Guild Starfire I Bass : le thump vintage à portée de main

Publié le 25 juillet 2026 à 09:17

Il existe des basses qui traversent les décennies sans jamais devenir des objets de musée. La Guild Starfire fait partie de celles-là. Née en 1965 dans les ateliers de Hoboken, elle a porté le bas du spectre d'une bonne partie de la musique américaine des années soixante avant de disparaître des catalogues, puis de revenir par la porte de la Newark St. Collection, la série dans laquelle Guild réédite ses modèles historiques à des tarifs raisonnables. La Starfire I Bass actuelle est l'héritière directe de cette lignée : une basse à corps creux, à diapason court, avec un seul micro et deux boutons, qui ne cherche pas à tout faire mais qui fait remarquablement bien ce pour quoi elle a été dessinée.

Une réédition, pas une copie

Guild avait sorti sa première basse Starfire en 1965, dérivée de la guitare Starfire IV et clairement inspirée de la Gibson EB-2 apparue quelques années plus tôt. Le modèle d'origine ne possédait qu'un micro, un Hagström Bisonic placé en position manche, avant que la Starfire II à deux micros n'arrive en 1967. Corps en acajou lamellé, diapason court, chevalet réglable et cordier harpe : la recette était posée, et elle a marqué les enregistrements des Byrds, du Jefferson Airplane ou du Grateful Dead.

La version contemporaine reprend la silhouette double pan coupé et les codes esthétiques de l'ancêtre, mais avec plusieurs partis pris modernes. Fabriquée en Indonésie, elle affiche un corps à table bombée en érable ceinturé d'un filet ivoire, épais de seulement 6,1 cm (2,4 pouces), soit sensiblement moins que les grandes caisses des années soixante. Le manche est en acajou, collé, profilé en « U fin », coiffé d'une touche en palissandre indien de vingt-et-une cases. Le diapason reste court, à 30 pouces trois quarts (environ 78 cm), et le sillet mesure 38 mm de large. Le chevalet Tune-o-matic pour basse et le cordier harpe complètent le tableau, ce dernier assumant pleinement la filiation avec les contrebasses dont la Starfire s'inspire visuellement.

Côté électronique, Guild a développé son propre micro, le BC-1 BiCoil à aimants Alnico 5, protégé par un capot nickelé et conçu pour résister au ronflement. Le circuit se résume à un volume et une tonalité, mais le potentiomètre de volume cache une fonction push-pull baptisée « vintage switch » : en tirant sur le bouton, on abaisse une partie des basses fréquences pour retrouver quelque chose du câblage parallèle des anciennes caisses creuses. Le prix public tourne autour de 750 à 850 dollars selon les marchés, ce qui situe l'instrument très en dessous des cotes atteintes par les Starfire d'époque, désormais hors de portée pour la plupart des bassistes.

Ce que l'on entend

Le mot qui revient dans tous les essais est celui de chaleur. La Starfire I sonne rond, épais, avec un bas médium généreux qui vient directement de la construction creuse de la caisse. Tonalité ouverte à fond, l'instrument reste étonnamment lisible dans le grave, sans la bouillie que l'on redoute parfois sur ce type de caisse. Ce n'est pas une basse brillante et elle ne cherche pas à l'être : les harmoniques aiguës sont discrètes, le sustain est court et un peu percussif, exactement ce que l'on attend d'un instrument taillé pour poser des fondations plutôt que pour se faire entendre par-dessus tout le monde.

En jeu aux doigts, avec des cordes filet plat, on obtient sans effort les grooves soul et Motown des années soixante. Au médiator, le bas médium se transforme en attaque très définie, idéale pour le rock classique et la power pop. Le vintage switch change davantage les choses qu'on ne l'imagine : il éclaircit franchement le son, dégage le bas du spectre et permet un jeu au médiator plus mordant, voire une couleur presque moderne en jeu aux doigts. Avec un seul micro et deux réglages, la palette est plus large que la sobriété du plan de contrôle ne le laisse supposer, sans jamais quitter le territoire vintage.

Les avantages, sans détour

Le premier atout est ergonomique. Malgré une caisse visuellement imposante, la basse est légère, parfaitement équilibrée, et ne pique pas du nez, ni assise ni debout. Le diapason court et le manche fin en font un instrument accueillant pour les petites mains, pour les guitaristes qui passent à la basse, pour les débutants, et plus généralement pour tous ceux que les longues échelles des Precision et Jazz Bass fatiguent en fin de concert. La qualité de fabrication est le second argument : finition polyuréthane soignée, filets impeccables, frettes bien dressées, réglage d'usine généralement jouable dès la sortie du carton. Enfin, il y a l'esthétique, qui n'est pas un détail sur ce genre d'instrument. La Starfire I a une vraie présence scénique, en Cherry Red comme en Vintage Walnut, et elle raconte visuellement une histoire que peu de basses de cette gamme de prix peuvent revendiquer.

Les limites, tout aussi franchement

La contrepartie de ce caractère très typé, c'est un manque de polyvalence. La bosse de bas médium est omniprésente et ne disparaît jamais complètement, ce qui exclut de fait le métal, le slap moderne, la fusion et tout ce qui réclame un aigu cristallin ou un grave chirurgical. La configuration à micro unique limite mécaniquement les combinaisons de timbres, et ceux qui aiment mélanger un micro manche et un micro chevalet devront regarder du côté de la Starfire II. Le corps creux entraîne aussi une sensibilité au larsen à fort volume, comportement classique de ce type de construction qu'il faut apprendre à gérer devant un ampli poussé. À cela s'ajoutent quelques points pratiques : aucun étui ni housse n'est fourni à ce prix, le diapason court impose des jeux de cordes spécifiques, moins courants et parfois plus chers, et le chevalet Tune-o-matic, s'il tient bien l'accord, offre moins de finesse de réglage qu'un chevalet de basse moderne. Enfin, la faible profondeur de caisse, qui améliore le confort, réduit un peu la résonance acoustique par rapport aux modèles d'époque : les puristes qui cherchent exactement le son d'une Starfire de 1966 ne le trouveront pas ici tel quel.

Une version gaucher réellement disponible

C'est un point qui mérite d'être souligné, parce qu'il reste rare dans cette gamme de prix. Guild produit bel et bien une Starfire I Bass gauchère, référencée chez la plupart des grands revendeurs et proposée au même tarif que la version droitière. Il ne s'agit pas d'une commande spéciale ni d'un modèle fantôme sur catalogue : c'est un instrument de série, avec les mêmes spécifications intégrales, micro BC-1, cordier harpe, push-pull et diapason court compris. La seule restriction concerne les finitions, la version gaucher n'étant proposée qu'en Cherry Red, là où les droitiers ont également accès au Vintage Walnut et aux séries limitées comme le Pelham Blue. Pour un bassiste gaucher qui cherche une caisse creuse à diapason court sans passer par le marché de l'occasion ou par un luthier, l'offre est à peu près unique.

Pour quels styles

La Starfire I s'adresse d'abord aux musiques où la basse doit soutenir plutôt que briller. La soul, le rhythm and blues et le répertoire Motown lui vont comme un gant, surtout montée en filets plats. Le rock des années soixante, la power pop, le psychédélisme et tout ce qui gravite autour du son britannique de la période lui conviennent également, en particulier au médiator. Elle trouve aussi sa place dans l'indie, la folk électrifiée, l'americana et les projets acoustiques amplifiés, où sa rondeur et son sustain court se marient bien avec des arrangements peu chargés. Beaucoup de bassistes de musique liturgique et de scènes gospel l'utilisent pour les mêmes raisons. À l'inverse, elle n'a rien à faire dans un contexte métal, dans un groupe de funk moderne à slap ou dans une formation qui réclame un son hi-fi et étendu.

Qui joue dessus

L'histoire de la Starfire est indissociable de deux noms. Jack Casady, du Jefferson Airplane, en a fait son instrument principal à partir de la seconde moitié des années soixante, jusqu'à l'utiliser sur l'enregistrement de « Voodoo Chile » avec Jimi Hendrix pour Electric Ladyland. Il l'a ensuite modifiée en profondeur, la truffant d'électronique active avec les ingénieurs qui allaient fonder Alembic. Phil Lesh, du Grateful Dead, a suivi un chemin parallèle : séduit par la réponse en fréquences très large de la caisse Guild, il en a fait le point de départ de ses propres expérimentations, lesquelles ont largement contribué à la naissance de la lutherie électrique haut de gamme américaine. Chris Hillman, chez les Byrds, appartient à la même génération d'utilisateurs, et le timbre de la Starfire irrigue une bonne partie du folk rock californien de l'époque.

Il faut être honnête sur un point : ces musiciens jouaient les modèles d'origine, le plus souvent des Starfire II à deux micros, et non la réédition indonésienne. La Starfire I actuelle n'a pas encore de porte-drapeau de cette envergure, et les bases de données d'équipement de musiciens n'en recensent qu'une poignée d'utilisateurs professionnels identifiés, essentiellement dans les scènes indie et rétro-soul. C'est moins un défaut qu'une conséquence de son positionnement : c'est un instrument que l'on achète pour ce qu'il sonne, pas pour la signature qu'il porte.

Verdict

La Guild Starfire I Bass n'est pas une basse à tout faire, et elle ne prétend pas l'être. C'est un instrument de caractère, généreux dans le bas médium, confortable, magnifiquement fini pour son prix, et capable de restituer une couleur sonore que les basses solid body reproduisent difficilement. Pour un bassiste qui cherche le thump vintage sans y consacrer le budget d'une Starfire d'époque, pour un débutant que le diapason long rebute, ou pour un gaucher qui trouve enfin une caisse creuse de série à son format, elle constitue l'une des propositions les plus cohérentes du marché actuel.

Catégorie Caractéristique Détail
Général Modèle Guild Starfire I Bass
Série Newark St. Collection
Type Basse électrique à corps creux / semi-creux double pan coupé
Modèle d'origine Starfire Bass (1965) — 1 micro
Pays de fabrication Indonésie
Prix indicatif Environ 750 à 850 USD (≈ 700 à 800 €)
Version gaucher Oui, modèle de série
Finitions droitier Cherry Red, Vintage Walnut, séries limitées (ex. Pelham Blue)
Finition gaucher Cherry Red uniquement
Corps Matériau Érable (table bombée)
Filet Ivoire / crème
Épaisseur 6,1 cm (2,4")
Forme Double pan coupé arrondi
Finition Polyuréthane brillant
Manche Matériau Acajou
Profil Thin U
Fixation Manche collé (set neck)
Touche Palissandre indien
Nombre de frettes 21
Diapason 78,1 cm (30,75" — short scale)
Largeur au sillet 38 mm (1,5")
Électronique Micro Guild BC-1 BiCoil
Aimants Alnico 5
Capot Nickel (anti-ronflement)
Position Micro unique
Contrôles Volume (push-pull) + Tonalité
Fonction push-pull Vintage Switch — réduit les basses fréquences, éclaircit le son
Accastillage Chevalet Guild Tune-o-matic pour basse
Cordier Cordier harpe (harp tailpiece)
Mécaniques Guild
Boutons Top hat noirs avec logo
Cordes d'origine D'Addario 45-100
Étui / housse Non fourni

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