Deux émetteurs jack, un modeleur au format NAM, un enregistreur qui n'oublie rien et une séparation de pistes qui tourne sans réseau. Neko Engineering promet tout un home-studio dans un boîtier de la taille d'une télécommande. Et, bonne nouvelle, la basse n'est pas oubliée. Un petit boitier à suivre qui vient dans le sillage du Lava Studio avec le même concept mais pas au même format ni le même prix !
Un couteau suisse pour les cinq minutes volées
Le pitch de Neko tient en une idée simple : vous avez cinq minutes, l'instrument est à portée de main, et tout ce qui vous sépare du jeu, c'est le câble à dérouler, l'ampli à allumer, l'ordinateur à démarrer. Le petit boîtier conçu par Neko Engineering, une jeune société basée à Los Angeles, veut supprimer cette friction en réunissant dans un seul objet un système sans fil, un processeur de modélisation, un enregistreur multipiste, un séparateur de pistes et une batterie d'outils d'accompagnement.
Présenté pour la première fois en septembre au salon IBC d'Amsterdam, l'appareil est entré sur Kickstarter le 13 octobre. L'objectif de 30 000 dollars a été atteint en moins d'une heure, et la campagne a dépassé les dix fois sa mise initiale en quelques jours. Les premières livraisons aux contributeurs sont annoncées pour avril 2027.
Deux jacks qui font office d'émetteurs
La pièce la plus visible du dispositif, ce sont ces deux petits émetteurs en forme de fiche jack 6,35 mm, logés et rechargés à l'intérieur même du boîtier. L'un se branche sur l'instrument, l'autre sur l'ampli, la table de mixage ou l'enceinte de façade. Entre les deux, Neko traite le signal sur une liaison numérique en 5,8 GHz. Le fabricant résume l'ensemble par une comparaison parlante : des écouteurs sans fil, mais pour la guitare.
Ceux qui préfèrent le cuivre ne sont pas exclus : le boîtier dispose d'une entrée et d'une sortie jack filaires classiques, et l'on peut panacher les deux modes, par exemple un émetteur côté instrument et un câble vers l'ampli. Le Bluetooth sert, lui, à recevoir des morceaux depuis un téléphone, et même, selon Neko Engineering, à transformer l'instrument en micro sans fil.
Et la basse, dans tout ça ?
La question figure noir sur blanc dans la FAQ du constructeur, ce qui n'est pas si fréquent pour un produit marketé « guitare ». La réponse : l'étage d'entrée intègre un contrôle de gain adaptatif censé accepter aussi bien des simples bobinages discrets que des humbuckers actifs bien chauds… et les basses. Sur le papier, donc, un Precision passif ou une cinq-cordes active à préampli 18 V devraient être pris en charge sans réglage d'impédance préalable.
Côté son, Neko embarque un moteur baptisé Neural Guitar FX, fondé sur la version A2 de NAM (Neural Amp Modeler), le format ouvert de capture d'amplis et de pédales devenu incontournable ces deux dernières années. Le boîtier est relié à la bibliothèque communautaire TONE3000, qui revendique plus de 250 000 captures. On y trouve déjà une quantité respectable de têtes et de préamplis basse (Ampeg, Darkglass, Markbass, Sansamp et consorts), ce qui laisse espérer une palette sérieuse pour les quatre et cinq cordes, même si l'interface et la communication restent clairement pensées pour les guitaristes.
Pour un bassiste, l'argument décisif n'est pas l'ampli virtuel : c'est la possibilité de couper la basse d'un morceau et de prendre sa place.
Séparer, couper, ralentir : l'outil de relevé idéal ?
C'est là que Neko devient franchement intéressant pour nous. Le module Stem Splitter, fruit d'un partenariat avec la société LALAL.AI, découpe en temps réel n'importe quel morceau reçu en Bluetooth, par micro, en USB ou sous forme de fichier en pistes séparées : voix, batterie, basse, guitare. On peut ensuite rendre muette la ligne de basse et la jouer soi-même par-dessus le reste du groupe, ralentir un passage épineux puis revenir progressivement au tempo d'origine. Une fonction de conversion en tablature est également annoncée, présentée pour l'instant à partir des pistes de guitare ; reste à savoir si les tablatures basse suivront.
Point technique notable : selon LALAL.AI, la séparation tourne directement sur la puce du boîtier, sans application compagnon sur smartphone ni connexion réseau. Le cofondateur Nik Pogorsky assure qu'il s'agit du même moteur que celui de leur plugin VST et de leur application de bureau, adapté aux contraintes de mémoire et de calcul d'une puce embarquée. Concrètement, Neko devrait fonctionner hors ligne, dans un train, une loge ou une cave de répétition sans réseau.
Time Machine et arrangeur : la mémoire du riff
Dernière brique, et non la moindre pour quiconque a déjà perdu le groove parfait improvisé un dimanche soir : la fonction Time Machine enregistre en continu tout ce que vous jouez et range vos idées sur une ligne de temps. Plus besoin de penser à appuyer sur « rec ». S'y ajoute un arrangeur génératif, qui construit un accompagnement complet à partir d'un riff enregistré, ainsi qu'un mode multipiste pour superposer les prises, une sorte de DAW miniature.
Fiche technique annoncée
| Liaison sans fil | Numérique 5,8 GHz, deux émetteurs format jack 6,35 mm |
|---|---|
| Connectique filaire | Entrée et sortie jack 6,35 mm, USB, Bluetooth |
| Modélisation | Neural Guitar FX (NAM A2), accès à la bibliothèque TONE3000 |
| Séparation | Voix, batterie, basse, guitare en temps réel, sur l'appareil (LALAL.AI) |
| Enregistrement | Time Machine (capture continue), multipiste, arrangeur IA |
| Compatibilité | Guitare et basse, micros passifs et actifs (gain adaptatif) |
| Autonomie | Environ 6 h (boîtier), environ 3 h (émetteurs) |
| Prix | À partir de 399 $ sur Kickstarter, 599 $ prix public annoncé |
| Livraison | À partir d'avril 2027 |
Les zones d'ombre
Le constructeur affirme disposer d'un prototype fonctionnel, et les démonstrations vidéo vont dans ce sens. Mais plusieurs points méritent d'être éclaircis avant de sortir la carte bancaire. La latence de la liaison sans fil, donnée cruciale pour un instrument rythmique comme le nôtre, n'est pas publiée. L'autonomie de trois heures des émetteurs est confortable pour une session de travail, plus juste pour une longue répétition ou un concert avec balance. Quant aux fonctions d'intelligence artificielle, il faudra juger sur pièce de la qualité de la piste basse isolée, souvent la plus délicate à extraire proprement d'un mix dense, et de la pertinence de l'arrangeur sur des lignes graves plutôt que sur des riffs de guitare.
Enfin, rappelons la règle d'or du financement participatif : une contribution n'est pas un achat. Les délais peuvent glisser, les fonctions évoluer entre le prototype et la série. Pour les contributeurs européens, il faudra en outre prévoir les frais de port et, selon les modalités d'expédition retenues, la TVA d'importation.
Notre avis
Sur le papier, Neko coche beaucoup de cases qu'un bassiste remplit aujourd'hui avec trois ou quatre outils distincts : un système HF, un multi-effets, une appli de séparation et un enregistreur. Le fait que tout tourne en local, sans dépendre d'un téléphone, est un vrai argument. Si la latence est maîtrisée et si les captures NAM basse tiennent leurs promesses, ce petit boîtier pourrait devenir un compagnon de travail redoutable, surtout pour relever des lignes et s'entraîner avec le groupe « virtuel ». Rendez-vous au printemps 2027 pour un essai en conditions réelles.
La campagne est à suivre sur Kickstarter. Caractéristiques et prix annoncés par le fabricant, susceptibles d'évoluer.
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