Il y a des basses qui ne se contentent pas d'exister : elles racontent une histoire. La Hagstrom Viking® Bass en fait partie. Réincarnation moderne d'un modèle apparu au milieu des années 1960 sous le nom de Concord, cette semi-acoustique au diapason court continue d'incarner une certaine idée du son vintage scandinave — chaleureux, rond, légèrement excentrique — tout en intégrant des composants résolument actuels. Plongée dans l'histoire et les caractéristiques de cet instrument à part.
Une histoire qui remonte à 1965
Tout commence en Suède, au cœur des années 1960. Hagstrom, déjà reconnue pour la jouabilité réputée de ses manches — la marque revendiquait alors le titre de « manche le plus rapide du monde » — lance la Concord, une basse semi-creuse à double pan coupé, conçue comme la version basse de la guitare Viking. Le marché britannique l'adoptera sous le nom de Viking, en référence directe aux origines scandinaves de la marque, un nom qui finira par s'imposer durablement dans l'histoire du modèle.
À l'époque, le segment des basses semi-creuses est en pleine effervescence : Gibson avec l'EB-2, Epiphone avec la Rivoli, ou encore Guild avec la Starfire occupent le terrain. La Concord/Viking se distingue par son corps entièrement creux — sans le bloc central en érable que l'on trouve sur les modèles Gibson — ce qui lui confère une légèreté appréciable, au prix d'une sensibilité accrue au feedback. Le diapason court de 30,75 pouces (environ 781 mm) et le manche fin caractéristique de Hagstrom en font un instrument particulièrement abordable pour les guitaristes en reconversion vers la basse, une caractéristique qui explique en partie son succès auprès d'une partie de la scène rock britannique de l'époque.
La production originale s'échelonnera jusqu'au début des années 1970, avant que le modèle ne disparaisse avec le reste de la gamme Hagstrom suédoise. Il faudra attendre la renaissance de la marque, relancée sous license avec une production délocalisée, pour voir la Viking revenir au catalogue sous une forme repensée, fidèle à l'esprit d'origine mais dotée d'une électronique entièrement modernisée.
Une silhouette qui ne trompe personne
Difficile de confondre la Viking Bass avec autre chose. Sa silhouette à double pan coupé arrondi, ses ouïes en f discrètement dessinées sur la caisse et son cordier trapézoïdal frappé de l'écusson Hagstrom forment une signature visuelle immédiatement identifiable, héritée tout droit des codes esthétiques des semi-acoustiques des années 1960. Le corps est construit en érable contreplaqué (« ply maple »), dans un style semi-creux qui conserve l'esprit aérien de la caisse d'origine tout en apportant la stabilité nécessaire à un instrument pensé pour une utilisation moderne, scène comme studio.
Le manche, lui, perpétue l'autre grande signature de la marque : un profil fin en érable dur canadien, collé au corps via un long assemblage mortaise et tenon — une méthode de jonction reconnue pour sa solidité et sa transmission optimale des vibrations entre le manche et le corps. À l'intérieur de ce manche se loge le fameux truss rod H-Expander™, brevet historique de Hagstrom : une tige en alliage léger qui parcourt toute la longueur du manche et travaille en tension à ses deux extrémités. Le résultat concret pour le bassiste : un réglage de l'action particulièrement bas est possible sans sacrifier la stabilité du manche, et le jeu y gagne en vélocité — une caractéristique qui a largement contribué à la réputation de jouabilité de la marque.
La touche, quant à elle, n'est pas en bois traditionnel mais en Resinator™, un matériau composite à base de bois développé par Hagstrom. L'intérêt de ce choix est avant tout sonore et pratique : une densité homogène qui élimine les zones mortes parfois rencontrées sur des touches en bois naturel, pour un son défini, riche en harmoniques, dans un registre proche de celui de l'ébène mais sans les inconvénients d'entretien associés à cette essence. Sur cette touche viennent se loger 21 frettes medium jumbo, agrémentées d'incrustations en forme de blocs nacrés qui rappellent là encore l'héritage vintage de l'instrument, sous un rayon de courbure de 15 pouces.
Une électronique pensée pour l'exploration sonore
Si la silhouette de la Viking Bass évoque le passé, son électronique regarde résolument vers l'avant. L'instrument est équipé de deux micros Dyna Rail conçus spécifiquement pour ce modèle, en position manche et chevalet. Ces micros à rail — une configuration qui permet d'obtenir un fonctionnement en humbucker tout en conservant la possibilité de basculer vers un mode single-coil — sont la clé de voûte de la polyvalence sonore de l'instrument.
C'est là qu'intervient l'élément le plus singulier de la Viking Bass : son sélecteur rotatif à 6 positions. Plutôt qu'un simple switch à 3 positions classique, ce commutateur permet de combiner les deux micros selon six configurations distinctes, alternant entre fonctionnement humbucker complet et mode single-coil (en n'utilisant que les bobines externes des micros) :
- manche + chevalet en simple bobinage (bobines externes)
- chevalet seul en simple bobinage
- manche seul en simple bobinage
- manche + chevalet en humbucking
- chevalet seul en humbucking
- manche seul en humbucking
Cette architecture ouvre un éventail tonal qui va bien au-delà de ce que l'on attend généralement d'une basse à deux micros : du grain plus mordant et défini des configurations single-coil, évoquant certaines sonorités du rock britannique des années 1960, jusqu'aux textures pleines et rondes des configurations humbucking, davantage taillées pour des registres modernes — funk, rock, ou toute musique réclamant un bas du spectre généreux. Deux potentiomètres de volume et deux de tonalité complètent cette section électronique entièrement passive, offrant un contrôle indépendant sur chacun des micros.
Le pont et le cordier : une pièce d'orfèvrerie fonctionnelle
Au niveau du chevalet, la Viking Bass adopte un système Tune-O-Matic à long débattement (« long travel »), associé au cordier trapézoïdal caractéristique du modèle. Ce trapèze, dont les deux branches viennent se rejoindre sous l'écusson Hagstrom gravé, n'est pas qu'un élément décoratif : il intègre une griffe à cordes qui facilite considérablement le changement de jeu de cordes, un détail pratique apprécié au quotidien par les musiciens qui changent fréquemment leurs cordes.
Côté accordage, les mécaniques Hagstrom affichent un rapport de démultiplication de 17:1 — un ratio spécifique aux séries Viking et HB de la marque, légèrement inférieur aux 18:1 ou 15:1 que l'on retrouve sur d'autres modèles Hagstrom, mais qui garantit néanmoins une précision d'accordage fine, essentielle sur un instrument à diapason court où la marge de tolérance est généralement plus réduite. Le sillet GraphTech Black Tusq XL, large de 40 mm, et le jeu de cordes de série en .045-.095 complètent un ensemble pensé pour une jouabilité immédiate, sans réglage fastidieux à la sortie de la boîte.
Quatre finitions, un esprit
La Viking Bass est aujourd'hui proposée dans quatre finitions qui jouent toutes sur le registre du classicisme assumé : Wild Cherry Transparent, qui laisse transparaître le veinage de l'érable sous une teinte rouge profonde et constitue sans doute la finition la plus emblématique du modèle ; Black Gloss, plus sobre et polyvalente ; Tobacco Sunburst, qui ancre l'instrument dans l'imagerie vintage par excellence ; et White Gloss, pour un rendu plus contemporain et contrasté.
Un modèle pour gaucher est également disponible au catalogue, preuve que Hagstrom n'a pas oublié cette frange de bassistes trop souvent marginalisée par les fabricants. Il n'est cependant proposé que dans la finition Tobacco Sunburst, contrairement à la version droitière qui bénéficie des quatre coloris évoqués plus haut.
Pour qui, et pour quoi ?
La Viking Bass s'adresse avant tout à un musicien en quête de personnalité sonore et visuelle plus qu'à celui qui cherche un couteau suisse passe-partout. Son diapason court la rend particulièrement confortable pour les bassistes de petite morphologie ou pour ceux venant de la guitare, tandis que sa polyvalence électronique — rare à ce niveau de sophistication sur une basse semi-creuse — lui permet de naviguer entre des registres aussi différents que le rock vintage britannique, le blues, le rock alternatif ou des productions plus actuelles réclamant un grain plus dense.
Sa construction semi-creuse implique en revanche les compromis habituels de la catégorie : une sensibilité au larsen plus marquée à fort volume face à un ampli, et un poids global réduit qui en fait un plaisir à porter en bandoulière pendant un set complet. Associée à un cordier et un pont travaillés avec soin, et à l'héritage technique du H-Expander™ et du Resinator™, la Viking Bass reste un objet rare : un instrument qui regarde son histoire en face tout en refusant de s'y enfermer.
Fiche technique complète, finitions disponibles et accessoires (étui B-62, housse B-41) sur le site du fabricant : hagstromguitars.com
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Corps | Érable contreplaqué (ply maple), style semi-creux |
| Manche | Érable dur canadien, manche collé, long joint mortaise et tenon |
| Truss rod | H-Expander™ |
| Touche | Resinator™ |
| Diapason | 30,75" (781 mm) |
| Rayon de touche | 15" |
| Repères | Blocs nacrés (Pearl Block) |
| Frettes | 21, medium jumbo |
| Sillet | GraphTech Black Tusq XL |
| Largeur au sillet | 40 mm |
| Micros | 2 x Dyna Rail – Viking® Bass N/B |
| Sélecteur | Rotatif à 6 positions (humbucking / single-coil sur chaque micro et en combinaison) |
| Commandes | 2 x Volume / 2 x Tonalité (électronique passive) |
| Chevalet | Tune-O-Matic long travel avec cordier trapézoïdal Hagstrom |
| Mécaniques | Hagstrom Design, ratio 17:1 |
| Cordes | .045 – .095 |
| Étui optionnel | B-62 |
| Housse optionnelle | B-41 |
| Finitions | Wild Cherry Transparent, Black Gloss, Tobacco Sunburst, White Gloss |
| Version gaucher | Disponible uniquement en Tobacco Sunburst |
Ajouter un commentaire
Commentaires