En 1984, dans un garage de Los Angeles baigné de soleil californien et d'optimisme reaganien, un homme appelé Steve W. Rabe est en train de faire quelque chose d'étrange. Il construit un amplificateur de basse. Rien d'extraordinaire jusqu'ici — des gens construisent des amplis partout, tout le temps, depuis des décennies. Sauf que Steve Rabe fait quelque chose que personne ne fait vraiment : il réfléchit.
Il se demande : pourquoi est-ce que tous les amplis de basse sonnent comme s'ils essayaient de te raconter quelque chose ? Comme s'ils avaient un avis ? Comme si la basse n'était qu'un prétexte pour que l'ampli s'exprime ?
Steve Rabe pense que c'est une aberration. Une injustice, même. Le bassiste joue une note. L'ampli doit reproduire cette note. Point. Pas la transformer, pas lui donner une couleur, pas lui ajouter du caractère comme un mauvais réalisateur qui impose sa patte sur un film qui n'en a pas besoin.
Il fonde SWR — ses initiales — et sa philosophie tient en un mot : transparence.
À la même époque, mais dans un endroit radicalement différent — Maldon, Essex, Angleterre, une ville grise au bord d'une rivière grise sous un ciel gris — des gens sont en train de fabriquer quelque chose d'une couleur que personne n'a jamais utilisée sur un amplificateur de musique.
Du vert forêt.
Un vert profond, presque militaire, qui jure avec tout ce qu'on connaît dans le monde du matériel de musique. Un vert qui dit : on s'en fout de ce que tu penses. Un vert qui dit : on est britanniques, on a survécu à la pluie, au rationnement et aux Sex Pistols, on peut bien mettre nos amplis en vert si on veut.
Trace Elliot nait dans cette couleur. Et contrairement à Steve Rabe, les gens de Trace Elliot n'ont pas du tout envie de disparaître derrière le son du bassiste. Ils ont envie de participer. De contribuer. D'exister dans la chaîne sonore comme un membre à part entière du groupe.
Ce sont deux visions du monde. Deux cosmogonies. Deux religions.
Et pour l'instant, elles s'ignorent — parce qu'un océan les sépare, parce qu'internet n'existe pas, et parce que les bassistes des années 80 ont d'autres problèmes, notamment essayer de ne pas être éclipsés par les guitaristes qui portent tous des vestes à épaulettes.
Mais ça va changer. Oh, que ça va changer.
Le SM-400 descend du ciel
Nous sommes en 1987. Ronald Reagan dit à Gorbatchev de démolir un mur. Les bassistes, eux, construisent des choses. SWR sort le SM-400. Et là, quelque chose se passe.
Ce n'est pas simplement un bon ampli. C'est une déclaration de principe sous forme de boîtier rack. Le SM-400 est propre d'une manière qui n'existait pas avant. Pas propre comme une page blanche — propre comme une salle d'opération. Propre comme l'eau d'une source de montagne californienne dans laquelle des gens très en forme font du vélo le week-end. Propre comme le son que tu as dans ta tête quand tu imagines la basse parfaite, avant que n'importe quel amplificateur ne vienne foutre tout ça en l'air.
Les bassistes jazz l'adorent immédiatement. Les bassistes funk aussi. Les gens qui ont étudié leur instrument pendant dix ans et qui veulent qu'on entende chacune de leurs décisions musicales tombent amoureux de ce truc comme on tombe amoureux d'une personne qui, pour la première fois dans ta vie, t'écoute vraiment.
Et puis il y a le cabinet. Le Goliath. Un 4x10 qui complète le SM-400 comme Sancho Pança complète Don Quichotte — sauf que dans cette version de l'histoire, les deux protagonistes sont compétents et ne combattent pas des moulins à vent.
Le Goliath est profond, articulé, précis. Il projette le son comme une camera de cinéma haute définition projette une image : tu vois tout, tu entends tout, rien n'est caché, rien n'est flatté artificiellement.
Marcus Miller le comprend tout de suite. Marcus Miller — ce génie du slap-funk new-yorkais, cet homme dont les doigts font des choses que la physiologie humaine devrait normalement interdire — Marcus Miller branche sa basse dans un SWR et quelque chose dans l'univers se met en place.
Son son devient le son de référence. Clair, percutant, chaque harmonique à sa place, le grave aussi profond qu'un puits artésien et aussi précis qu'un scalpel. Quand Marcus Miller joue à travers un SWR, tu entends Marcus Miller. Pas l'ampli. Marcus Miller.
C'est exactement ce que Steve Rabe voulait.
Les LEDs s'allument dans l'Essex
Pendant ce temps, de l'autre côté de l'Atlantique, Trace Elliot fait une chose que les ingénieurs américains auraient probablement jugée superflue, inutile, voire légèrement ridicule : ils mettent des LEDs sur la face avant de leurs amplis.
Pas une LED. Pas deux. Une cascade de LEDs disposées en arc de cercle au-dessus de l'égaliseur graphique — douze bandes, parfois plus — qui s'allument l'une après l'autre en fonction du signal. Quand tu joues fort, elles s'allument toutes. Quand tu joues piano, seules les premières brillent.
C'est, objectivement parlant, totalement inutile d'un point de vue fonctionnel. Tu n'as pas besoin de voir tes LEDs pour jouer de la basse. Personne n'a jamais joué une meilleure ligne de basse parce qu'il regardait des petites lumières vertes.
Mais voilà ce que les ingénieurs américains n'auraient pas compris : ce n'est pas fonctionnel, c'est théâtral. Et sur scène, le théâtral compte. Sur scène, ton ampli fait partie du décor. Il raconte quelque chose sur toi. Un ampli Trace Elliot allumé dans le noir avec ses LEDs qui dansent au rythme de ta ligne de basse, c'est un spectacle à part entière.
C'est du rock'n'roll. C'est de la mise en scène. C'est exactement ce que les Britanniques comprennent instinctivement et que les Américains de la hi-fi trouveront toujours un peu vulgaire.
L'égaliseur graphique à douze bandes est lui aussi une déclaration. Chez SWR, on te fait confiance — tu vas brancher ta basse, peut-être toucher deux ou trois boutons, et le son sera déjà excellent. Chez Trace Elliot, on te donne les outils pour sculpter. Douze bandes, ça veut dire douze décisions. Douze possibilités d'intervention. Douze façons de dire c'est mon son, pas le son de ma basse toute seule.
La philosophie est exactement inverse : là où SWR veut s'effacer, Trace Elliot veut collaborer. L'ampli n'est pas un verre d'eau transparent — c'est un partenaire. Il apporte quelque chose. Il a un caractère, du bas-médium, une chaleur particulière, une manière de gronder dans les fréquences où ça fait mal physiquement dans la poitrine des gens au premier rang.
Les groupes de rock britannique comprennent ça tout de suite. Le post-punk, la new wave qui commence à virer heavy, les prémices de ce qu'on appellera bientôt l'Britpop — tous ces gens veulent un son qui transpire, qui bouge, qui vit. Pas un son de studio. Un son de scène.
La grande dispute que personne n'organise
Les années 90 arrivent et les deux marques sont maintenant suffisamment grandes, suffisamment célèbres et suffisamment différentes pour que la question devienne inévitable dans chaque magasin de musique du monde occidental.
Le magasin de musique des années 90 est un lieu unique dans l'histoire de la civilisation. C'est un endroit où des hommes — soyons honnêtes, c'est presque toujours des hommes — passent des heures à discuter avec une intensité philosophique digne des présocratiques, sur des sujets que le reste de l'humanité considère comme marginaux. La rondeur du son d'un ampli à lampes versus transistors. La tension optimale d'une corde. La supériorité des micros passifs sur les actifs, ou l'inverse, selon qui parle.
Et dans ces temples de la connaissance un peu poussiéreuse, entre les guitares accrochées au mur et les câbles qui trainent par terre, la question SWR versus Trace Elliot devient le Grand Débat. Il se passe toujours à peu près la même chose.
Un bassiste entre, il a un budget décent, il cherche un combo ou un rack sérieux. Le vendeur — qui a lui-même une opinion très arrêtée sur le sujet — lui pose la question fatidique : t'es plutôt son américain ou son britannique ?
Et là, le bassiste doit se définir. Pas musicalement, pas techniquement — existentiellement. Parce que la question sous-jacente, celle que tout le monde entend sans qu'elle soit formulée, c'est : qui es-tu en tant que musicien ?
Tu es le genre de type qui veut que son instrument parle, et que l'ampli se taise ? Ou tu es le genre de type qui veut que l'ampli soit un instrument à part entière, qui transforme, qui colore, qui participe au résultat final ?
Tu es Marcus Miller ou tu es quelqu'un qui joue dans un groupe qui fait des concerts dans des salles où le sol est collant ? Les deux réponses sont légitimes. C'est ça qui rend le débat insoluble et donc éternel.
Les arguments, les légendes, les mensonges
Chaque camp a ses arguments. Et comme dans tout bon conflit idéologique, certains de ces arguments sont solides, d'autres sont des mythes, et d'autres encore sont des mensonges purs qui se transmettent de génération en génération avec la conviction absolue de ceux qui n'ont jamais vérifié.
Du côté SWR, les arguments sont solides, le headroom est monstrueux. Un SM-400 à plein volume dans une salle de taille normale, c'est comme ouvrir une fenêtre sur l'océan — il y a de la place, il y a de l'air, ça ne sature pas, ça ne compresse pas, le signal reste propre jusqu'à des niveaux que tu n'atteindras probablement jamais.
La définition dans les aigus est remarquable. Les attaques de slap sortent avec une précision chirurgicale. Tu joues un harmonique sur la douzième case de la corde de sol, tu l'entends clairement, sans flou, sans ce voile légèrement doux que d'autres amplis posent sur le haut du spectre.
Du côté Trace Elliot, les arguments tiennent la route également, le bas-médium. Oh, le bas-médium. Cette zone autour de 200 à 400 Hz que les ingénieurs hi-fi méprisent parfois comme étant "boueuse" mais que les rockeurs adorent parce que c'est là que réside la viande du son. La chaleur. La substance. Cette sensation que la basse te rentre dans les tripes plutôt que de simplement passer dans tes oreilles.
Et la robustesse. Un Trace Elliot de cette époque, c'est construit comme un bunker. Des gens les balancent encore dans leurs camionnettes de tournée en 2024 et ils sortent toujours le même son qu'en 1991, avec les mêmes LEDs qui clignotent, indestructibles comme des cafards électroniques.
"SWR c'est trop froid, ça manque d'âme." Dit par des gens qui n'ont jamais vraiment écouté Marcus Miller en concert. L'âme, elle vient du musicien. L'ampli amplifie l'âme, il ne la crée pas.
"Trace Elliot c'est trop coloré, c'est pas fidèle à l'instrument." Dit par des gens qui confondent fidélité et neutralité stérile. Un Trace Elliot n'est pas infidèle — il est partial. Nuance.
"Flea des Red Hot Chili Peppers jouait en SWR." Vrai, à certaines périodes. Mais Flea a joué sur tellement de matos différent dans sa carrière qu'utiliser son nom pour valider un camp, c'est tricher.
"Cliff Burton des Metallica jouait en Trace Elliot." Vrai aussi. Et Cliff Burton sonnait comme une catastrophe naturelle. L'ampli y était pour quelque chose ? Probablement. Cliff Burton lui-même y était aussi pour beaucoup.
La géographie du conflit
Ce qui est fascinant dans cette guerre, c'est qu'elle a une dimension géographique très nette.
En Amérique du Nord, SWR domine. Le son américain — propre, défini, articulé — correspond à une certaine idée de la musique comme artisanat précis. Les bassistes de session de Los Angeles et New York jurent par le SM-400. Les studios d'enregistrement l'adorent. Les producteurs savent que quand un bassiste arrive avec son SWR, le son dans le casque va être clean et facile à mixer.
En Grande-Bretagne et en Europe, Trace Elliot règne. Et pas seulement pour des raisons de chauvinisme — même si le chauvinisme joue un rôle, soyons honnêtes. La scène musicale européenne des années 90 est dominée par des esthétiques qui demandent de la texture. Le son propre américain sonne parfois trop lisse, trop policé, trop correct pour des gens qui font de la musique dans des squats de Berlin ou des clubs de Manchester.
Il y a aussi une dimension économique qui joue. En Europe, SWR est cher et un peu difficile à trouver. Trace Elliot est fabriqué localement — enfin, en Angleterre, c'est plus proche — et le service après-vente existe dans des endroits accessibles.
La France, elle, est un cas particulier. Partagée entre ses influences anglo-saxonnes et son habitude de vouloir être différente de tout le monde, elle accueille les deux avec une indifférence relative puis une passion soudaine selon les tendances du moment. Les bassistes de jazz vont vers SWR. Les groupes de rock provincial qui ont vu un concert de Suede en 1993 vont vers Trace Elliot.
L'Âge d'Or, l'Âge d'Or
Les années 1990 à 2000 sont l'apogée des deux marques. Et c'est aussi, rétrospectivement, l'apogée de quelque chose — une période où la basse électrique est prise au sérieux comme instrument, où les bassistes ont une identité, un son propre, des amplis dont ils sont fiers.
C'est l'époque où tu peux ouvrir n'importe quel magazine de musique — Bass Player, Guitar & Bass, Bassiste en France — et trouver des tests d'amplis SWR ou Trace Elliot écrits avec la même gravité analytique que si on parlait d'instruments de mesure scientifiques.
Les publicités sont magnifiques dans leur absurdité de l'époque. SWR montre des amplis dans des décors épurés avec des lumières directionnelles, comme si c'était des sculptures dans une galerie d'art contemporain. Trace Elliot montre des bassistes dans des caves sombres avec leurs LEDs qui brillent dans l'obscurité, comme des totems électroniques. Les deux marques lancent des produits qui deviennent des classiques instantanés.
SWR sort le Workingman's 15 — un combo plus abordable, conçu pour les musiciens professionnels qui bossent vraiment, qui font des scènes de taille moyenne, qui ont besoin de quelque chose de fiable et de bon plutôt que d'exceptionnel et d'expensive. Le nom lui-même est un manifeste : l'ampli de l'homme qui travaille. Pas de prétention. De la robustesse. Du sérieux.
Trace Elliot sort le AH500 et ses variations, des têtes qui peuvent propulser un mur de son dans une salle de 2000 personnes sans broncher. Des amplis qui ont une présence physique dans un mix, qui occupent l'espace dans les fréquences où les guitares font moins de dégâts, qui permettent au bassiste d'exister sans effort même face à deux guitaristes qui ont chacun un demi-stack.
Les magasins de musique ont les deux en démo. Et les samedis après-midi, dans ces lieux saints, des bassistes de tous âges branchent leurs instruments sur l'un puis sur l'autre, les yeux mi-clos, la tête légèrement inclinée vers l'ampli dans la posture universelle de celui qui écoute vraiment, et repartent avec une conviction absolue sur le camp auquel ils appartiennent.
Ou alors ils repartent sans rien acheter parce que c'était trop cher et ils rentrent chez eux avec leur Peavey de 1986 qui fait toujours le boulot.
Et puis, comme dans toutes les histoires qui se finissent un peu tristement, les grandes entreprises arrivent. Fender rachète SWR en 2003. Sur le papier, ça semble logique. Fender est une institution, SWR est une marque respectée, ensemble ils peuvent faire de grandes choses. Dans les faits, c'est ce qui se passe toujours quand une multinationale rachète une marque artisanale : les coûts sont rationalisés, la production est délocalisée, les gens qui savaient exactement pourquoi chaque composant était là ne sont plus là pour l'expliquer, et les nouveaux amplis qui portent le logo SWR sonnent... différemment. Pas forcément mal. Différemment.
Les anciens propriétaires de SM-400 vintage branchent les nouveaux modèles et haussent les sourcils. C'est pas tout à fait pareil. Quelque chose est parti. Quelque chose d'indéfinissable, que tu ne peux pas mesurer avec un oscilloscope mais que tu entends immédiatement quand tu joues les deux l'un après l'autre.
Les forums internet — parce qu'internet existe maintenant et que les bassistes l'utilisent exactement comme ils utilisaient les magasins de musique, mais en pouvant insulter les gens de loin — s'enflamment. Des gens postent des analyses comparatives. Des gens postent des spectrogrammes. Des gens postent surtout beaucoup d'opinions très affirmées avec peu de preuves. La production SWR cesse complètement en 2013. Fin d'une époque.
Trace Elliot a une trajectoire encore plus mouvementée. La marque passe entre plusieurs mains — Gibson à un moment, Peavey ensuite — et chaque transition laisse des traces. Des gammes de produits abandonnées. Des usines déplacées. Des techniciens licenciés qui partent avec leur savoir-faire dans des cartons.
Mais Trace Elliot survit. Elle est rachetée par Ashdown Engineering — une marque britannique, fondée par Mark Gooday qui avait lui-même travaillé chez Trace Elliot dans les années glorieuses — et là, quelque chose d'intéressant se passe. Gooday comprend ce qu'est Trace Elliot. Il l'a vécu de l'intérieur. Il sait pourquoi le bas-médium était réglé comme il était, pourquoi les LEDs ont leur raison d'être, pourquoi la couleur verte n'est pas un accident marketing.
La renaissance Trace Elliot sous Ashdown est, selon beaucoup, plus fidèle à l'original que n'importe laquelle des versions Gibson ou Peavey. Les puristes ne sont pas tous convaincus — les puristes ne sont jamais tous convaincus, c'est ce qui en fait des puristes — mais les nouveaux amplis Trace Elliot ont au moins cette qualité d'être fabriqués par des gens qui y croient.
Le marché de l'occasion comme musée
Aujourd'hui, en 2026, si tu veux vraiment comprendre ce dont on parle, si tu veux toucher du doigt cette époque et ces sons, tu vas sur les sites de vente d'occasion.
Et là, tu vois quelque chose d'extraordinaire : les prix des SWR et Trace Elliot vintage montent.
Un SM-400 des années 90 en bon état, c'est facilement 600 à 900 euros. Un Goliath de la même période, pareil. Les gens ne vendent pas ces amplis parce qu'ils sont devenus meilleurs ou qu'ils se sont appréciés par miracle — ils les vendent parce qu'ils ont besoin d'argent. Et les gens les achètent parce qu'ils savent que ces machines ont quelque chose que les amplis modernes n'ont pas nécessairement. Et c'est quoi, ce quelque chose ?
C'est difficile à dire avec précision sans tomber dans la nostalgie romantique qui transforme tout ce qui est vieux en trésor. Mais il y a une vérité là-dedans : les amplis de cette époque ont été conçus par des gens qui avaient une vision. Une philosophie. Steve Rabe voulait la transparence totale. Les ingénieurs de Trace Elliot voulaient le caractère et la chaleur. Ces visions se traduisent en choix de composants, en circuits, en topologies d'amplification qui ont des conséquences sonores réelles et mesurables.
Les amplis modernes de masse, eux, ont souvent été conçus par des équipes dont l'objectif premier est de maximiser la valeur perçue à un prix donné. C'est une vision aussi, mais c'est une vision comptable plutôt que musicale. Et ça s'entend, parfois. Il y a quelque chose de profondément émouvant dans cette histoire, si on prend le temps de la regarder en entier. Deux hommes, deux équipes, deux endroits du monde. Un même instrument à amplifier. Deux réponses radicalement opposées à la même question : qu'est-ce qu'un bon amplificateur de basse ? Et ces deux réponses ont généré des décennies de débats, des millions de décisions d'achat, des centaines de disques enregistrés avec tel ou tel son, des carrières construites sur telle ou telle esthétique. Ce n'est pas une guerre que quelqu'un a gagnée. SWR a disparu de la production active. Trace Elliot a failli disparaître plusieurs fois. Ni l'un ni l'autre n'a conquis le monde de la manière dont les fondateurs l'espéraient peut-être. Mais les deux ont laissé quelque chose d'irremplaçable : la preuve qu'il est possible d'avoir une opinion forte sur ce que doit être un son. De la défendre. D'en faire une marque, une identité, une communauté.
Dans un monde qui tend de plus en plus vers le tout pour tout le monde — les amplis qui modélisent cent sons différents, les plugins qui reproduisent tous les classiques, les presets téléchargeables qui te donnent le son de quelqu'un d'autre en trente secondes — il y a quelque chose de presque subversif dans ces deux machines qui disaient chacune, à leur manière : Voilà notre son. Prends-le ou laisse-le. Et des milliers de bassistes ont choisi de le prendre. Les uns avec la transparence solaire de Los Angeles. Les autres avec les LEDs vertes qui clignotent dans la nuit de l'Essex.
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