Louis Johnson (1955-2015) la révolution du slap

Publié le 13 avril 2026 à 04:26

Né le 13 avril 1955 à Los Angeles, en Californie, Louis Johnson s'est imposé au fil des décennies comme l'un des bassistes les plus influents, imités et respectés de l'histoire de la musique populaire contemporaine. Son parcours professionnel s'étend de 1973 jusqu'à son décès tragique le 21 mai 2015 à Las Vegas, dans le Nevada, des suites d'une sévère hémorragie œsophagienne à l'âge de 60 ans. Classé 38ème sur la liste très disputée des « 100 plus grands bassistes de tous les temps » par le magazine spécialisé Bass Player, Johnson n'était pas seulement un instrumentiste de génie doté d'une dextérité hors norme, mais également un producteur et un arrangeur dont la vision a façonné le son des années 1970 et 1980.

The Brothers Johnson et l'Hégémonie du Funk Californien

Louis Johnson a initialement accédé à la notoriété internationale en tant que membre fondateur et force motrice rythmique du groupe The Brothers Johnson, formé aux côtés de son frère guitariste, George Johnson. Repérés et pris sous l'égide du légendaire producteur et arrangeur Quincy Jones, les deux frères ont redéfini le paysage sonore du funk et du rhythm and blues. Sous la direction exigeante de Jones, le duo a produit une série d'albums fondateurs qui sont aujourd'hui considérés comme des pierres angulaires du genre.

Leur discographie en tant que groupe principal est d'une richesse exceptionnelle. Le tableau suivant détaille les albums studio majeurs du groupe et leur impact :

Album Studio Rôle de Louis Johnson Impact et Morceaux Emblématiques
Look Out for #1 Basse, Chant, Composition Album révélation, incluant le hit « I'll Be Good to You » et « Get The Funk Out Ma Face ».
Right on Time Basse, Chant, Composition Consolidation du son funk hybride, incluant la célèbre reprise « Strawberry Letter 23 ».
Blam! Basse, Synthétiseur basse Poussée vers des arrangements plus complexes et orchestraux.
Light Up the Night Basse, Chant Apogée commercial du groupe, propulsé par l'hymne disco-funk mondial « Stomp! ».
Winners Basse, Production Transition vers les sonorités des années 1980.
Out of Control Basse, Production Expérimentations avec les nouvelles technologies de studio.
Kickin' Basse Dernier album studio soulignant la maturité technique du duo.

L'ensemble de ces œuvres, listées dans les archives discographiques , démontre la capacité de Johnson à allier une virtuosité technique ébouriffante à une accessibilité mélodique grand public.

Le « Slap Choke » et le Son « Thunder-Thumbs »

Sur le plan de l'évolution de la technique instrumentale, Louis Johnson est affectueusement surnommé « Thunder-Thumbs » (littéralement « Les Pouces de Tonnerre »). Il est universellement considéré, au même titre que Larry Graham (qui a initié la technique au sein de Sly and the Family Stone), comme le grand-père de la technique du slap moderne à la basse électrique.

Son approche biomécanique de l'instrument a fondamentalement révolutionné la façon dont la basse interagit avec la batterie et s'insère dans le spectre des fréquences d'un mixage. Sa technique singulière consistait en une frappe percussive (le slap) en contrepoint utilisant l'articulation du pouce de la main droite, intimement combinée à un arraché de corde (le pop) avec l'index ou le majeur, et surtout, à une méthode d'étouffement des cordes appelée « slap choke », réalisée avec le majeur de la main gauche. Cette conjonction millimétrée de frappes percussives violentes et de notes étouffées (ghost notes) créait un effet rythmique s'apparentant presque à un instrument de percussion autonome, offrant une assise rythmique d'une redoutable efficacité, transformant la basse en un instrument à la fois mélodique et purement percussif.

L'identité sonore révolutionnaire de Johnson était par ailleurs intimement liée à son choix d'équipement. Il est historiquement célèbre pour avoir utilisé la basse Music Man StingRay, un instrument novateur qui a été spécifiquement conçu pour lui par Leo Fender après son départ de la société Fender originale. Cette basse, caractérisée par l'intégration pionnière d'un préamplificateur actif embarqué et d'un large micro humbucker positionné stratégiquement près du chevalet, offrait des fréquences aiguës extrêmement cristallines et des basses profondes et percutantes. Ce profil d'égalisation (souvent qualifié de courbe en "V") était idéal pour faire percer les attaques dynamiques du slap dans les mixages denses et chargés en cuivres des productions funk et disco de l'époque. Outre la basse électrique classique, la polyvalence de Johnson s'étendait à la maîtrise de la contrebasse traditionnelle, à l'utilisation novatrice du synthétiseur basse (très prisé au début des années 1980), et à l'exécution de parties vocales complexes.

Un Musicien de Session Légendaire

Au-delà de son succès retentissant avec The Brothers Johnson, c'est indubitablement son travail méticuleux de musicien de session de haut vol qui a cimenté son immortalité dans les annales de la musique enregistrée. La collaboration récurrente de Louis Johnson avec Michael Jackson et le producteur Quincy Jones a engendré certaines des lignes de basse les plus célèbres, les plus écoutées et les plus étudiées de l'histoire de l'humanité.

Il a été le bassiste principal sur les albums de transition et de consécration de Jackson : Off the Wall (1979), Thriller (1982) – certifié comme l'album le plus vendu de tous les temps – et Dangerous (1991). La ligne de basse de « Billie Jean » illustre parfaitement son génie de l'arrangement : une progression en staccato, d'un minimalisme apparent mais d'une précision diabolique, qui propulse l'intégralité du morceau et crée un motif mémorable instantané. De même, il a conçu et exécuté la rythmique frénétique et syncopée de « Don't Stop 'Til You Get Enough ».

Son carnet de commandes en tant que musicien de studio était d'une ampleur exceptionnelle. Il a collaboré avec le guitariste de jazz George Benson sur l'album multi-récompensé Give Me the Night, et a été sollicité par le trompettiste Herb Alpert sur l'album Rise (1979), où Johnson était l'un des trois bassistes impliqués sur le morceau-titre, un hybride disco/jazz récompensé aux Grammys. Sa liste d'employeurs et de collaborateurs illustres comprend la reine de la soul Aretha Franklin (sur une série d'albums au cours des années 1980 dont Aretha, Love All the Hurt Away, Jump to It, Who's Zoomin' Who? et Through the Storm), ainsi que Paul McCartney (apparaissant dans le film Give My Regards to Broad Street), Stevie Wonder, Phil Collins, Barbra Streisand, George Duke, Stanley Clarke, Donna Summer, Earl Klugh, et même l'artiste islandaise d'avant-garde Björk.

Soucieux de développer sa propre vision en dehors du cadre strict des sessions ou de son groupe fraternel, il a également produit des œuvres en solo. En 1981, il publie Passage, un album d'orientation profondément gospel mettant en vedette son ex-épouse Valerie Johnson et Richard Heath, prouvant sa capacité à diriger spirituellement et musicalement un projet de grande envergure. Il sort ensuite Evolution en 1985 (diffusé exclusivement sur le marché européen), accompagné de singles tels que « Kinky/She's Bad ». Conscient de son rôle de pionnier, il a été l'un des premiers musiciens de sa trempe à démocratiser son savoir-faire à travers des vidéos pédagogiques très prisées, notamment la série Star Licks Master Sessions en 1985, initialement publiée sur format VHS avant d'être rééditée en DVD pour les nouvelles générations.

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