Squier Affinity Jazz Bass VI - Six cordes, un seul prix !

Publié le 18 mai 2026 à 08:20

Il arrive parfois qu'un instrument redistribue les cartes d'un segment entier avec un seul geste. Lancée discrètement à l'été 2024, la Squier Affinity Jazz Bass VI est de ceux-là. Six cordes accordées de Si grave à Do aigu, un manche érable renforcé au graphite, une silhouette offset héritée de 1961, et une étiquette de prix à 319 euros chez les principaux revendeurs européens. Ce chiffre mérite d'emblée qu'on s'y arrête : c'est moins cher que l'Ibanez SR306EB (466 €) et moins cher encore que la Harley Benton BZ-6000 II NT (525 €), deux des concurrentes directes sur ce segment. La Squier n'est donc pas la « petite basse accessible » qu'on viendrait tolérer : elle est simplement l'instrument le plus abordable d'un trio dans lequel elle n'a rien à envier aux autres sur le plan de la lutherie.

La Jazz Bass VI est une espèce singulière dans l'écosystème des basses. Née à Fullerton en 1961, pensée pour combler l'espace entre la basse conventionnelle et la guitare baryton, elle s'est imposée dans des registres musicaux aussi divers que le post-punk britannique des années 80 — où Robert Smith de The Cure en fit sa signature sonore — et la fusion contemporaine. Elle offre quatre octaves complètes, du registre infrasonique de la corde de Si jusqu'au Do de la sixième corde, une amplitude que très peu d'instruments permettent d'explorer dans le même corps. Squier n'avait jamais proposé de version VI dans sa gamme Affinity. L'annonce de 2024 a surpris la communauté. La réalité de l'instrument, à 319 euros, a sidéré bien au-delà.

Le contexte

La série Affinity occupe dans la hiérarchie Squier la position juste au-dessus de la ligne Sonic : elle ambitionne de donner un peu plus — plus de soin dans la lutherie, plus de stabilité dans le manche, plus de nuance dans les micros — sans encore prétendre au standing de la Classic Vibe ou de la Contemporary. Ce positionnement intermédiaire a longtemps cantonné la gamme aux déclinaisons standard de la Precision et de la Jazz Bass quatre cordes. L'été 2024 rompt avec cette logique en étendant la famille à quatre, cinq et six cordes, introduisant au passage une Jazz Bass Active et, pour la première fois, la Jazz Bass VI.

Cette dernière puise clairement son inspiration dans la Fender Steve Bailey Signature, une six cordes fretless de la gamme américaine valorisée à plusieurs milliers d'euros. La Squier en reprend la silhouette, l'ergonomie et la philosophie sonore passive, mais propose une version frettée, accessible, fabriquée en Chine. La filiation est évidente pour qui connaît l'original ; la distance qualitative, réelle mais bien moins abyssale qu'on ne pourrait le supposer. Et à 319 euros, la Squier Affinity Jazz Bass VI devient de facto la porte d'entrée la plus sérieuse — et la moins coûteuse — dans la famille VI.

Sa construction

Le corps est taillé dans du peuplier, un bois léger et économique aux réponses tonales proches de l'aulne — médiums présents, bas bien définis. Le poids final oscille entre 4,3 et 4,5 kg selon les exemplaires, ce qui reste tout à fait raisonnable pour une six cordes à grande échelle. La découpe offset, avec son décrochement asymétrique si reconnaissable, distribue naturellement les masses aussi bien en position debout qu'assis, sans point de bascule vers le grave — une qualité ergonomique que les bassistes de scène apprécieront sur les longues soirées. La finition polyuréthane brillante Black Metallic est propre, sans défaut notable à l'œil nu.

Le manche est la véritable révélation. Construit en érable vissé avec un profil en « C », il embarque un renfort interne en graphite — une décision de conception qui, à 319 euros, force le respect. Ce renfort, habituellement réservé aux instruments dépassant les 600 euros, stabilise le manche face aux variations d'hygrométrie et de température, un problème chronique sur les manches de six cordes soumis à la tension cumulée de six cordes dont la plus grave descend à 130 millièmes de pouce. La touche en laurier indien présente un radius de 12 pouces constant sur toute la longueur. Le sillet en os synthétique assure une sortie de corde propre. Largeur au sillet : 52,1 mm — la valeur la plus fine de sa catégorie, ce qui facilite la transition pour les mains habituées à une quatre ou cinq cordes.

L'échelle de 34 pouces est le choix central de cette lutherie. La plupart des Jazz Bass VI historiques s'appuient sur des échelles courtes de 28,5 ou 30 pouces pour rendre l'instrument plus maniable. Squier a résisté à cette tentation. À 34 pouces, la tension de la corde de Si est suffisante pour garantir une réponse franche, une sustain homogène et une clarté de lecture indiscutable jusqu'en haut de manche. Les 20 frettes medium jumbo couvrent amplement le registre utile, et les mécaniques sealed-gear légères, si elles ne brillent pas par la précision de leur pas, maintiennent l'accord une fois trouvé.

Les deux micros single-coil Jazz Bass à aimants céramiques, développés et voicés en interne chez Fender, restituent fidèlement l'ADN du Jazz Bass : le micro manche enveloppe de ses graves ronds et de sa chaleur organique, tandis que le micro chevalet tranche avec son attaque franche et sa définition mordante dans le haut-médium. Utilisés ensemble à volume égal, ils produisent l'effet d'annulation de bruit caractéristique des Jazz Bass en double simple bobinage — une propriété appréciable pour le studio.

La chaîne de signal est délibérément passive : deux potentiomètres de volume indépendants et un maître de tonalité. Cette sobriété préserve l'intégralité du signal brut. Le potentiomètre de tone a été qualifié de « peu expressif » par plusieurs utilisateurs — un constat récurrent sur la gamme Affinity, facilement corrigible avec un pot CTS de 250 kΩ pour moins de dix euros. Ce qui frappe davantage, c'est la qualité de la corde de Si à 34 pouces : d'une clarté et d'une cohérence que des instruments bien plus onéreux peinent parfois à égaler, elle constitue sans doute l'argument sonore le plus fort de l'instrument.

Prendre en main une six cordes pour la première fois peut décourager avant même que la première note soit jouée. La Squier Affinity Jazz Bass VI désamorce cette appréhension avec une efficacité surprenante. Le profil en « C » du manche, combiné à une action d'usine remarquablement basse, rend la navigation entre les six cordes plus fluide qu'on ne l'anticipe. Plusieurs utilisateurs confirmés de Jazz Bass quatre et cinq cordes rapportent une adaptation immédiate, sans période de transition douloureuse. L'espacement entre cordes de 17 mm — un choix plutôt généreux pour une six cordes — facilite aussi bien le jeu au médiator que le fingerstyle ou le slap.

La finition satin au dos du manche mérite d'être soulignée : elle glisse sans accrocher, même les mains légèrement humides, ce qui change la perception de la jouabilité à la longue. Seul point de vigilance relevé de manière récurrente dans les retours communautaires : quelques pointes de frettes légèrement vives sur le côté aigu, facilement rabattues avec une lime fine en cinq minutes. Squier lui-même inclut dans la boîte une clé de truss rod et une clé Allen pour le chevalet, ce qui témoigne d'une attention au moins partielle pour l'utilisateur autonome.

Caractéristique Squier Affinity Jazz Bass VI Ibanez SR306EB Harley Benton BZ-6000 II NT Notes
Prix Moyen 319€ 466€ 525€ ⚡ La Squier est la moins chère des trois
Cordes 6 6 6
Corps Peuplier (Poplar) Okoumé Acajou / Frêne multi-lamelles HB : table érable flammé AAA
Construction manche Vissé (bolt-on) Vissé (bolt-on) Traversant 5 pièces (neck-thru) HB unique avec manche traversant
Matériau manche Érable + renfort graphite interne Érable (profil SR) Érable canadien / Nyatoh
Profil manche C SR (fin et rapide) C
Touche Laurier indien Jatoba / Palissandre Palissandre
Sillet Os synthétique Plastique Graphite HB + Squier meilleurs matériaux
Largeur sillet 52 1 mm 43 mm 54 mm
Radius 305 mm (12") 400 mm (15 75") 500 mm (19
Diapason 864 mm (34") 864 mm (34") 889 mm (35") HB en extra-long scale
Nombre de frettes 20 24 24 Ibanez et HB ont 4 frettes supplémentaires
Type de frettes Medium Jumbo Medium Medium Jumbo
Micros 2× Squier Single-coil Jazz Bass (céramique) 2× Dynamix P/J 2× Tesla Soapbar TV-SBL1-6
Électronique Passive Active 2 bandes Active 3 bandes + bypass passif Ibanez et HB plus polyvalentes en sortie directe
Contrôles Vol1 / Vol2 / Tone Vol / Balance / Bass / Treble Vol / Balance / Bass / Mid / Treble
Espacement cordes 17 mm 16 5 mm 16 mm
Chevalet 6 selles acier (barrel saddles) Ibanez Accu-cast B306 Sung-Il BB-106
Mécaniques Sealed-gear légères Bain d'huile Ibanez WSC JB-15DLX 17:1
Finition disponible Black Metallic (unique) Walnut / plusieurs coloris Natural Gloss (plusieurs coloris) Squier : finition unique
Poids indicatif 4 kg 3 – 4 kg 5 kg
Fabrication Chine Indonésie Chine
Étui inclus Non Non Non
NOTES ÉDITORIALES (sur 10)
Critère Squier Affinity Jazz Bass VI Ibanez SR306EB Harley Benton BZ-6000 II NT Commentaire
Construction lutherie 8.2 7.8 8.5 HB devant grâce au manche traversant et aux bois nobles
Sonorités / Caractère 8.0 7.5 7.8 Squier : identité Jazz Bass VI authentique
Jouabilité 8.5 9.0 7.5 Ibanez grâce à son manche ultra-fin / HB pénalisée par le poids
Rapport qualité / prix 9.5 7.5 7.8 Squier imbattable — la moins chère des trois
Note globale 8.6 8.0 7.9

Le marché des basses six cordes sous les 600 euros n'est pas très encombré. Deux concurrentes méritent qu'on s'y attarde : l'Ibanez SR306EB (466 €) et la Harley Benton BZ-6000 II NT (525 €). Toutes deux sont plus chères que la Squier. Ce renversement de situation mérite d'être énoncé clairement : l'instrument le moins cher de ce comparatif est aussi celui qui présente la proposition de valeur la plus convaincante.

Vue sur l'Ibanez SR306EB

L'Ibanez SR306EB appartient à la longue lignée des Soundgear, ces basses à profil effilé qui ont conquis les bassistes modernes depuis le milieu des années 80. Son corps en okoumé léger, son manche en érable à profil SR ultrafin et ses deux micros Dynamix P/J en configuration asymétrique, nourris par un préamplificateur actif 2 bandes, forment un package résolument tourné vers la modernité et la polyvalence sonore. À 466 euros, soit 147 euros de plus que la Squier, elle propose une palette tonale bien plus malléable en sortie directe, un manche encore plus rapide, et un poids très inférieur — autour de 3,5 kg. Son radius de 400 mm, plus plat que celui de la Squier, favorise les runs technique rapides.

Mais la SR306EB souffre précisément là où la Squier brille : son identité sonore, lissée par l'électronique active et les micros modernes, manque du grain et du caractère organique que confèrent les single-coils Jazz Bass à la Squier. La corde de Si, également sur 34 pouces, est correcte sans être aussi saillante que sur la Squier Affinity. Et l'esprit même de l'instrument — nerveux, ergonomique, orienté technique contemporaine — l'éloigne de la tradition VI et de ses racines post-punk et fusion. Si vous cherchez un outil de jeu technique en 6 cordes, l'Ibanez est pertinente. Si vous cherchez une Jazz Bass VI avec tout ce que cela implique de caractère et d'histoire, elle ne remplit pas tout à fait ce rôle.

Vue sur l'Harley Benton BZ-6000 II NT

La Harley Benton BZ-6000 II NT est, sur le papier, l'instrument le plus ambitieux de ce trio. À 525 euros, elle affiche une lutherie de haut niveau : corps multi-lamelles acajou/frêne avec table en érable flammé AAA, manche traversant en 5 pièces érable canadien/nyatoh, touche palissandre, sillet graphite, EQ actif 3 bandes Tesla avec bypass passif, et surtout un diapason extra-long de 35 pouces (889 mm). Sur l'échelle de la lutherie visible, elle surclasse les deux autres de loin. Un manche traversant et une table en érable flammé à moins de 600 euros, c'est objectivement remarquable.

La réalité de terrain est plus nuancée. Le diapason de 35 pouces rend la corde de Si encore plus tendue et précise, mais allonge mécaniquement l'écartement entre frettes et peut peser sur le confort des mains de plus petite taille. Le poids annoncé à environ 5 kg est le plus élevé des trois. Les avis utilisateurs signalent quelques aléas de qualité sur l'ajustement des micros dans leurs cavités — un défaut de contrôle qualité sur certains exemplaires. Et l'identité sonore des micros Tesla Soapbar, plus moderne et plus polyvalente que les single-coils Squier, n'est pas celle qu'on attendrait d'une basse VI dans la tradition Fender.

La BZ-6000 II NT a tout pour séduire le bassiste qui veut une lutherie sophistiquée à budget contenu — neck-through, bois nobles, actif 3 bandes. Elle répond à une autre logique que la Squier, plus moderne et moins typée. Ce que la Harley Benton fait mieux que la Squier : la lutherie visible, les options tonales actives, l'accès aux aigus facilité par le manche traversant. Ce que la Squier fait mieux, ou au moins aussi bien : l'identité sonore Jazz Bass VI, la jouabilité immédiate, la cohérence globale de l'instrument dès la sortie de boîte, et bien sûr le prix — 206 euros de moins.

Mais cette basse est faite pour qui ?

La Jazz Bass VI n'est pas simplement une basse avec deux cordes supplémentaires. C'est une invitation à repenser le rôle de l'instrument dans le groupe, en studio comme sur scène. Elle s'adresse en premier lieu au bassiste qui sent les limites de la quatre ou cinq cordes dans ses arrangements et veut explorer le contrepoint mélodique, les accords de basse ou les lignes en tessiture haute sans recourir à une guitare. Elle parle également au compositeur qui cherche un outil de travail couvrant un maximum de registres sans multiplier les instruments. Et elle répond enfin à l'envie de nombreux bassistes expérimentés qui avaient mis la six cordes de côté faute d'une entrée accessible — la Squier leur offre cette entrée à 319 euros, sans compromis rédhibitoire sur la lutherie.

Elle se défend parfaitement en l'état pour un usage scénique ou studio à niveau intermédiaire. Mais pour qui voudrait l'élever vers un niveau professionnel, quelques modifications ciblées permettent de combler les lacunes identifiées. Les mécaniques constituent le point faible le plus évident : les remplacer par des Hipshot Ultralite améliore la précision d'accordage et réduit le poids en tête. L'ajout d'un blindage cuivre dans les cavités électroniques, associé au remplacement des potentiomètres par des CTS de qualité, suffit à éliminer les bruits parasites des single-coils en configuration asymétrique. Sur le plan des cordes, enfin, les flatwound La Bella ou Pyramid donnent à l'instrument une identité jazz-vintage particulièrement cohérente avec sa silhouette — et offrent à la corde de Si une tension légèrement plus douce qui facilite encore la jouabilité.

La Squier Affinity Jazz Bass VI est un instrument qui redéfinit le plafond de sa gamme de prix — et, au regard des tarifs pratiqués sur le marché, de son segment tout entier. Le manche renforcé graphite, la clarté de la corde de Si à 34 pouces, la fidélité sonore des micros voicés en interne chez Fender, et la jouabilité immédiate d'un instrument bien construit forment un ensemble qui mérite amplement sa réputation. Les limites — mécaniques approximatives, potentiomètre de tone timide — sont réelles mais mineures, et ne doivent pas éclipser l'excellence globale de la réalisation.

Ce qui donne à cet instrument son caractère vraiment singulier, c'est son positionnement prix : à 319 euros, la Squier Affinity Jazz Bass VI est moins chère que l'Ibanez SR306EB et la Harley Benton BZ-6000 II NT, ses deux concurrentes directes. Elle ne leur est inférieure sur aucun point fondamental. On vous la recommande sans réserve.

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