Vingt-trois pouces de diapason, un corps en peuplier de 40 mm, un micro alnico et 200 livres sterling au compteur. Sur le papier, la petite dernière d'Ashdown coche toutes les cases du jouet. Dans les faits, elle pose une vraie question de lutherie — et elle arrive sur un segment beaucoup plus encombré, et beaucoup plus mal nommé, qu'on ne le croit.
Il y a des instruments qu'on regarde de haut jusqu'au moment où on les pose sur les genoux. La Capri-23 fait partie de cette famille-là. Ashdown, dont la réputation s'est bâtie sur des amplis à VU-mètre et sur trente ans de service dans les backlines européennes, propose depuis quelques saisons une gamme de basses électriques ; la Capri-23 en est l'expression la plus radicale, et la moins chère.
Radicale, parce que 23 pouces — 596 mm — ce n'est pas un « short scale ». C'est un demi-pas au-dessus du ukulélé basse. Là où la short scale classique s'arrête à 30 pouces et où les « mini » Ibanez et Squier campent à 28,6 pouces, la Capri-23 tranche neuf pouces dans la corde vibrante d'une Precision. Et elle prétend, malgré tout, s'accorder en mi-la-ré-sol standard.
C'est ce paradoxe qu'il faut examiner, parce qu'il conditionne tout le reste : le toucher, le timbre, la justesse, et jusqu'à la façon dont on doit placer cet instrument dans un parc de basses.
Piccolo, micro-basse, short scale : remettre les mots d'aplomb
Avant d'aller plus loin, une mise au point s'impose, car le vocabulaire circule mal en français et la confusion fausse toutes les comparaisons.
Une basse piccolo, au sens strict, est une basse accordée une octave au-dessus de l'accordage standard : mi2-la2-ré3-sol3, soit exactement les quatre cordes graves d'une guitare. Le diapason, lui, reste celui d'une basse — 34 pouces le plus souvent. On ne raccourcit pas l'instrument : on monte le son, en montant très légèrement les tirants. C'est une idée née au début des années 1970, développée en parallèle par Ron Carter (qui privilégie plutôt un la-ré-sol-do) et par Stanley Clarke, ce dernier sur une suggestion du luthier Carl Thompson. Carter la grave dès 1973 sur Blues Farm. Depuis, on trouve la piccolo chez John Patitucci (en six cordes, sur One More Angel), chez Michael Manring sur sa Zon Hyperbass, et jusque chez Joey DeMaio de Manowar, qui en a fait un instrument de bataille.
Une micro-basse — ou mini bass, ou ultra short scale — c'est autre chose. On raccourcit physiquement le diapason, en dessous de 25 pouces, et on compense par des tirants énormes pour conserver l'accordage grave standard. Le son reste dans le registre de basse ; c'est l'ergonomie et le timbre qui changent.
Le point qui change tout
La Capri-23 est une micro-basse, pas une piccolo. Elle s'accorde mi-la-ré-sol comme n'importe quelle basse, à l'octave grave. Son jeu de cordes maison, en tirants .065 / .085 / .105 / .125, ne laisse aucun doute : ce sont des tirants de cinq-cordes, choisis précisément pour tenir un mi grave à 41 Hz sur 596 mm. Une piccolo, à l'inverse, tourne autour de tirants de .020 à .040.
Le raccourci est courant chez les revendeurs et sur les forums francophones — il est faux, et il conduit à comparer la Capri-23 à des instruments qui ne font pas le même métier.
Cela ne veut pas dire que la comparaison avec les piccolos est vaine : les deux familles répondent au même désir — jouer de la basse autrement, plus haut sur le manche, plus près de la guitare — mais par deux chemins opposés. Nous y reviendrons dans le comparatif.
Ashdown, fabricant de basses : une histoire plus sérieuse qu'il n'y paraît
Ashdown Engineering naît en 1997 sous l'impulsion de Mark Gooday, qui vient de quitter Trace Elliot après le retrait de Kaman du Royaume-Uni. Le nom vient de la famille de son épouse ; l'écusson s'inspire du badge Austin-Healey, souvenir des passions automobiles du fondateur. Pendant vingt ans, la maison ne fait pratiquement que de l'amplification — têtes, combos, baffles, puis pédales, puis une branche guitare et une filiale de câblage à la main baptisée Hayden.
Le tournant date de 2020. Une rencontre fortuite à Chicago entre Mark Gooday et Dan Lakin — fondateur de Lakland, puis de D. Lakin Guitars — débouche sur une gamme de quatre basses co-signées : Low Rider, The Saint, The Arc, The Grail. Corps en aulne, manche érable huilé à la main, touche palissandre, 20 frettes, diapason 34 pouces, mécaniques sous licence Hipshot, chevalets Wilkinson, sillet en os. Fabrication coréenne, tarifs autour de 1 200 à 1 300 dollars.
La gamme Roasted, à laquelle appartient la Capri-23, arrive ensuite comme une déclinaison abordable de ce travail : manches en érable torréfié, fabrication chinoise, prix divisés par quatre. D'après les échanges rapportés sur TalkBass, Ashdown assume clairement cette répartition — la série Grail short scale reste coréenne, la série Roasted (Saint, Capri) est chinoise. C'est une information utile : on n'achète pas ici la lutherie Lakin, on achète un dessin issu de cette collaboration, produit ailleurs.
La gamme Roasted se lit aujourd'hui comme suit :
| Modèle | Diapason | Micros | Prix public UK |
|---|---|---|---|
| Roasted Saint | 34" | P/J | 329 £ |
| Roasted Saint Soap | 34" | Soapbars | 299 £ |
| Roasted Capri | 30" | Soapbars alnico chromés, potards type CTS | 299 £ |
| Roasted Capri-23 | 23" | Split coil PP alnico | 200 £ |
La Capri-23 n'est donc pas un modèle isolé : c'est la version raccourcie d'une Capri 30 pouces qui existe déjà, dépouillée de ses soapbars au profit d'un split coil simple, et vendue cent livres moins cher.
La bête en détail
Le cahier des charges tient en une phrase : faire tenir une basse jouable dans un format de guitare de voyage, sans dépasser la barre symbolique des 200 livres.
Le corps est en peuplier, épaisseur 40 mm — un bois léger, neutre, sans grande signature acoustique, mais parfaitement cohérent avec l'objectif de poids. La découpe est décrite comme « offset compacte » : ni Precision, ni Jazz, une silhouette propre à la maison, dont l'équilibre profite du fait que le manche court ne déporte presque rien vers l'avant.
Le manche est la vraie carte de visite : érable torréfié, touche érable torréfié également, profil en C, finition mate. La torréfaction est ici un vrai argument et pas seulement une mode esthétique — sur un instrument bon marché destiné à voyager, la stabilité hygrométrique gagnée compte davantage que sur une basse de studio. Truss rod double action, 20 frettes en acier inoxydable (rare à ce prix), rayon de touche 350 mm, repères points noirs de 6 mm.
L'électronique est volontairement primitive : un micro split coil PP alnico, un volume, une tonalité, boutons chromés. Rien d'actif, rien de commutable. Le chevalet est un modèle « mini bass » à pontets cuivre, les mécaniques sont des die-cast standard. Une housse matelassée Ashdown est fournie, et la maison annonce cinq ans de garantie.
Le pari physique du 23 pouces
C'est ici que l'instrument devient intéressant, et c'est ici que la plupart des présentations commerciales s'arrêtent.
Raccourcir un diapason de 34 à 23 pouces, c'est ramener la longueur vibrante à 68 % de sa valeur — et donc, à tirant et à hauteur de note constants, la tension à 46 %. Sans compensation, une Capri-23 montée en tirants classiques serait injouable : des spaghettis. Ashdown compense donc par le seul levier disponible, la masse linéique, en montant des tirants de cinq-cordes.
Le résultat est instructif. En comparant, corde à corde, le jeu maison sur 23" à un jeu long scale standard (.045-.105 sur 34"), à construction comparable, on obtient les rapports de tension suivants :
| Corde | Capri-23 (23") | Référence 34" | Tension relative |
|---|---|---|---|
| Sol | .065 | .045 | ≈ 95 % |
| Ré | .085 | .065 | ≈ 78 % |
| La | .105 | .085 | ≈ 70 % |
| Mi | .125 | .105 | ≈ 65 % |
Ordres de grandeur calculés à partir des lois d'échelle de la corde vibrante, en supposant des constructions comparables ; les valeurs réelles varient selon le rapport âme/filage de chaque fabricant.
La lecture est nette : le sol retrouve une tension pratiquement normale, mais plus on descend, plus la corde se relâche — le mi grave tourne autour des deux tiers de la tension d'un mi de Precision. Ce n'est pas un défaut, c'est un choix, et il explique littéralement tout ce qu'on lit dans les avis d'utilisateurs : « wonderful low tension », « a very forgiving feel ». Le toucher est indulgent, la main gauche ne force jamais, mais le mi grave demande une main droite mesurée sous peine de fretter.
Le diapason court ne fait pas que rapprocher les frettes. Il change la nature acoustique de la corde elle-même.
Deuxième conséquence, moins évidente et plus déterminante pour le timbre : l'inharmonicité. Une corde réelle n'est pas idéale, elle possède une raideur en flexion, et cette raideur pousse les partiels légèrement au-dessus de leurs multiples exacts. Le phénomène croît avec le diamètre et décroît avec la longueur. Un .125 tendu sur 596 mm cumule donc les deux pénalités : c'est une corde grosse et courte, la configuration la plus défavorable qui soit. Les harmoniques s'étirent, le fondamental s'affaiblit par rapport aux partiels, et le grave perd en profondeur ce qu'il gagne en présence médiane.
C'est exactement le son que décrivent les revendeurs quand ils parlent d'un timbre « plumby » — pruneau, dodu, un peu mat — avec « une bonne dose de thump chaleureux ». Ce n'est pas de la prose marketing : c'est la description acoustiquement correcte de ce qui se passe quand on fait sonner un gros mi sur une corde très courte. Le voisinage sonore n'est pas celui d'une Jazz Bass, c'est plutôt celui d'une Höfner à cordes flat, d'un ukulélé basse, ou d'une contrebasse enregistrée avec un micro sourd.
Troisième conséquence, pratique celle-là : la justesse. Sur 596 mm, l'écart entre deux frettes aiguës descend sous les dix millimètres, et la compensation nécessaire au chevalet devient proportionnellement bien plus grosse. Une erreur de réglage qui passerait inaperçue sur 34 pouces s'entend immédiatement ici. C'est la raison pour laquelle le chevalet à pontets réglables et le truss rod double action ne sont pas un luxe sur cet instrument, et c'est aussi pourquoi la qualité du réglage sorti d'usine est, sur ce format, un critère d'achat plus important que le bois du corps.
La concurrence : trois cercles concentriques
Comparer la Capri-23 « aux basses piccolo » revient à comparer un vélo pliant à un vélo de course sous prétexte qu'ils ont deux roues. Le marché se structure en réalité en trois cercles, et la Capri-23 n'occupe le même terrain que dans le premier.
Cercle 1 — Les vraies rivales : l'ultra-court (≤ 25")
C'est le segment de la Capri-23, et il est étonnamment peu peuplé.
| Modèle | Diapason | Cordes | Électronique | Prix indicatif |
|---|---|---|---|---|
| Ashdown Roasted Capri-23 | 23" / 596 mm | Acier filé nickel .065-.125 | Split coil alnico passif, V/T | 200 £ / 399 $ |
| Kala Solid Body U•BASS | 23,5" | Polyuréthane (jeux acier flatwound .049-.109 disponibles) | Micro dédié, versions frettée et fretless, 4 et 5 cordes | 349–479 $ |
| Gold Tone ME-Bass | 23" | Aquila polymère « Thunderblack » (acier possible) | Préampli actif 9 V, volume + boost grave/aigu | 630 $ |
| Gold Tone M-Bass | 23" | Polymère | Électro-acoustique | ≈ 630 $ |
| JET JB-300 Travel | 23" | Acier .050-.110 | 2 micros type JB, 2 volumes + 1 tonalité, passif | 409 € (PPC) / 319 £ |
Kala Solid Body U•BASS est la rivale la plus connue, et la comparaison est d'autant plus parlante que les deux instruments résolvent le même problème par des moyens opposés. Kala compense le diapason ultra-court par des cordes en polyuréthane — massives, molles, très denses — qui produisent un son étonnamment proche d'une contrebasse amplifiée, mais avec une attaque caoutchouteuse, une tenue d'accord capricieuse à froid et un toucher qui déroute la plupart des bassistes électriques. Ashdown, lui, reste sur de l'acier filé nickel : on garde l'attaque, la brillance résiduelle, la réponse familière sous les doigts, au prix d'un grave moins profond. Kala décline sa gamme en fretless et en cinq cordes, ce qu'Ashdown ne propose pas ; Kala coûte aussi 40 à 80 % de plus au tarif US, et Ashdown fournit la housse.
Gold Tone, avec ses ME-Bass et M-Bass, joue à 23 pouces également, mais dans un registre plus « boutique » : acajou, 24 frettes, sillet en os, chevalet ébène à compensation réglable, préampli actif, poids annoncé de 2,5 kg, réglage effectué en Floride avant expédition. À 630 dollars, on est à un tout autre étage tarifaire — c'est l'option de celui qui veut une micro-basse sérieuse et non une seconde basse d'appoint.
Reste la JET JB-300 Travel, et c'est de loin l'affrontement le plus serré du comparatif — au point qu'on croirait les deux instruments issus du même cahier des charges. Même diapason de 23 pouces, même corps en peuplier (torréfié chez JET), même manche et même touche en érable torréfié, même truss rod double action, même choix de cordes acier en accordage standard. Les différences sont ailleurs, et elles sont instructives.
JET met deux micros type Jazz Bass avec deux volumes et une tonalité, là où Ashdown se contente d'un split coil et de deux potards : sur le papier, la palette sonore est sans comparaison, et le mélange des deux micros ouvre le registre slap que la Capri-23 n'atteindra jamais. JET ajoute un sillet en os — un vrai plus à ce niveau de prix — et un rayon de touche de 12 pouces, plus plat que les 350 mm d'Ashdown. En face, la Capri-23 conserve deux avantages concrets : 20 frettes en acier inoxydable contre 19 frettes ordinaires, et une housse fournie quand JET livre l'instrument nu. Ajoutons la garantie : cinq ans chez Ashdown, un an chez JET (trois pour les adhérents d'un programme de fidélité revendeur).
Mais la vraie divergence est dans les cordes, et elle change tout le toucher. JET monte un jeu .050-.110 là où Ashdown impose du .065-.125. Sur le même diapason de 596 mm, en appliquant la même méthode qu'au chapitre 4, la JET tombe à environ 50 % de la tension d'une long scale sur le mi grave et 57 % sur le sol, contre 65 % et 95 % pour la Capri-23. Autrement dit : la JET est nettement plus molle, plus proche de la sensation « jouet » que redoutent les sceptiques de l'ultra-court, tandis qu'Ashdown a délibérément choisi de tendre son instrument au maximum de ce que le format autorise. Ce n'est pas une question de meilleur ou de moins bon, c'est un arbitrage — mais il faut le connaître avant d'acheter à l'aveugle, parce que les deux fiches techniques se ressemblent au point d'être interchangeables.
Le prix tranche enfin le débat pour beaucoup : 409 € de prix public conseillé chez JET, autour de 319 £ en prix de rue britannique, contre 265 € pour l'Ashdown en France. Cinquante pour cent d'écart environ, en faveur de la Capri-23 — housse comprise. À l'inverse, JET bénéficie d'une distribution européenne autrement plus dense (Kytary, Bax, Gear4music, Musicmax), donc d'une possibilité d'essai et de retour bien plus confortable.
Au-delà de ces quatre-là, le segment se peuple surtout d'artisanat et de raretés : microbasses Liuteria 3g en Italie, VB Custom Travel Bass, Savannah Lightning, Jay Turser JTB-40 devenu introuvable, Greg Bennett Corsair MCR-1 hors production. La pièce n'est donc pas vide — mais elle est petite, et la Capri-23 y entre par la porte du prix le plus bas.
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