Cronos, le roi noir a déposé son âme (1963-2026)

Publié le 5 octobre 2026 à 06:20
Gravebasse 2026 Photo DR Droits réservés

Gravebasse - Photo Droits réservés

Fondateur, chanteur, bassiste, dessinateur de sigils et grand provocateur devant l'Éternel, Conrad « Cronos » Lant a inventé avec Venom un son, une imagerie et jusqu'au nom d'un genre entier : le black metal. Sa disparition, à 63 ans, a été annoncée le 1er octobre 2026. Portrait d'un bassiste qui jouait comme on démolit un mur.

« Il a déposé son âme »

La nouvelle est tombée le 1er octobre 2026, par les canaux officiels de Venom. Un message signé de ses deux compagnons de route des dix-sept dernières années, le guitariste Rage (Stuart Dixon) et le batteur Danté (Danny Needham), qui s'ouvrait sur ces mots : « C'est avec une profonde tristesse et le cœur brisé que nous partageons la nouvelle du décès de Conrad "Cronos" Lant. » Et plus loin : « Pendant plus de quatre décennies, la voix, la basse et la vision de Conrad ont été au cœur de Venom. » Aucune cause de décès n'a été rendue publique.

Son fils, Nathan Lant, a ajouté quelques lignes adressées aux fans, les « Legions » comme on les appelle dans la maison : « Je veux remercier toutes les Légions pour tout le soutien que vous avez apporté à mon père au fil des années. Il a déposé son âme, et sa musique continuera de vivre. » He has laid down his soul : la formule fait écho, avec une ironie tragique, à Lay Down Your Soul, le premier single d'Into Oblivion, l'album que Venom avait publié à peine cinq mois plus tôt.

Dans les heures qui ont suivi, la scène metal mondiale s'est mise en berne. Gary Holt — guitariste d'Exodus et de Slayer, qui avait partagé l'affiche de Venom au milieu des années 80 — a parlé de « l'un de [ses] héros de toujours » et s'est dit « dévasté ». Des musiciens de Dark Funeral ou de Type O Negative ont salué l'homme sans qui leur propre musique n'aurait sans doute jamais existé sous cette forme. Et puis il y a eu le message de Jeff « Mantas » Dunn, le guitariste fondateur, l'ancien frère d'armes devenu ennemi juré. Nous y reviendrons, car il dit tout de la complexité de ce personnage.

Un gamin de Newcastle né sous le signe de Saturne

Conrad Thomas Lant voit le jour le 15 janvier 1963. Les références divergent sur le lieu exact — Londres (Kensington) pour certaines, Newcastle pour d'autres, dont ses propres interviews —, mais toutes s'accordent sur l'essentiel : c'est à Newcastle upon Tyne, dans ce Nord-Est anglais ouvrier, rugueux, frappé de plein fouet par la désindustrialisation des années 70, qu'il grandit et que tout se joue.

La musique est présente à la maison. Un oncle joue du bluegrass, et les enfants Lant — une sœur et deux frères aux côtés de Conrad — sont encouragés à toucher aux instruments. La fratrie fournira d'ailleurs deux batteurs : Graham, l'aîné, qui tiendra un temps les baguettes de Prefab Sprout, et Anthony, dit Antton, qui deviendra des années plus tard le batteur de Venom aux côtés de son frère.

Adolescent, Conrad grandit avec Led Zeppelin, Deep Purple et Black Sabbath. Mais c'est le punk qui lui donne sa colonne vertébrale philosophique : « J'aimais l'idée du gros doigt d'honneur, c'était ça, le punk », expliquait-il. Il traîne dans des groupes de lycée — Dwarfstar, puis un éphémère projet au nom improbable d'Album Graecum — et se cherche un nom de scène. Il le trouvera dans les astres : « Ma planète, c'est Saturne, et le dieu grec de Saturne, c'est Cronos. Pour moi, c'était évident. » Le titan qui dévore ses enfants. On ne pouvait rêver patronyme plus approprié pour celui qui allait engendrer une descendance aussi nombreuse que turbulente.

Il avait aussi cette phrase, qu'il servait volontiers aux journalistes avec un sourire carnassier : « J'ai su que j'étais sur la bonne voie avec ma musique quand j'ai découvert que mes parents la détestaient. »

Cinq jours pour devenir bassiste

En 1979, à seize ans, Conrad rejoint comme second guitariste un groupe de Newcastle baptisé Guillotine. Il y rencontre un guitariste nommé Jeffrey Dunn, bientôt rebaptisé Mantas, et un batteur, Tony Bray, qui se fera appeler Abaddon. Au chant, un certain Clive Archer, alias « Jesus Christ ». Le groupe change de nom et devient Venom.

C'est là que survient l'accident fondateur de toute cette histoire — et la raison pour laquelle on parle de Cronos sur gravebasse.com. À quelques jours d'un concert dans une salle paroissiale, le bassiste, Alan Winston, jette l'éponge. Plutôt que d'annuler, Conrad attrape la basse. Il a cinq jours pour s'y mettre. « Il s'est passé quelque chose de magique », racontera-t-il. « Ça sonnait foutrement bien. » Il ne lâchera plus jamais l'instrument.

Quand Clive Archer quitte à son tour le navire en 1980, Cronos prend le micro en plus de la basse. Le trio canonique est en place : Cronos, Mantas, Abaddon. Trois gamins de Newcastle qui vont, sans vraiment le savoir, poser les fondations de tout ce que le metal comptera de plus extrême pendant les quarante années suivantes.

Gravebasse Photos © 2014 venomslegions.com - all rights reserved    Location: Newcastle ~ Photographer: Kev Burdon

Photos © 2014 venomslegions.com - all rights reserved - Location: Newcastle ~ Photographer: Kev Burdon

Impulse, Neat et la démo à cinquante livres

Pour comprendre Venom, il faut comprendre la débrouille. À la fin des années 70, Conrad travaille comme assistant ingénieur et opérateur bande aux Impulse Studios de Wallsend, dans la banlieue de Newcastle. Selon son propre récit, c'est lui qui pousse la direction du studio à créer une structure dédiée aux groupes de rock — ce sera Neat Records, futur label emblématique de la New Wave of British Heavy Metal. Le groupe n'a pas un sou pour payer des heures de studio ? Cronos les gagne en travaillant gratuitement en dehors de ses heures.

En avril 1980, Venom enregistre un premier titre, Demon. En octobre, une démo de six morceaux, passée à la postérité sous le nom de « démo à 50 livres » — son coût. C'est un article enthousiaste du journaliste Geoff Barton dans l'hebdomadaire Sounds qui convainc Neat de sortir le premier 45 tours du groupe : In League With Satan, en avril 1981. Le titre annonce la couleur. Le reste de la décennie aussi.

Welcome to Hell, Black Metal : l'invention d'un mot

Décembre 1981 : Welcome to Hell sort chez Neat. Enregistré, selon Cronos, en trois jours. Le son est sale, saturé, approximatif, la production frôle l'amateurisme, et c'est précisément pour cela que le disque va devenir un choc. Là où la NWOBHM de l'époque — Iron Maiden, Saxon, Def Leppard — soigne ses harmonies de guitares et ses refrains, Venom envoie un mur de bruit, des textes satanistes de bande dessinée, des pentagrammes et une attitude ouvertement destinée à scandaliser.

« Les gens nous attribuent le mérite d'avoir lancé un mouvement, mais c'était inévitable », disait Cronos. « Le punk était mort. Le metal était devenu ringard. » Venom faisait le pont : la vitesse et le je-m'en-foutisme du punk, la puissance et l'imagerie occulte du heavy metal, poussés au-delà du raisonnable.

En 1982 arrive Black Metal — six jours de studio, cette fois. L'album, et surtout son morceau-titre, vont donner son nom à un genre entier. Il n'existe à l'époque aucun « black metal » au sens où on l'entend aujourd'hui : c'est Venom qui forge l'expression, et c'est la génération suivante — Bathory en Suède, Hellhammer puis Celtic Frost en Suisse, Mayhem en Norvège — qui va s'en emparer pour en faire autre chose. On parlera plus tard de « première vague » du black metal pour désigner ces pionniers des années 80, avant l'explosion norvégienne des années 90. Venom en est la pierre angulaire, et Cronos, qui définissait malicieusement le black metal comme « tous les metals à la fois », en est la voix.

« Ma philosophie, c'est la suivante : tu nais, et un jour tu es dans une boîte.
Ce que tu fais entre les deux, c'est ton choix. »

Cronos

Cette voix, justement : un grognement rauque, éraillé, à mi-chemin du hurlement punk et de la déclamation de film d'horreur. Elle deviendra, comme l'a écrit le magazine Decibel dans son hommage, un premier modèle pour toutes les voix extrêmes, du black metal au death metal. Le thrash naissant — Metallica, Slayer, Anthrax, Exodus — reconnaîtra aussi sa dette, de James Hetfield à Tom Gabriel Warrior.

Car Cronos ne fait pas que chanter et jouer. Il dessine. Le logo de Venom aux lettres hérissées, le bouc cornu de « Goat Head Lucifer », la version du sceau de Baphomet qui orne la pochette de Welcome to Hell : c'est de sa main que sortent ces images, qu'il retravaillera toute sa vie d'album en album. Une iconographie qui sera copiée, détournée, tatouée et imprimée sur des millions de t-shirts — et qui, quarante ans plus tard, finira devant un tribunal.

La basse comme une arme

Parlons basse, puisque c'est notre affaire. Cronos n'a jamais été un virtuose, et il ne prétendait pas l'être. Son approche découle directement de ces cinq jours de 1979 : un guitariste qui découvre la basse et la traite comme une guitare. Il se branche dans des têtes Marshall, pousse le volume, et cherche le chaos plutôt que la précision. Chez Venom, pas de jolis solos ni de mises en place millimétrées : des solos en piqué, des guitares qui s'écrasent contre les amplis, et une basse distordue qui occupe autant d'espace que la guitare de Mantas.

« La basse doit tenir debout toute seule », répétait-il en substance. Dans une longue interview accordée à Guitar World en janvier 2024, il expliquait refuser le rôle de figurant que le metal réserve souvent aux bassistes. Sa méthode : suivre le batteur plutôt que doubler les riffs de guitare, pour bâtir avec la grosse caisse un véritable « mur de briques ». Et quand il voulait salir encore davantage le propos, il jouait volontairement « une case plus haut que ce qu'[il] aurait dû, pour l'effet » — c'est le cas, raconte-t-il, sur Bloodlust, l'un des singles cultes de 1982. La dissonance comme intention esthétique : l'idée fera son chemin dans tout le black metal à venir.

On pense évidemment à Lemmy, l'autre grand bassiste britannique qui jouait comme un guitariste rythmique à travers des Marshall. Mais Cronos citait plus volontiers une influence inattendue : Geddy Lee, et en particulier les choix de notes peu orthodoxes de Xanadu, chez Rush. Un aveu qui rappelle que, derrière le personnage de démon de foire, il y avait un musicien qui écoutait attentivement.

Il jouait aux doigts, accordait en do dièse, et obtenait sa distorsion sans pédale dans la configuration qu'il décrivait en 2024 — l'ampli faisant le travail. Il avait aussi une habitude de luthier sauvage : faire retirer les frettes de ses basses à partir de la 12e case, pour obtenir des instruments mi-frettés, mi-fretless. Le détail est savoureux : le pionnier du son le plus brutal du metal jouait, dans les aigus, sur une touche lisse.

Le son Cronos : l'arsenal

Les basses

La plus mythique est une Gibson EB-3, achetée à ses débuts pour 50 livres et qui aurait appartenu, selon lui, à Andy Fraser, le bassiste de Free. Au fil des décennies, on l'a vu avec une Ibanez Destroyer Bass des années 80, une Aria Pro II SB-1000 (« J'utilise la série Aria SB 1000 », déclarait-il, ayant préféré ce partenariat à d'autres offres), ou encore une Fernandes Tremor rouge et noir, déjà amputée de ses frettes aiguës, photographiée au Party.San Open Air en 2013. Il évoquait aussi une basse sur mesure surnommée « The Behemoth », au manche renforcé pour encaisser des cordes extra-épaisses et la tension qui va avec.

L'amplification

Des têtes Marshall (une série 800, selon l'interview de 2024), une vieille tête Acoustic des années 70-80 qui n'est plus fabriquée — vraisemblablement le modèle 220, régulièrement associé aux enregistrements des premiers albums — et des baffles guitare 4×12 en haut-parleurs Celestion. Ce qu'il ne voulait pas ? Un Ampeg SVT : il affirmait ne jamais avoir réussi à obtenir son son avec.

Les effets

Une Big Muff d'Electro-Harmonix est associée à ses premières années. Plus tard, il affirmait avoir « beaucoup réduit » son pédalier ; les listes de matériel compilées à son sujet mentionnent un SansAmp Bass Driver DI de Tech 21 et une Boss MT-2 Metal Zone. Ces dernières informations proviennent toutefois de recensements communautaires et non d'une fiche technique officielle : à prendre avec la prudence d'usage.

Gravebasse - Photo Droits réservés

La gloire, les tournées et les premières fissures

Le milieu des années 80 est l'âge d'or du trio. En 1984, Venom publie At War With Satan, son disque le plus ambitieux, dont le morceau-titre occupe à lui seul une face entière du vinyle — un concept-album démoniaque de vingt minutes, à rebours de toute logique commerciale. Les shows du groupe sont devenus légendaires pour leur débauche de pyrotechnie, et les premières parties de l'époque donnent le vertige rétrospectivement : un jeune groupe californien nommé Metallica ouvre pour Venom en Europe, puis, en 1985 aux États-Unis, c'est au tour de Slayer et d'Exodus de partager l'affiche du « Combat Tour ». Cronos, des années plus tard, aura sur Metallica ce jugement typique de sa manière : « Ils ont fait quelques albums merdiques — ils seraient bien obligés de l'admettre. Mais les trois premiers, putain, géniaux. »

Possessed, en 1985, est moins inspiré, et Cronos lui-même ne se privera pas de le critiquer par la suite. Les tensions internes s'accumulent. Mantas s'en va ; deux guitaristes, Mike Hickey et Jimi Clare, le remplacent pour la scène, comme en témoigne le live Eine kleine Nachtmusik (1986), puis en studio sur Calm Before the Storm (1987). Peu après, c'est Cronos qui claque la porte, emmenant ses deux guitaristes avec lui. Venom continuera un temps sans lui, avec Tony « Demolition Man » Dolan à la basse et au chant et le retour de Mantas, pour trois albums — Prime Evil, Temples of Ice, The Waste Lands — qui ne retrouveront jamais l'aura des débuts.

Les années Cronos, les haltères et les piments

En 1988, Conrad lance un groupe à son propre nom : Cronos. Avec Hickey et Clare, il publie Dancing in the Fire en 1990, puis Rock 'n' Roll Disease. Un heavy metal plus direct, plus rock'n'roll, moins satanique, qui déroute une partie des fans. Il produit aussi d'autres groupes, mettant à profit ses années de studio.

La décennie révèle un personnage plus inattendu que le démon des pochettes. Cronos devient moniteur de fitness dans les années 90. Il est ornithologue amateur. Et il se passionne pour la culture des piments les plus féroces de la planète, le Carolina Reaper et le Naga. On ne le dirait pas en écoutant Witching Hour, mais l'homme qui chantait la gloire de Satan passait ses matinées à observer les oiseaux.

Retour, chute et résurrection

En 1995, l'impensable se produit : le trio originel se reforme. Le projet de troisième album de Cronos, qui devait s'appeler Triumvirate, est abandonné. Venom tête d'affiche au Dynamo Open Air aux Pays-Bas en 1996, et sort Cast in Stone en 1997. Mais la réconciliation ne tient pas : Abaddon s'en va, remplacé par Antton, le petit frère de Conrad, et l'album Resurrection paraît en 2000. Mantas quitte à son tour le groupe au début des années 2000.

Puis vient la chute, au sens propre. En 2002, Cronos est victime d'un grave accident d'escalade qui le tient éloigné de la musique pendant près de deux ans. Le chanteur de Venom profite de cette convalescence forcée pour reprendre des études d'informatique et travailler dans l'ingénierie multimédia. Puis il reconstruit Venom autour de lui. Avec Antton à la batterie et le guitariste Mykus, il publie Metal Black (2006) — titre-manifeste en miroir du disque de 1982 — et Hell (2008).

En 2009, la formation qui l'accompagnera jusqu'au bout se fixe : Rage (Stuart Dixon) à la guitare, Danté (Danny Needham) à la batterie. Dix-sept ans de stabilité, ce qui, à l'échelle de l'histoire chaotique de Venom, relève du miracle. Trois albums suivent : Fallen Angels (2011), From the Very Depths (2015) et Storm the Gates (2018). Cronos refusait d'être une pièce de musée : « Il faut évoluer. Je ne peux pas jouer Welcome to Hell pour le restant de mes jours. »

Gravebasse - PHoto Jonas Rogowski - Own work - Venom at Party.San Metal Open Air 2013

    Guerres fratricides

    Il est impossible de raconter Cronos sans raconter la guerre. En 2015, Mantas et Abaddon se retrouvent avec Tony Dolan sous le nom de Venom Inc. Deux Venom tournent désormais en parallèle, et les deux camps ne s'épargnent rien par médias interposés. Quand on demandait à Cronos ses chances de réunion avec ses anciens camarades, la réponse était cinglante : « Moins que zéro. Je ne leur dois rien, et ils n'ont rien que je veuille. »

    Le conflit a fini devant la justice britannique. Cronos a attaqué Tony Bray au sujet de la paternité des œuvres graphiques du groupe. Le 31 juillet 2025, l'Intellectual Property Enterprise Court de Londres lui a donné raison sur l'essentiel : le tribunal lui a reconnu la paternité du second logo de Venom (celui aux lettres hérissées et au V exagéré), de l'illustration « Goat Head Lucifer » et du sceau de Baphomet, tandis que le premier logo était attribué à Bray. Détail digne d'un polar : pour le sceau de Baphomet, ce sont des fautes d'orthographe dans les surnoms des membres griffonnés sur les croquis d'époque — présentes dans ceux de Bray et d'un autre membre, mais pas dans celui de Lant — qui ont pesé dans la décision. Et c'est Cronos qui avait conservé les esquisses.

    Au printemps 2026, au festival Keep It True en Allemagne, Mantas et Abaddon célébraient de leur côté les 45 ans de Welcome to Hell avec des invités. Le trio originel, lui, ne remontera plus jamais sur scène.

    C'est ce qui rend si poignant le message publié par Mantas après la mort de son ancien partenaire. Il y explique avoir appris la nouvelle deux jours avant qu'elle ne soit rendue publique et s'être tu par respect pour la famille. Il évoque l'amitié des premiers temps, cette mentalité « un pour tous, tous pour un », ce côté rebelle. Il ne cache rien de « l'histoire, des disputes, des insultes, des hauts et des bas et du fonctionnement dysfonctionnel de ce groupe ». Mais il conclut que la nouvelle « frappe fort », et qu'après en avoir parlé le jour même avec Abaddon, ils partagent le même sentiment : à eux trois, ils ont « changé la direction, le mouvement et l'histoire du metal tel que nous le connaissons ».

    Into Oblivion : le dernier chapitre

    Après huit ans de silence discographique, Venom publie le 1er mai 2026 son seizième album studio, Into Oblivion, chez Noise/BMG. Treize titres, dont les singles Lay Down Your Soul et Kicked Outta Hell, et des morceaux aux titres qui sonnent aujourd'hui comme des présages : Death the Leveller, Legend, Live Loud, Unholy Mother en clôture. « Cet album a vraiment repoussé les limites », déclarait Cronos à sa sortie, « mais si tu veux faire un album qui tue, tu le paies en sang, en sueur et en larmes. »

    La critique s'est montrée partagée — certains y ont entendu un disque brut et volontairement simple, fidèle à l'esthétique abrasive de toujours, d'autres un Venom un peu en pilote automatique. Rage le résumait par une formule : un disque « si différent, et pourtant si familier ». Personne ne pouvait savoir qu'il s'agirait d'un testament.

    Gravebasse - Photo Jonas Rogowski - Own work - Venom at Party.San Metal Open Air 2013

      Ce qui reste

      Que reste-t-il de Cronos ? D'abord un mot, « black metal », qui désigne aujourd'hui une galaxie entière de groupes, de sous-genres et de chapelles dont beaucoup n'ont plus grand-chose à voir avec le metal crasseux et goguenard de Newcastle — mais qui tous remontent à lui. Ensuite une esthétique de production : ce son lo-fi, granuleux, saturé, que Venom subissait faute de moyens et que des générations de groupes ont ensuite recherché délibérément, comme un idéal. Une iconographie, des sigils, un logo. Une manière de chanter qui a ouvert la voie aux voix extrêmes. Et une démonstration, pour nous autres bassistes : on peut être le moteur, la voix et le visage d'un groupe avec une quatre-cordes branchée dans un Marshall, sans jamais accepter de rester au fond de la scène.

      Il y avait chez Cronos une part de bateleur, de provocateur, de cabotin assumé — il le savait et en jouait. Il y avait aussi une intransigeance, une rancune tenace et un sens aigu de sa propre légende qui lui ont valu autant d'ennemis que de disciples. Mais l'histoire retiendra que trois gamins de Newcastle, avec un bassiste qui avait appris l'instrument en cinq jours, ont changé le cours du metal. Le titan Cronos dévorait ses enfants ; celui-ci les a laissés grandir, se multiplier et porter son nom jusqu'aux confins du monde.

      « Pendant plus de quatre décennies, la voix, la basse et la vision de Conrad ont été au cœur de Venom. »

      Communiqué de Venom, 1er octobre 2026

      Discographie studio de Venom

      Année Album Formation
      1981 Welcome to Hell Cronos, Mantas, Abaddon
      1982 Black Metal Cronos, Mantas, Abaddon
      1984 At War With Satan Cronos, Mantas, Abaddon
      1985 Possessed Cronos, Mantas, Abaddon
      1987 Calm Before the Storm Cronos, Abaddon, Hickey, Clare
      1989 Prime Evil sans Cronos
      1991 Temples of Ice sans Cronos
      1992 The Waste Lands sans Cronos
      1997 Cast in Stone Cronos, Mantas, Abaddon
      2000 Resurrection Cronos, Mantas, Antton
      2006 Metal Black Cronos, Mykus, Antton
      2008 Hell Cronos, Mykus, Antton
      2011 Fallen Angels Cronos, Rage, Danté
      2015 From the Very Depths Cronos, Rage, Danté
      2018 Storm the Gates Cronos, Rage, Danté
      2026 Into Oblivion Cronos, Rage, Danté

      Sous le nom de Cronos

      Dancing in the Fire (1990) · Rock 'n' Roll Disease (début des années 90). On l'entend aussi en invité sur le projet Probot de Dave Grohl (2004) et sur Chapter V de HammerFall (2005).

      Les dates de départ de Mantas puis de Cronos au milieu des années 80 varient légèrement selon les sources et les témoignages des intéressés.

      ✠ ✠ ✠

      Conrad « Cronos » Lant, 1963-2026. Lay down your soul.

      Ajouter un commentaire

      Commentaires

      Il n'y a pas encore de commentaire.