Né le 27 avril 1945 au Bellevue Hospital de New York, Dominic Duval Sr. a grandi dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn. Fils d'un père lui-même contrebassiste, il a été plongé dès son plus jeune âge dans un creuset multiculturel foisonnant. La convergence des influences hispaniques, afro-américaines et européennes, typique de la démographie new-yorkaise de l'après-guerre, a façonné son oreille musicale de manière indélébile. Bien qu'il ait initialement jeté son dévolu sur le saxophone — instrument qu'il a étudié et pratiqué pendant cinq à six ans au cours de sa scolarité publique —, c'est finalement vers la contrebasse qu'il s'est tourné de manière définitive. Dans une confidence teintée d'ironie, Duval avouait avoir choisi la basse parce qu'il croyait naïvement que ses quatre cordes la rendraient plus simple à maîtriser que le piano ou les cuivres, avant de découvrir l'exigence physique et la vertigineuse complexité harmonique de l'instrument, s'étendant sur près de quatre octaves.
Il convient ici de dissiper une confusion historiographique fréquente, parfois propagée par des sources encyclopédiques agglomérées. Bien que Dominic Duval Sr. ait été un maître incontesté de son instrument, ce n'est pas lui qui a fréquenté l'Eastman School of Music entre 2007 et 2011 (il avait alors plus de 60 ans), mais son fils, Dominic Duval Jr., qui a perpétué l'héritage familial en y obtenant un double diplôme en interprétation classique et en jazz sous l'égide de maîtres comme Jeff Campbell ou François Rabbath. Dominic Duval Sr., quant à lui, était un pur produit de l'école de la rue et des clubs d'avant-garde new-yorkais.
La carrière de Duval Sr. est singulière car sa reconnaissance internationale n'a véritablement explosé qu'à la fin des années 1990, bien qu'il ait été actif et respecté par ses pairs sur la scène free jazz dès les années 1960. Cette longue période de maturation dans l'ombre lui a permis de forger un vocabulaire musical absolument unique, libéré des diktats commerciaux. L'essor massif de sa discographie s'est fait en grande partie grâce aux labels indépendants dédiés aux musiques improvisées, notamment CIMP (Creative Improvised Music Projects), Cadence Jazz et Leo Records. Au sein du label CIMP, il formait avec le batteur Jay Rosen la "section rythmique maison", participant à un nombre incalculable de sessions d'enregistrement spontanées. Le modèle économique et philosophique de ces labels obscurs mais vitaux a offert à Duval un espace d'expérimentation totale.
Innovations Techniques, Approche Texturale et Héritage
D'un point de vue organologique, l'approche de la contrebasse par Dominic Duval représente une rupture paradigmatique avec la fonction traditionnelle de l'instrument. Dans les contextes classiques et même dans le jazz modal post-bop, la contrebasse assure principalement le continuum rythmique ininterrompu (le fameux "walking bass") et l'ancrage des fondations harmoniques. Duval, au contraire, a utilisé sa contrebasse (souvent un modèle Hutchings) comme un outil polyphonique de premier plan. Il l'abordait tour à tour comme un violon soliste, une guitare résonnante ou un instrument de percussion tribal.
Son chef-d'œuvre solo de 1997, Nightbird Inventions, unanimement salué par la critique spécialisée (notamment le magazine Coda), illustre parfaitement cette philosophie esthétique. Par l'utilisation virtuose de l'archet (arco), des pizzicati percussifs, du glissando et parfois d'électronique subtile, Duval parvenait à générer des paysages sonores d'une densité inouïe, imitant parfois les sons de la nature ou des textures industrielles. En détruisant consciemment la hiérarchie historique entre le soliste (traditionnellement un saxophoniste ou un pianiste) et l'accompagnateur rythmique, il a propulsé la contrebasse au centre de la narration musicale.
Ses collaborations avec des musiciens de légende tels que le pianiste Cecil Taylor (dont il a intégré le trio), le multi-instrumentiste Joe McPhee (au sein du célèbre Trio X), le saxophoniste Mark Whitecage, ou encore les pianistes Marc Copland et Fred Hersch, démontrent une capacité d'interaction télépathique. Dans ces ensembles de free jazz, le son global se construit non pas sur des grilles d'accords préétablies, mais par l'accumulation de strates de tension et de résolution immédiate. La puissance émotionnelle de son jeu résidait dans une vulnérabilité absolue ; comme le soulignait un auditeur lors d'une performance poignante de son trio à cordes au Knitting Factory en 1999, ses notes suspendues et ses plaintes à l'archet avaient la capacité rare de provoquer les larmes de l'auditoire. Dominic Duval Sr. s'est éteint le 22 juillet 2016, laissant derrière lui l'un des corpus enregistrés les plus vastes et les plus radicaux de l'histoire de la contrebasse moderne.
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