Né à Lisbonne en 1978, Gonçalo Almeida s'est imposé au fil des deux dernières décennies comme l'une des voix les plus singulières de la contrebasse dans le champ des musiques improvisées et expérimentales européennes. Installé depuis le milieu des années 2000 à Rotterdam, aux Pays-Bas, il a bâti une œuvre foisonnante qui refuse obstinément de se laisser enfermer dans une étiquette stylistique unique, naviguant avec la même aisance entre le jazz contemporain, le free jazz le plus abrasif, le jazzcore, l'improvisation libre et une forme de musique sonore proche de l'art contemporain.
Une formation entre Lisbonne et Rotterdam
C'est à Lisbonne que Gonçalo Almeida entame son parcours musical, en étudiant la contrebasse à l'école de jazz du Hot Club de Portugal avant de poursuivre sa formation au conservatoire classique de la capitale portugaise. Ce socle initial, à la fois populaire et académique, façonne déjà une approche de l'instrument qui ne se limitera jamais à un seul répertoire. Au milieu des années 2000, il rejoint le Rotterdams Conservatorium, où il complète sa formation auprès de figures reconnues de la contrebasse jazz néerlandaise telles que Hein van Geyn, Stefan Lievestro, Marius Beets et Peter Leerdman, jusqu'à l'obtention de son master en 2008. C'est précisément à Rotterdam, dans le sillage de ces études, que se noue une rencontre déterminante pour la suite de sa carrière : celle avec la trompettiste portugaise Susana Santos Silva et le batteur canadien Greg Smith, avec lesquels il fonde la même année le trio LAMA, projet qui deviendra l'un des piliers de son parcours et le premier grand véhicule de sa musique à l'international, publié notamment chez le label portugais de référence Clean Feed Records.
Rotterdam comme foyer d'une constellation de projets
Depuis son installation aux Pays-Bas, Gonçalo Almeida n'a cessé de multiplier les formations, dont il est le plus souvent le fondateur, le compositeur principal ou le contrebassiste permanent. Deux ans après LAMA, en 2010, il crée à Rotterdam le power trio Albatre, aux côtés du saxophoniste Hugo Costa et du batteur Philipp Ernsting, un projet qui pousse l'improvisation vers des territoires bien plus âpres, empruntant au punk, au metal et au noise, et qui a contribué à faire émerger la scène jazzcore néerlandaise aux côtés de formations comme Cactus Truck ou Dead Neanderthals. Dans un registre plus ancré dans la tradition du jazz libre, il fonde également The Attic, trio réunissant à l'origine trois figures marquantes de la scène improvisée portugaise, lui-même, le saxophoniste ténor Rodrigo Amado et le batteur Marco Franco, avant que ce dernier ne cède sa place au batteur néerlandais Onno Govaert ; le groupe publie plusieurs albums chez NoBusiness Records, dont Love Ghosts, salué par la critique du magazine All About Jazz comme l'un des sommets de la discographie de Rodrigo Amado.
Le contrebassiste est par ailleurs membre de longue date de Spinifex, sextet puis octet emmené par le guitariste Jasper Stadhouders qui fait se télescoper les musiques du monde, la composition contemporaine et l'improvisation la plus anarchique, ainsi que de The Selva, trio formé en 2016 avec le violoncelliste et électroniciste lisboète Ricardo Jacinto et le batteur Nuno Morão, qui explore une écriture instantanée à la croisée de plusieurs esthétiques. On le retrouve également au sein du trio du trompettiste Luís Vicente, où il partage la scène avec le batteur Pedro Melo Alves, ainsi que dans Hydra Ensemble, quatuor électroacoustique fondé à Rotterdam avec les violoncellistes Nina Hitz et Lucija Gregov et l'électronicien Rutger Zuydervelt, davantage connu sous son alias Machinefabriek, avec lequel Almeida entretient une collaboration particulièrement fertile, notamment en duo. Plus récemment, le duo Tabula Sonorum, formé avec le pianiste Bart van Dongen autour d'un travail de préparation instrumentale à l'influence minimaliste, et le duo Almeida & Bastien, aux côtés du musicien et sculpteur sonore français Pierre Bastien, illustrent la manière dont Gonçalo Almeida continue d'ouvrir de nouveaux chantiers, mêlant à la contrebasse amplifiée des objets sonores et des dispositifs mécaniques.
Une pratique de l'instrument résolument élargie
Ce qui distingue le travail de Gonçalo Almeida, au-delà de la diversité de ses collaborations, tient à son rapport physique et expérimental à la contrebasse elle-même. Ses enregistrements en solo, qu'il s'agisse d'Improvisations on Amplified and Prepared Double Bass paru chez Shhpuma en 2022 ou de Ciclos, publié la même année sur son propre label, témoignent d'une recherche approfondie sur les techniques étendues, la distorsion, le larsen et la préparation de l'instrument, dans une démarche qui interroge la notion même de temps musical et de structure à travers de longues formes en développement lent. Cette dimension sonore et presque sculpturale de son jeu trouve un prolongement naturel dans ses collaborations avec des artistes visuels, des chorégraphes, des poètes et des metteurs en scène, parmi lesquels Arnold Dreyblatt, la danseuse et chorégraphe Julyen Hamilton ou encore Rita Vilhena, qui l'ont amené à penser la contrebasse comme un objet scénique et sonore à part entière, autant que comme un instrument harmonique et rythmique.
Depuis le début des années 2000, cette activité intense l'a conduit à tourner à travers l'Europe, mais aussi aux États-Unis, en Inde et au Japon, aux côtés d'improvisateurs tels qu'Ab Baars, Balázs Pándi, Chris Speed, Carlos Zíngaro, Ig Henneman, Fred Lonberg-Holm, Jorrit Dijkstra, Luís Lopes, Martin van Duynhoven, Peter Jacquemyn ou Wilbert de Joode, autant de figures qui témoignent de l'étendue de son réseau au sein des scènes improvisées européennes.
Cylinder Recordings, un espace pour l'expérimentation partagée
Parallèlement à cette prolifique activité de sideman et de leader publiée sur des labels internationaux comme Clean Feed, Shhpuma, NoBusiness, Trytone ou encore FMR, Gonçalo Almeida a fondé son propre label numérique, Cylinder Recordings, conçu comme un espace de documentation plus intime et plus rapide que celui des circuits discographiques traditionnels. Ce label lui permet de partager au fil de l'eau les rencontres et les sessions improvisées qui jalonnent sa pratique quotidienne, de croiser des musiciens issus de projets différents et d'explorer de nouvelles pistes collaboratives sans attendre les délais d'une production classique, prolongeant ainsi, sur le plan éditorial, la logique de recherche permanente qui anime l'ensemble de son travail.
Une activité toujours aussi dense
Le rythme de travail de Gonçalo Almeida ne faiblit pas avec les années. Les saisons récentes ont vu paraître coup sur coup des albums tels que States of Restraint, enregistré en trio avec Susana Santos Silva et Gustavo Costa et publié chez Clean Feed en 2024, Dialogues and Shadows en duo avec Pierre Bastien, ou encore les albums de projets aussi variés que Lava Quartet, HyPoMaNiAc, The Monkious ou Roji, sans oublier la poursuite de ses aventures au long cours avec Spinifex, The Selva ou The Attic. Cette activité se double d'une présence scénique continue, avec des tournées régulières au Portugal, en Allemagne, en Autriche et ailleurs en Europe, qui confirment, près de vingt ans après ses débuts à Rotterdam, la place singulière que Gonçalo Almeida occupe aujourd'hui dans le paysage de la contrebasse improvisée : celle d'un musicien-chercheur pour qui chaque projet, chaque rencontre et chaque disque constitue une nouvelle façon d'interroger les possibilités de son instrument.
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