Lancée il y a plus de dix ans, la Radius fabriquée en République tchèque revient sur le devant de la scène avec des tables en zébrano, en érable quilté et en loupe de peuplier. L'occasion de regarder de près une headless pensée pour les bassistes qui ont grandi avec une Precision entre les mains.
Couper la tête pour régler un problème de poids
Certaines inventions naissent d'une idée lumineuse, d'autres d'une contrariété. Celle de Ned Steinberger appartient à la seconde famille. Selon le récit qu'en fait aujourd'hui NS Design, tout commence en 1974 à la Brooklyn Woodworkers Co-op, à New York. Ned a 26 ans, il dessine des sièges et du mobilier, et il croise un guitariste et luthier nommé Stuart Spector. Le jeune designer découvre que l'ergonomie d'une chaise et celle d'une basse électrique posent au fond les mêmes questions. De leur collaboration sortira la Spector NS, dont les initiales n'ont rien de mystérieux, et dont la lignée figure toujours au catalogue de Spector un demi-siècle plus tard.
Reste un défaut que tout bassiste connaît : la plongée du manche. Quatre mécaniques lourdes perchées au bout d'un manche de 86 cm, et l'instrument pique du nez dès que la main gauche le lâche. La réponse de Steinberger tient en une phrase : si les mécaniques gênent au bout du manche, il suffit de les installer à l'autre bout. Et de couper la tête.
Au tournant des années 1980, cela donne la Steinberger Bass, un pavé noir en composite, sans tête et presque sans corps, que l'on verra entre les mains de Tony Levin ou de Geddy Lee. Ned Steinberger raconte avoir suivi le conseil de son professeur de sculpture au Maryland Institute College of Art, Ron Grow, en poussant le concept « aussi loin que possible, sans trop se soucier de la tradition ». En 1990, il fonde NS Design, installée à Nobleboro dans le Maine, et se fait un nom avec ses violons, violoncelles et contrebasses électriques.
La Radius, une headless qui ressemble à une basse
Avec la Radius, Steinberger fait le chemin inverse de sa Steinberger Bass. Présentée au NAMM 2012 dans une version fabriquée aux États-Unis, elle passe en production en République tchèque dès 2013 avec la CR5, une cinq-cordes affichée alors à 3 600 $ (environ 2 700 $ en prix de rue). La CR4 suit en 2014, puis vient une CR6 à six cordes que NS présente comme une édition limitée. Entre-temps, le magazine britannique Guitar & Bass a sacré la CR5 meilleure basse de plus de 1 000 £ de ses Guitar Awards 2014.
Tout se joue dans la forme. Là où la Steinberger d'origine ressemblait à un manche muni d'une batterie, la Radius garde un vrai corps à double pan coupé, une corne marquée et des proportions qu'un bassiste élevé à la Precision reconnaît sans effort. NS l'assume dans sa communication : l'objectif est d'offrir les avantages du sans-tête sans brusquer ceux qui ont appris sur les dessins de Leo Fender.
Le corps « Diradial » porte bien son nom, puisqu'il combine deux rayons de courbure. Le dos est cintré pour épouser le torse, la face avant est plus fortement bombée, et l'ensemble forme un léger coin qui oriente la basse vers la main droite tout en rendant la touche plus lisible. Comme il n'y a plus de tête, il n'y a plus de plongée : on lâche le manche, il reste où on l'a laissé. Une petite volute derrière le sillet sert de repère au pouce.
Ce qu'il y a sous le capot
Le manche Fusion. Il s'agit d'un manche vissé monobloc en érable, traversé par une âme continue en fibre de carbone et équipé d'une tige de réglage double action. Le carbone rigidifie l'ensemble, au bénéfice du sustain et de la définition, sans retirer au manche le toucher du bois. La touche de 24 cases affiche un rayon de 15 pouces (381 mm). Au bout, pas de mécaniques mais une plaque en aluminium creusée d'encoches qui reçoivent la boule des cordes, fabriquée pour NS par Hipshot.
L'accordage dans le corps. C'est le détail qui change la vie des amateurs de headless : la Radius accepte n'importe quel jeu de cordes classique à boule simple, en diapason long. Fini la chasse aux cordes à double boule. On coupe la corde à la bonne longueur, on la glisse dans sa fente, on tourne la molette. Le mécanisme autobloquant, breveté et dérivé de celui du violon électrique NS, est logé dans le corps. NS livre ses basses montées en D'Addario EXL170, en tirant léger. Le Bass Centre londonien précise que les cordes Omni Bass de la marque s'y montent aussi, de quoi rapprocher une version fretless du son d'une contrebasse.
Deux sources de son. L'électronique est le véritable argument de la série CR. Deux micros magnétiques EMG dessinés sur mesure pour NS cohabitent avec le système Polar, des capteurs piezo logés dans le chevalet. Le tout passe par un préampli actif alimenté en 18 volts, qui offre une belle marge dynamique avant saturation. Les commandes comprennent un volume général, des aigus et des graves actifs (coupure et accentuation), une balance entre magnétiques et piezo, un sélecteur trois positions pour les micros magnétiques et un second sélecteur trois positions qui modifie l'égalisation du piezo. Un seul potentiomètre suffit donc pour passer d'un son moderne et percutant à une couleur boisée, presque acoustique.
Le chevalet. Pièce monobloc en aluminium, elle aussi réalisée par Hipshot, réglable en hauteur et en angle, avec une vis six-pans par corde pour l'intonation. La clé est fournie, tout comme un kit d'outils, le manuel et une housse rembourrée à bretelles, dimensionnée pour entrer dans les coffres à bagages des avions de ligne.
Quatre, cinq ou six cordes : les cotes
| Modèle | CR4 | CR5 | CR6 |
|---|---|---|---|
| Accordage | Mi La Ré Sol | Si Mi La Ré Sol (ou Mi La Ré Sol Do) | Si Mi La Ré Sol Do |
| Diapason | 34" (864 mm) | 35" (889 mm) | 34" (864 mm) |
| Largeur au sillet | 40,6 mm | 47 mm | 52,3 mm |
| Écartement au chevalet | 19 mm | 18 mm | 17 mm |
| Longueur totale | 105,4 cm | 107,3 cm | 105,4 cm |
| Poids annoncé | 3,8 kg | 3,9 kg | 4,3 kg |
| Version fretless | Oui | Oui | Oui |
| Fabrication | République tchèque | République tchèque | République tchèque |
Deux points méritent une vérification avant achat. Les poids ci-dessus viennent de la fiche produit officielle (8,4, 8,6 et 9,5 livres), mais le tableau comparatif publié sur le même site annonce 3,23 kg pour toute la gamme, un chiffre qu'aucune autre source ne confirme. La touche pose la même question : l'annonce de lancement de NS et les revendeurs européens décrivent de l'ébène, alors que le tableau comparatif actuellement en ligne chez le fabricant mentionne du Richlite, un composite de papier et de résine. Si le détail compte pour vous, demandez confirmation au revendeur avant de commander.
Zébrano, érable quilté, loupe de peuplier : ce qui change
La nouveauté de cette fin 2026 tient surtout à l'habillage. En série, la CR Radius se décline en trois teintes satinées sur table en érable flammé : Amber, Natural et Charcoal. NS met désormais en avant trois tables dites exotiques, toutes en finition naturelle satinée : le zébrano et ses rayures franches, l'érable quilté et ses reflets en relief, la loupe de peuplier et ses nœuds tourbillonnants. La newsletter de la marque les présente comme les nouvelles venues du catalogue, tandis que le site officiel les range parmi les finitions personnalisées.
Aux États-Unis, Sweetwater vend ces versions en exclusivité, de 3 459 $ pour une CR5 en loupe de peuplier à 5 059 $ pour une CR6 fretless en zébrano au moment de nos relevés. En Europe, le Bass Centre de Londres les propose sur commande spéciale. En France, nous n'avons trouvé aucun revendeur affichant ces tables ni leur prix : il faudra passer par une commande spéciale auprès d'un revendeur NS.
Ceux qui la jouent
NS soigne son casting. Dans sa dernière lettre d'information, la marque cite le bassiste et luthier Selim Gürcan, qui dit avoir choisi la CR5 pour sa construction et pour l'étendue de sons que permettent le piezo et les EMG. Rick Marcel insiste sur la constance de l'instrument entre la scène et le studio, et sur un confort qui lui évite la fatigue. Noor Che'ree y voit l'instrument idéal du bassiste à tout faire.
Côté vidéos, la marque met en avant Nathan Navarro, bassiste très suivi sur YouTube, sur une CR6 avec son solo « Rogue », ainsi que Pepe Hernandez sur une CR5 en live avec « Son of a Beach », et Louis Ochoa.
Combien ça coûte en France ?
La Radius CR est distribuée en France par High Tech Distribution (HTD). Voici les prix publics relevés le 31 octobre 2026 :
- CR4 Amber Satin : 4 040 € chez Woodbrass (en stock internet)
- CR4 Charcoal Satin : 4 752 € chez Woodbrass
- CR4 Natural Satin : 4 040 € chez Sonovente (hors stock)
- CR5 Natural Satin : 4 250 € chez Sonovente (hors stock)
- CR5 fretless Natural Satin : 4 249 € chez Sonovente (hors stock)
- CR6 : aucun prix public relevé en France
Ceux que ce budget refroidit peuvent regarder les deux autres séries Radius. La NXTa, elle aussi fabriquée en République tchèque, troque le piezo et le préampli 18 V contre une électronique active/passive sans pile, alimentée par un chargeur dédié, en 4 ou 5 cordes. La WAV, fabriquée en Indonésie, conserve le piezo Polar avec un préampli 9 V, en version frettée uniquement ; elle avait été lancée en 2015 autour de 1 199 $ pour la quatre-cordes. Nous n'avons pas trouvé de prix français à jour pour ces deux séries.
Notre regard
La Radius n'est pas une nouveauté, et c'est plutôt rassurant : treize ans de production ont laissé le temps de corriger les défauts de jeunesse. Elle reste l'une des rares headless à réunir un format proche des basses classiques, un accordage qui accepte les cordes du commerce et une électronique piezo et magnétique qui élargit vraiment la palette, notamment en fretless. Au-delà de 4 000 € en France, elle s'adresse à des bassistes qui savent ce qu'ils cherchent : un instrument équilibré, facile à transporter, capable de passer d'un groove serré à une ligne boisée sans changer de basse. Les nouvelles tables jouent surtout sur le regard, et une loupe de peuplier sur une headless, ça ne passe pas inaperçu sur scène. Avant de signer, un essai s'impose pour vérifier le poids réel de l'exemplaire et la nature de sa touche.
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