Charvel Sleep Token III Signature Pro-Mod San Dimas Bass V : la signature de III

Publié le 27 août 2026 à 08:25

Multi-diapason 34,4"–35,5", micros Fishman Fluence Soapbar à trois voix, chevalet monocorde, érable caramélisé : sous ses inlays en point d'interrogation et ses caches rouges, la signature du bassiste III de Sleep Token est un instrument de métal moderne d'une cohérence technique presque clinique. Décryptage complet, spécification par spécification, à 1 649 €.

Il y a deux façons de regarder une basse signature. La première consiste à compter les logos : combien de références au groupe, combien de symboles ésotériques gravés dans la touche, combien de raisons de la reposer au mur du magasin quand on n'écoute pas le groupe en question. La seconde consiste à lire la fiche technique en ignorant le nom sur la tête. C'est là que la Sleep Token III Signature Pro-Mod San Dimas Bass V devient intéressante : débarrassée de sa mythologie, il reste une cinq cordes multi-diapason à micros actifs Fishman, chevalet monocorde et manche renforcé graphite, vendue moins de 1 700 € — c'est-à-dire exactement le cahier des charges d'un instrument de scène moderne, sans le supplément boutique.

Annoncée le 26 août 2026 par Charvel aux côtés d'une Jackson Monarkh SC signature pour le guitariste IV, elle est immédiatement disponible chez les revendeurs autorisés. Elle est affichée à 1 649 € en Europe, 1 599,99 $ aux États-Unis, 1 399 £ au Royaume-Uni, sous la référence 2965051303.

Sleep Token, III, et pourquoi Charvel maintenant

Sleep Token n'a plus besoin de présentation, et c'est précisément le problème d'un groupe qui a construit son identité sur l'anonymat. Membres masqués, désignés par des chiffres romains — le chanteur Vessel, le batteur II, le bassiste III, le guitariste IV —, discours institutionnel réduit au minimum, et une trajectoire commerciale qui a fait exploser tous les compteurs : Take Me Back to Eden (2023) puis Even in Arcadia (mai 2025), numéro un dans plusieurs marchés, tête d'affiche de Download, arénas remplies aux États-Unis. Le tout sur une esthétique musicale que Charvel résume assez honnêtement dans son argumentaire : des riffs pondérés djent, des atmosphères pop cinématiques et des textures R&B.

Pour un bassiste, cette combinaison est un cahier des charges technique déguisé en manifeste artistique. Le répertoire de Sleep Token demande, souvent dans le même morceau, un grave sub qui tient la charge sur des riffs accordés très bas, et une voix médium articulée capable de porter une ligne mélodique nue au-dessus d'un piano. Deux besoins contradictoires, qui expliquent à la fois l'architecture de cette basse et celle du rig de scène de III — sur lequel nous revenons plus bas.

Côté marque, le choix de Charvel plutôt que Fender ou Jackson n'est pas anodin. Charvel n'a jamais été un constructeur de basses prolifique ; la gamme Pro-Mod San Dimas Bass y tient une place discrète, essentiellement des quatre cordes PJ passives. Confier à cette plateforme une cinq cordes multi-diapason à électronique active, c'est un saut de catégorie assumé, et probablement le vrai signal de l'opération : Fender teste sur une signature très visible un modèle de basse métal moderne qu'il ne possédait pas au catalogue.

L'essentiel en un coup d'oeil

  • Modèle : Charvel Sleep Token III Signature Pro-Mod San Dimas Bass V (réf. 2965051303)
  • Sortie : 26 août 2026, disponible immédiatement
  • Prix : 1 649 € / 1 599,99 $ / 1 399 £ / 2 699 $AU / 258 500 ¥
  • Configuration : 5 cordes, multi-diapason 34,4"–35,5", 24 frettes jumbo
  • Électronique : deux Fishman Fluence Bass Soapbar + EQ active 2 bandes
  • Livrée avec : housse deluxe Charvel (réf. 2970000503), garantie 2 ans

Le multi-diapason : 1,1 pouce qui change tout

C'est la spécification structurante de l'instrument. Le diapason va de 35,5" (902 mm) côté si grave à 34,4" (874 mm) côté sol, les frettes s'éventant progressivement entre les deux. Le principe est physique, pas cosmétique : à tirant et hauteur de note égaux, allonger la corde augmente sa tension. Un si grave sur 35,5" est donc plus tendu, plus défini, moins sujet au « flappy » caractéristique des cinq cordes courtes accordées bas — un problème qui devient franchement critique quand le groupe descend d'un demi-ton ou plus, ce qui est le régime normal chez Sleep Token.

À l'autre bout, raccourcir le sol à 34,4" conserve une corde aiguë souple, agréable au vibrato et au bend, et évite le défaut inverse : la cinq cordes 35" uniforme, très bonne en bas, rigide et clinquante en haut.

L'écart retenu — 1,1 pouce, soit 28 mm — est ici volontairement modeste. Chez Dingwall, l'inventeur populaire du genre, l'éventail atteint couramment 37"–34,25", soit près de trois pouces. La conséquence est directe et vaut d'être dite clairement à qui n'a jamais joué de frettes éventées : sur cette Charvel, l'adaptation est quasi immédiate. Guitar World, qui a testé l'instrument, parle de quelques minutes d'ajustement, la main gauche épousant naturellement l'inclinaison des frettes parce qu'elle est très proche de l'angle que le poignet prend déjà spontanément. C'est un multi-diapason d'entrée dans le genre, pas un instrument de spécialiste.

Corollaire de cette architecture : un chevalet monocorde Charvel, chaque corde disposant de sa propre embase réglable individuellement en intonation, en hauteur et latéralement — obligatoire dès lors que les points d'attache sont désalignés, et accessoirement un vrai confort de réglage au quotidien.

Corps, manche, touche : le choix du léger et du stable

Un corps peuplier, et c'est cohérent

Le corps est en peuplier, forme San Dimas, finition brillante noire. Le peuplier a mauvaise presse par association — c'est un bois d'entrée de gamme fréquent — mais c'est un raccourci fatigant. Sur une cinq cordes multi-diapason destinée à deux heures de scène, sa densité modérée est un argument : l'instrument reste maniable, et son caractère tonal neutre à médium légèrement présent n'entre pas en concurrence avec une électronique active qui, elle, fait déjà tout le travail de mise en forme. Guitar World décrit d'ailleurs un corps « résonnant » et une lutherie propre, avec un seul reproche cosmétique : un défaut de finition sur le bord du canal de truss rod.

Érable caramélisé et renfort graphite

Le manche vissé et la touche sont en érable caramélisé (torréfié), finition satinée. La torréfaction chasse l'humidité résiduelle et une partie des sucres du bois : le résultat est un manche plus stable face aux variations hygrométriques, plus léger, à l'attaque légèrement plus sèche et immédiate. Charvel ajoute des renforts graphite et un truss rod double action à molette — le réglage se fait à la base du manche sans démonter quoi que ce soit, détail qui, sur une cinq cordes qu'on transporte de salle en salle, cesse vite d'être un détail.

Profil, radius, frettes

La touche adopte un radius composé 12"–16" : plus bombée au sillet pour le confort des accords et des positions basses, plus plate en haut du manche pour autoriser une action très basse sans frisage sur les tirés. Elle porte 24 frettes jumbo et un sillet phénolique de 45,72 mm (1,8"). Cette largeur mérite d'être notée : c'est une cote plutôt resserrée pour une cinq cordes, dans la lignée des manches rapides façon Ibanez plutôt que des cinq cordes larges à espacement 19 mm. C'est un instrument pensé pour la vélocité et le jeu au médiator, pas pour le slap à espacement confortable. Le testeur de Guitar World, lui, tranche : « l'un des manches de cinq cordes les plus confortables que j'aie jamais joués ».

« L'un des manches de cinq cordes les plus confortables que j'aie jamais joués. »Guitar World, test de la Charvel Sleep Token III Signature Bass V (4,5/5)

Fishman Fluence : trois voix, et la vraie raison d'acheter cette basse

Deux Fishman Fluence Bass Soapbar en configuration HH, caches rouges spécifiques au modèle. La technologie Fluence mérite un rappel, parce qu'elle est encore mal comprise : au lieu d'un bobinage de fil de cuivre, la bobine est constituée de couches de cuivre gravées sur circuit imprimé, empilées avec une précision impossible à obtenir au bobinage traditionnel. Deux conséquences pratiques : un bruit de fond et des pertes par courants de Foucault drastiquement réduits, et surtout la possibilité de graver plusieurs bobines distinctes dans le même micro et de commuter de l'une à l'autre. Ce ne sont pas des filtres appliqués à un son unique : ce sont des micros différents dans le même boîtier.

Sur le jeu Bass Soapbar, les trois voix documentées par Fishman sont les suivantes :

  • Voix 1 — classique, gras et rond. Fonctionnement passif, pic de résonance autour de 2 kHz : le son humbucker vintage, chaleureux, mid-forward.
  • Voix 2 — pleine bande, pleine dynamique. Active, pic autour de 7 kHz en contour médium (ou 2,7 kHz en médium plat) : le son moderne « hi-fi scoopé », funk, avec une extension d'aigus que la voix 1 n'a pas.
  • Voix 3 — single coil. Le comportement des deux premières voix, mais avec la fenêtre de captation d'une Jazz Bass : plus étroite, plus nasillarde, plus mordante.

La sélection se fait par un mini-switch trois positions. À cela s'ajoutent une EQ active Fishman deux bandes (grave/aigu) et un contrôle volume + balance à boutons dôme. Le testeur de Guitar World signale également une fonction tirette sur le potentiomètre de volume donnant accès à un son splitté façon Jazz Bass — la fiche officielle Charvel ne mentionnant qu'un mini-switch trois positions et une EQ deux bandes, la répartition exacte des fonctions entre le switch et la tirette reste à confirmer sur un exemplaire en main.

Point pratique rarement mentionné dans les communiqués : le système est alimenté par pile, avec une consommation annoncée par Fishman de 3,5 mA par micro et une autonomie d'environ 60 heures pour deux micros et l'EQ. C'est peu pour un instrument de tournée. Une pile neuve à chaque série de dates, et un jack débranché entre les sets, restent la règle.

Musicalement, l'intérêt de ce triptyque est évident au regard du répertoire visé : la voix 2 avec un peu de grave et d'aigu donne le son sub + définition de médiator qui porte les passages djent ; la voix 1 en position manche, EQ à plat, ramène l'instrument vers un son rond et compact utilisable sur les ballades ; la voix 3 fournit le mordant type Jazz Bass pour ressortir dans un mixage saturé. Guitar World résume : « étonnamment polyvalente » pour un usage studio bien au-delà du métal.

Accastillage et signalétique scénique

Le reste de l'équipement est cohérent avec l'usage scène :

  • Mécaniques Hipshot Ultralite : allègement significatif de la tête, donc réduction du déséquilibre en bandoulière — problème classique des cinq cordes à long diapason.
  • Repères latéraux Luminlay : matériau photoluminescent qui reste visible dans le noir après exposition à la lumière. Sur une production scénique aussi obscure que celle de Sleep Token, ce n'est pas un gadget.
  • Attaches-courroies à verrouillage d'origine, accastillage noir intégral.
  • Cordes D'Addario EXL170-5SL nickel filé rond, tirant .045–.130, en version super long scale — imposée par le diapason.
  • Housse deluxe Charvel incluse (réf. 2970000503) ; pas d'étui rigide, contrairement à la Jackson signature de IV livrée en étui.

Côté identité visuelle : noir intégral, caches de micros rouges, repères de touche « custom » — en pratique, le point d'interrogation emblématique du groupe — et une tête inversée. La fiche technique officielle la décrit comme reverse licensed Precision Bass, tandis que plusieurs communiqués de presse parlent d'une tête Stratocaster inversée : c'est la première formulation, celle du fabricant, qui fait foi. C'est aussi le point sur lequel l'instrument divise le plus : le look est très marqué, et Guitar World en fait explicitement le principal frein pour un acheteur qui n'écoute pas le groupe.

Ce que disent les premiers tests

Réception

Guitar World, seul média à avoir publié un test complet à ce stade, note l'instrument 4,5/5, avec 5/5 sur la jouabilité et 4,5/5 sur la qualité de fabrication, et souligne un réglage d'usine soigné. L'instrument est fabriqué en Indonésie, ce qui est la norme sur cette catégorie de prix et n'a plus grand-chose à voir avec les productions asiatiques d'il y a quinze ans.

Les points forts relevés

  • Confort du manche et adaptation immédiate à l'éventail
  • Polyvalence réelle des Fluence, bien au-delà du métal
  • Fabrication et réglage sortie d'usine
  • Rapport équipement/prix agressif

Les réserves

  • Esthétique très typée, difficile à assumer hors du fandom
  • Un défaut de finition constaté sur le bord du canal de truss rod
  • Housse et non étui rigide à ce prix
  • Sillet resserré : à essayer si l'on a de grandes mains ou un jeu slap

Reproduire le son de III : la basse ne suffit pas

Acheter la signature ne donne pas le son du disque, et il est honnête de le dire. Sur scène, III joue des Charvel Custom Shop — des quatre cordes à diapason allongé accordées si-mi-la-ré et des cinq cordes multi-diapason accordées un demi-ton plus bas —, toutes équipées de micros Fishman Fluence. La signature Pro-Mod est donc bien la déclinaison série d'un instrument réellement utilisé, ce qui n'est pas toujours le cas dans cette catégorie.

Mais l'essentiel de la signature sonore se joue en aval. La chaîne décrite dans les analyses de son rig comprend un compresseur Origin Effects Cali76, une overdrive Way Huge Pork & Pickle, des effets de modulation et d'octave, et un Gamechanger Audio Plasma Coil. Surtout, le signal est séparé par un Lehle P-Split vers deux Neural DSP Quad Cortex identiques, exploités en deux chaînes parallèles : l'une dédiée au poids sub, l'autre à un son plus clair et articulé dans le haut du spectre.

C'est une architecture de production, pas de basse : le grave est traité comme un canal de sub, l'articulation comme un canal d'instrument, et les deux sont recomposés au mixage. À retenir pour quiconque achèterait l'instrument en espérant le son de Vore en branchant dans un combo — la basse fournit la matière première (définition du si grave, voix commutables, absence de bruit), l'architecture du signal fait le reste.

Le groupe a d'ailleurs accompagné le lancement d'une version instrumentale de « Vore » (extrait de Take Me Back to Eden, 2023) filmée avec les deux nouveaux instruments — la démonstration la plus utile disponible à ce jour, puisqu'elle isole précisément ce que les deux signatures produisent en contexte.

Positionnement : à qui elle prend des parts de marché

À 1 649 €, la Charvel arrive sur un segment déjà occupé, et elle y arrive bien armée :

Modèles Caractéristiques
Ibanez SRMS725 ≈ 1 499 $ — micros Fluence et frettes éventées également ; manche SR très fin, corps plus léger, esthétique neutre. Le concurrent frontal.
Cort A5 Ultra Ash ≈ 1 499 $ — électronique Fishman, mais diapason unique. Plus polyvalente « toutes musiques », moins spécialisée.
Dingwall NG-3 5 ≈ 3 395 $ — la référence du multi-diapason, éventail bien plus large, deux fois le prix.

Autrement dit : la Charvel se place au niveau de l'Ibanez en équipement, avec un chevalet monocorde, un manche renforcé graphite et un accastillage Hipshot qui la placent techniquement au-dessus de la moyenne du segment — et un habillage qui la rend, elle, immédiatement identifiable. Ce sera selon les acheteurs un argument ou un handicap. C'est, en réalité, la seule question qui reste à trancher devant cet instrument.

Verdict

Il faut faire l'effort de séparer les deux couches. La couche visible — le noir, le rouge, le point d'interrogation, le nom d'un groupe masqué — vise un public précis et le vise très bien. La couche technique, elle, ne doit rien au marketing : un multi-diapason accessible, une électronique Fishman à trois voix commutables qui couvre honnêtement du vintage au moderne, un chevalet monocorde, un manche stabilisé et allégé, un accastillage de scène complet, le tout au prix d'une bonne cinq cordes de série. Sur le papier comme sous les doigts des premiers testeurs, l'équation tient.

Pour le bassiste métal moderne qui hésitait à passer aux frettes éventées sans vouloir monter à 3 000 €, c'est aujourd'hui l'une des portes d'entrée les mieux dessinées du marché. Pour tous les autres, la question sera toujours la même : est-on prêt à porter le blason ?

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