatifs et convertis à partir des prix publics américains ou relevés chez les distributeurs européens ; ils varient selon les revendeurs.

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