Cinquante-quatre ans de pédales, et pas un seul accordeur. MXR comble enfin ce trou dans son catalogue, et pas avec n'importe quoi : le Turbo Tuner M400 récupère le moteur du Sonic Research Turbo Tuner, ce petit boîtier à anneau rouge que les maniaques de la justesse se refilent sous le manteau depuis les années 2000. Pour les bassistes, la promesse est sérieuse : un vrai stroboscope, une plage qui descend jusqu'au do zéro, et des presets pensés pour la 5 et la 6-cordes. Décryptage.
Le premier accordeur de MXR, et il a déjà un passé
C'est un de ces détails qu'on ne remarque qu'une fois qu'on le cherche : depuis 1972, MXR a sorti des phasers, des compresseurs, des fuzz, des octavers, des synthés pour basse, des boîtiers A/B, des noise gates et des alimentations… mais jamais d'accordeur. Le site américain No Treble, spécialisé basse, l'a souligné en annonçant la sortie : le Turbo Tuner est la toute première pédale d'accordage de la marque. Dunlop, propriétaire de MXR depuis 1987, a visiblement préféré attendre d'avoir quelque chose d'imparable plutôt que d'ajouter un énième accordeur à LED dans un rayon déjà saturé.
L'imparable, en l'occurrence, s'appelle Sonic Research. La petite société américaine fondée par Roger Schlichtig a bâti sa réputation sur une idée têtue : faire un vrai stroboscope dans un format de pédale, avec une précision garantie de ±0,02 cent. Le ST-200 originel, vendu autour de 130 dollars et fabriqué aux États-Unis, puis le ST-300 et sa version Mini ont acquis un statut quasi culte chez les musiciens de studio, les techniciens guitare et tous ceux qui règlent leurs octaves au dixième de cent près. Un statut entretenu par une distribution confidentielle : sur les forums, plus d'un musicien européen a regretté de ne pas réussir à s'en procurer un.
Le M400 règle précisément ce problème. Selon Dunlop, c'est Roger Schlichtig en personne qui s'est chargé de l'ingénierie de la pédale, en partant du moteur d'accordage du Turbo Tuner original. Le blog Guitar Pedal X y voit une évolution directe du ST-300, avec une façade nettoyée de ses encadrés blancs et une silhouette alignée sur le design maison MXR. Autrement dit : le savoir-faire Sonic Research, la force de frappe commerciale de Dunlop. La pédale est disponible depuis le 20 octobre 2026.
Un vrai stroboscope, pas une imitation
Pour comprendre ce qui rend le Turbo Tuner différent, il faut faire un petit détour par la physique. Un stroboscope d'accordage compare la vibration de votre corde à une fréquence de référence parfaitement stable. Tant que les deux ne coïncident pas, le motif affiché semble tourner ; plus vous approchez de la note juste, plus il ralentit. C'est le principe des vénérables strobos à disque rotatif des années 1950, ceux qu'on trouvait dans les ateliers de luthiers et chez les accordeurs de piano.
Sur le M400, ce motif est dessiné par un anneau de LED rouges au centre de la pédale. Le sens de rotation vous dit tout : vers la droite, vous êtes trop haut ; vers la gauche, trop bas. Ce qui distingue l'approche Sonic Research, d'après le constructeur, c'est que l'affichage est piloté directement par le signal analogique de l'instrument, sans calcul intermédiaire. D'où l'absence revendiquée de latence : vous pouvez tourner la mécanique aussi vite que vous voulez, le motif suit en temps réel. Pas d'aiguille qui sautille, pas de LED qui hésite entre deux états.
Un conseil que la notice elle-même prend soin de donner, et qui déroutera ceux qui viennent d'un accordeur à aiguille : n'essayez pas d'arrêter complètement la rotation. Tant que le motif rampe lentement, vous êtes déjà à une fraction de cent de la note juste. Chercher l'immobilité parfaite sur un stroboscope de cette précision, c'est un peu comme vouloir qu'une pendule de précision s'accorde sur votre montre : la corde, elle, ne tient de toute façon jamais une hauteur aussi stable.
Côté chiffres, Dunlop annonce une précision de ±0,02 cent, assurée par un oscillateur à quartz calibré, sur une plage qui court du do zéro (16,35 Hz) au do 8 (4 186 Hz). Pour mettre ce chiffre en perspective : un cent, c'est un centième de demi-ton. Un accordeur chromatique classique de bonne facture se contente généralement d'une précision de l'ordre du demi-cent ou du cent.
Ce que ça change pour nous
C'est là que le M400 devient vraiment intéressant pour nous. MXR met lui-même en avant la qualité du suivi dans le grave comme l'un des atouts de la pédale pour les bassistes. Et sur le papier, tout est là.
Une plage qui ne s'arrête pas au si grave. Le si grave d'une 5-cordes (si 0) tourne autour de 30,9 Hz. Le M400 descend jusqu'à 16,35 Hz, soit près d'une octave en dessous. Même une 5-cordes accordée neuf demi-tons plus bas, ce que permet la pédale, reste dans les clous. Les amateurs de doom, de sludge ou de basses à corde de fa dièse grave peuvent dormir tranquilles.
Des presets qui parlent basse. Le M400 propose six presets. Le premier, chromatique, reconnaît les douze notes et affiche leur nom. Les cinq autres sont des presets « à cordes » : ils ne détectent que les notes prévues pour l'instrument et affichent le numéro de corde plutôt que le nom de la note. Le preset Basse couvre d'office l'accordage standard 4 et 5-cordes (si, mi, la, ré, sol), et le troisième preset personnalisable, C3, est livré réglé sur l'accordage standard d'une basse 6-cordes. Le preset Guitare et les deux autres emplacements (accordage guitare standard et drop D par défaut) peuvent être entièrement reprogrammés.
Jusqu'à 12 cordes et des décalages au dixième de cent. Chacun des cinq presets personnalisables accepte jusqu'à douze cordes, avec pour chacune une note, une octave et un décalage de ±50 cents réglable par pas de 0,1 cent. Pour une basse à cordes doublées, une 8-cordes en octaves ou une fretless que vous aimez jouer très légèrement « adoucie », c'est un vrai terrain de jeu. La pédale permet même de capturer l'accordage réel de vos cordes à vide pour le mémoriser comme preset, une fonction que la notice détaille pas à pas.
Diapason et accordages graves. Le la de référence se règle de 300 à 599,9 Hz par pas de 0,1 Hz. Le la 432 des adeptes, le la 415 des formations baroques ou le la 442 de certains orchestres : tout y passe, et une LED vous rappelle que vous n'êtes plus à 440 Hz. Une fonction d'accordage descendant permet par ailleurs de décaler tout l'instrument de un à neuf demi-tons, chaque preset pouvant mémoriser son propre réglage.
Les tempéraments, pour les curieux. Plus confidentielle mais réjouissante, la possibilité de créer des tempéraments personnalisés : vous décalez une note donnée de quelques cents, et ce décalage s'applique partout où cette note apparaît. Utile pour une contrebasse qui joue avec un quatuor, pour de la musique microtonale, ou simplement pour les esprits qui aiment comprendre pourquoi un accord « sonne » mieux qu'un autre.
Un mot d'expérience, valable pour tous les stroboscopes et encore plus en basse : l'attaque d'une corde grave est toujours légèrement plus haute que la note qui se stabilise ensuite. Avec une précision pareille, vous le verrez très bien. Laissez sonner, accordez sur la tenue de la note plutôt que sur le coup de doigt ou de médiator, et vous obtiendrez des résultats beaucoup plus cohérents. Et si vous réglez vous-même vos octaves, c'est exactement le genre d'outil qui transforme une corvée approximative en séance de réglage chirurgicale.
True bypass, buffer, à vous de choisir
Par rapport au Turbo Tuner d'origine, MXR met en avant l'ajout d'un buffer haute fidélité. Par défaut, le M400 fonctionne en true bypass, commuté par relais : quand l'accordeur est activé, la sortie est coupée pour accorder en silence ; quand il est désactivé, il disparaît totalement du trajet du signal. Mais un petit sélecteur interne permet de basculer en mode bufferisé, qui préserve les aigus sur les grandes longueurs de câble. Un argument qui compte pour les bassistes qui aiment garder le claquant de leurs cordes neuves au bout de dix mètres de jack et d'une demi-douzaine de pédales.
En mode buffer, trois sous-modes sont disponibles. Le premier reproduit le comportement classique : sortie coupée pendant l'accordage. Le deuxième laisse passer le signal en permanence, le footswitch ne servant qu'à allumer ou éteindre l'accordeur. Le troisième, baptisé Monitor, laisse l'accordeur toujours actif et transforme le footswitch en simple bouton de mute, une configuration pratique pour surveiller sa justesse pendant le jeu.
Seul bémol pratique : le choix entre true bypass et buffer se fait via un interrupteur situé à l'intérieur de la pédale, sous la plaque de fond. Si votre M400 est déjà scratché sur le pedalboard, il faudra le décoller pour changer d'avis. Les sous-modes bufferisés, eux, se sélectionnent en façade, en combinant footswitch et boutons fléchés.
Les détails qui comptent en tournée
MXR a soigné les petits à-côtés qui font la différence sur scène. L'affichage propose quatre niveaux de luminosité, pour rester lisible en plein soleil sur une scène de festival comme dans la pénombre d'un club. Une LED de mute indique clairement quand le signal est coupé, ce qui évite les sueurs froides en début de morceau. L'allumage automatique à la mise sous tension du pedalboard est activé par défaut et peut être désactivé.
Côté alimentation, la pédale fonctionne en 9 V continu, sur pile ou sur bloc secteur, avec une consommation de 48 à 73 mA selon la luminosité de l'écran. Une sortie 9 V DC en repiquage permet d'alimenter une autre pédale compatible, ce qui libère une sortie sur votre alimentation. Attention toutefois : la notice déconseille le mode Monitor, où l'accordeur reste allumé en permanence, quand la pédale tourne sur pile. Enfin, un port USB-C est prévu pour les mises à jour du firmware et pour un logiciel d'édition.
Le tout tient dans un boîtier de 11,2 × 6,1 × 4,8 cm pour 192 grammes sans pile, avec un footswitch et des boutons d'une conception propre à Sonic Research, présentés par Dunlop comme taillés pour durer des décennies.
Face à la concurrence
Le M400 ne débarque pas dans un désert. Le rival naturel, c'est Peterson, l'autre grand nom historique du stroboscope, dont la StroboStomp HD est affichée à 144 € chez Thomann. Peterson annonce une précision de 0,1 cent, cinq fois moins fine sur le papier que le M400, mais compense par plus de cent « Sweetened Tunings », des accordages légèrement adoucis par instrument, et par un écran couleur personnalisable. Son la de référence se règle entre 390 et 490 Hz environ, une plage bien plus étroite que celle du MXR.
Plus surprenant, le TC Electronic PolyTune 3 annonce lui aussi ±0,02 cent dans son mode stroboscopique, pour moins de la moitié du prix (autour de 70 € chez Thomann). La différence est ailleurs : le PolyTune est d'abord un accordeur polyphonique et chromatique, dont le mode strobe est une représentation graphique parmi d'autres, avec un la de référence limité à 435–445 Hz. Le M400, lui, est un stroboscope pur et dur, conçu autour de cette seule philosophie. Enfin, dans la même gamme de prix, on croise le Walrus Audio Canvas Tuner (152 €) et le Boss TU-3W Waza (166 €), qui jouent davantage la carte de l'ergonomie et de l'écran que celle de la précision extrême.
Le comparatif
| MXR Turbo Tuner M400 | Peterson StroboStomp HD | TC Electronic PolyTune 3 | |
|---|---|---|---|
| Prix constaté (Thomann) | 149 € | 144 € | environ 70 € |
| Principe | Stroboscope piloté par le signal analogique | Stroboscope « virtuel » sur écran LCD | Polyphonique, chromatique et mode strobe |
| Précision annoncée | ±0,02 cent | ±0,1 cent | ±0,02 cent (strobe), 0,5 cent (chromatique) |
| La de référence | 300 à 599,9 Hz | 390 à 490 Hz environ | 435 à 445 Hz |
| Bypass | True bypass ou buffer (3 sous-modes) | True bypass ou buffer | True bypass ou buffer |
| Presets | Chromatique + 5 presets jusqu'à 12 cordes | Plus de 100 Sweetened Tunings | Accordages alternatifs et modes capo |
| Connectivité | USB-C, sortie 9 V DC | USB-C (Peterson Connect) | Alimentation 9 V |
Aux États-Unis, le Turbo Tuner est affiché à 149,99 dollars. En France, Thomann le référence à 149 € TTC, mais avec un délai annoncé de 11 à 14 semaines au moment où nous écrivons, même si le revendeur évoque un réassort prochain. Un peu de patience sera donc peut-être nécessaire. Certains revendeurs européens l'affichent plutôt autour de 169 €. Vu le prix d'une StroboStomp HD, le M400 se place donc pile dans le haut de gamme des accordeurs en pédale, sans dépasser les bornes.
Notre verdict
Il faut le dire franchement : pour accorder sa basse avant un concert de bar, un accordeur à 70 € fera très bien l'affaire. Le Turbo Tuner M400 ne s'adresse pas à ceux qui se contentent du « à peu près ». Il s'adresse aux bassistes qui règlent eux-mêmes leurs octaves, à ceux qui enregistrent et entendent la moindre dérive sur une prise de basse doublée par un clavier, aux propriétaires de 5 et 6-cordes qui en ont assez des accordeurs qui hésitent sur le si grave, et aux curieux des accordages alternatifs, des tempéraments et des diapasons exotiques.
Pour ce public-là, le M400 coche presque toutes les cases : la précision légendaire de Sonic Research, une plage grave plus que confortable, des presets pensés pour la basse dès la sortie de boîte, le choix entre true bypass et buffer, et enfin une distribution grand public via le réseau Dunlop. On lui reprochera le sélecteur de bypass caché sous la plaque de fond, un logiciel d'édition qui n'était pas encore là à la sortie, et une programmation des presets par combinaisons de boutons qui demandera de garder la notice sous le coude. Mais si le Turbo Tuner Sonic Research était un secret bien gardé, MXR vient de le rendre public. Et c'est une bonne nouvelle pour tous ceux qui pensent qu'à peu près juste, ce n'est pas juste.
La fiche technique
| Modèle | MXR Turbo Tuner (référence M400) |
|---|---|
| Moteur | Sonic Research, conçu par Roger Schlichtig |
| Type | Accordeur stroboscopique en pédale |
| Précision | ±0,02 cent (oscillateur à quartz calibré) |
| Plage d'accordage | Do 0 (16,35 Hz) à do 8 (4 186 Hz) |
| La de référence | 300,0 à 599,9 Hz, par pas de 0,1 Hz |
| Presets | Chromatique, Guitare, Basse (4 et 5-cordes), C1 (guitare standard), C2 (drop D), C3 (basse 6-cordes) |
| Personnalisation | Jusqu'à 12 cordes par preset, décalage ±50 cents par pas de 0,1 cent, tempéraments personnalisés |
| Accordage descendant | 1 à 9 demi-tons |
| Affichage | Anneau de LED stroboscopique, afficheur de note ou de numéro de corde, 4 niveaux de luminosité |
| Bypass | True bypass par relais (défaut) ou buffer, sélecteur interne ; 3 sous-modes bufferisés |
| Connectique | Entrée et sortie jack 6,35 mm, entrée 9 V DC, sortie 9 V DC, USB-C |
| Alimentation | 9 V DC (pile 9 V ou bloc secteur, non fourni), polarité négative au centre |
| Consommation | 48 mA (luminosité minimale) à 73 mA (luminosité maximale) |
| Dimensions | 11,2 × 6,1 × 4,8 cm |
| Poids | 192 g sans pile |
| Prix public | 149,99 $ aux États-Unis ; 149 € chez Thomann |
Pour aller plus loin
Vidéo de démonstration officielle : youtube.com/watch?v=7Kq_qFvwoBY
Manuel vidéo officiel : youtube.com/watch?v=8FJhMN3Tbmg
Manuel PDF (en anglais) : jimdunlop.com/content/manuals/M400.pdf
Page officielle : jimdunlop.com/mxr-turbo-tuner
Chez Thomann : thomann.fr/mxr_turbo_tuner.htm
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